Procédé pour l'inversion partielle ou totale de la configuration d'une aminé
L'invention porte sur un procédé d'inversion partielle ou totale de la configuration d'une aminé à l'aide d'un thiol.
L'obtention d'un mélange racémique pour un composé optiquement actif donné, de même que l'inversion d'un énan- tiomère ou la résolution d'un mélange racémique, présentent un intérêt dans divers domaines de la chimie. Divers procé¬ dés pour racémiser des aminés sont connus. Par exemple, E. J. Ebbers, et al. (Tetrahedron 1997, vol. 53, n° 28, "Controlled Racemization of Optically Active Organic Compounds : Prospects for Asymmetric Transformation, pp. 9440-9441) décrivent des procédés de racémisation d'aminés principalement benzyliques chirales par un traitement avec une base forte. Ces procédés sont cependant difficilement transposables à la racémisation d'aminés non activées, c'est-à-dire dans lesquelles le carbone asymétrique ne porte pas directement un groupe activant par exemple du type phényle ou vinyle. De plus, ils sont souvent incompatibles avec la présence d'autres groupes fonctionnels. En outre, E. J. Ebbers, et al. (Tetrahedron 1997, vol. 53, n° 28, "Controlled Racemization of Optically Active Organic Com¬ pounds : Prospects for Asymmetric Transformation, pp. 9457- 9460) décrivent des procédés de racémisation d'aminés par une réaction rédox en une étape ou en plusieurs étapes, pour des aminés benzyliques et pour des aminés non activées. Dans un mode de réalisation particulier, la réaction rédox est un traitement par déshydrogénation - hydrogénation. Ces procé¬ dés de racémisation de l'art antérieur sont mis en œuvre dans des conditions très dures qui sont généralement appli- cables aux aminés non fonctionnalisées, mais qui risquent de dégrader les aminés fonctionnalisées .
La résolution d'un mélange racémique à l'aide d'une enzyme est connue dans l'art antérieur. Mais ce procédé ne permet pas d'obtenir un rendement supérieur à 50%. L'énan-
tiomère qui n'est pas rapidement consommé par l'enzyme, communément dit "non substrat de l'enzyme", doit être racé- ruisé avant d'être soumis à une nouvelle étape de dédoublement. Le but de la présente invention est de proposer un pro¬ cédé qui permet d'inverser totalement ou partiellement la configuration d'un énantiomère d'une aminé dans laquelle l'azote du groupe amino est directement lié à un atome de carbone asymétrique qui porte un atome d'hydrogène, ledit procédé étant applicable aux aminés primaires, secondaires ou tertiaires, de même qu'aux esters d'acide α-aminé, aux esters d'acide α-aminé N-monosubstitué ou N,iV-disubstitué, avec un bon rendement.
Le procédé de l'invention consiste à faire réagir un thiol avec une aminé dans laquelle l'azote du groupe amino est directement lié à un atome de carbone asymétrique qui porte un atome d'hydrogène, dans un solvant organique inerte ou en milieu aqueux, en présence d'un amorceur radicalaire, en choisissant un thiol tel que l'énergie de liaison C-H (ECH) du carbone asymétrique de l'aminé soit du même ordre de grandeur que l'énergie de liaison S-H (ESH) du thiol.
Le thiol peut être utilisé en quantité catalytique ou en quantité stoechiométrique par rapport à l'aminé.
Lorsque le thiol est utilisé en quantité catalytique, c'est-à-dire avec un rapport molaire thiol/amine entre 0,05/1 et 0,2/1, le critère relatif aux énergies de liaison est plus strict. La différence entre l'énergie de liaison ECH et l'énergie de liaison ESH doit être comprise entre +4 et -4 Kcal/mol. Lorsque le thiol est utilisé en une quantité proche de la stœchiométrie par rapport à l'aminé, le critère est moins strict. La différence entre l'énergie de liaison C-H ECH et l'énergie de liaison S-H ESH doit être comprise entre +7 et -7 Kcal/mol. Telle qu'utilisée ici, l'expression "proche de la stoechiométrie" signifie que le rapport molaire thiol/amine est compris entre 0,8 et 1,2.
La concentration en aminé dans le milieu réactionnel est comprise de préférence entre 1,0 et 0,063 mol/L.
Les informations relatives à l'énergie ECH de la liaison
CH des aminés concernées et à l'énergie ESH de la liaison SH des thiols utilisables sont à la portée de l'homme de métier. Par exemple pour déterminer l'énergie de la liaison S-H de divers thiols, l'on peut se référer notamment à : a) Borges dos Santos, R. M.; Muralha, V. S. F.; Correia, C. F.; Guedes, R. C; Costa Cabrai, B. J.; Martinho Simoes J. A. J. Phys. Chem. A 2002, 106, 9883 ; b) Chandra, A. K.; Nam, P.-C; Nguyen, M. T. J. Phys. Chem. A 2003, 207, 9182. c) Denisov, E.T. Russ. J. Phys. Chem. (Engl. Transi.) 1996, 10, 238 ; d) Mc Millen, D.F.; Golden, D. M. Ann. Rev. Phys. Chem., 1982, 33, 493 ; e) Bordwell, F. G.; Zhang, X.-M.; Satish, A. V.; Cheng, J.-P. J. Org. Chem. 1994, 116, 6605-6610 ; f) Zavitsas, A. A. ; Chatgilialoglu, C. J. Am. Chem. Soc. 1995, 117, 10645.
Pour déterminer l'énergie de la liaison C-H de divers composés aminés, l'on peut se référer à : g) Dombrowski, G. W.; Dinnocenzo, J. P.; Farid, S.; Goodman, J. L./ Gould, I. R. J. Org. Chem. 1999, 64, 427 ; h) Wayner, D. D. M.; Clark, K. B.; Rauk, A.; Yu, D.; Armstrong, D. A. J. Am. Chem. Soc. 1997, 119, 8925 ; i) Lalevée, J.; Allonas, X.; Fouassier, J.-P. J. Am. Chem. Soc. 2002, 124, 9613 ; j) Rauk, A./ Yu, D.; Armstrong, D. A. J. Am. Chem. Soc.
1997, 119, 208-217. L'on peut en outre se référer à « Handbook of bond dissociation énergies in organic compounds », Yu-Ran Luo ;
CRC Press ; 2003 ; pages 72-89 et 273-277.
Les composés pour lesquels le procédé de l'invention peut être mis en œuvre peuvent être choisis parmi les compo- ses répondant à la formule R1R2N-C^HR3R4 et comprenant un groupe amino dont l'atome d'azote est directement lié à un atome de carbone asymétrique qui porte un atome d'hydrogène.
Un tel composé peut être une aminé primaire, une aminé se-
condaire, une aminé tertiaire, un ester d ' acide α-aminé, un ester d ' acide α-aminé AJ-monosubstitué ou N, iV-disubstitué .
Dans un composé R1R2N-C^HR3R4 , les groupes R1 , R2 , R3 et R4 sont tels que : • R1 et R2 représentent chacun indépendamment de l'autre H, un groupe alkyle linéaire ou ramifié, un groupe alkyle cyclique, un groupe alkényle, ou un groupe aromatique, lesdits groupes portant éventuellement au moins un substituant ; ou • R1 et R2 forment ensemble un groupe alkylène qui forme un cycle avec l'azote qui les porte, ledit groupe alkylène portant éventuellement au moins un substituant ;
• R3 et R4 représentent chacun indépendamment de l'autre un groupe alkyle linéaire ou ramifié, un groupe alkyle cyclique, un groupe alkényle, ou un groupe aromatique, lesdits groupes portant éventuellement au moins un substituant, R3 étant différent de R4 ; ou
• R3 et R4 forment ensemble un groupe alkylène qui forme un cycle avec l'atome de carbone asymétrique qui le porte, ledit groupe alkylène portant au moins un substituant pour conserver l'asymétrie de l'atome de carbone ; ou
• l'un des groupes R1 ou R2 forme avec l'un des groupes R3 ou R4 un groupe alkylène qui forme un cycle avec l'atome d'azote et l'atome de carbone asymétrique qui les portent respectivement, ledit groupe alkylène portant éventuellement au moins un substituant ; étant entendu que : aucun des groupes R1 et R2 ne forme avec l'atome d'azote qui le porte une liaison
et aucun des groupes R
3 et R
4 ne forme avec l'atome de carbone asymétrique qui le porte une liaison
R
1, R
2, R
3 et R
4 ne sont pas susceptibles de donner lieu à une β-fragmentation lorsqu'un radical est formé en α de l'atome d'azote lors de la mise en œuvre du procédé.
Lorsqu'un des groupes R1 à R4 représente un groupe alkyle, ledit groupe alkyle a de préférence de 1 à 20 atomes de carbone.
Lorsqu'un groupe R1 ou R2 représente un groupe alkényle, il a de préférence de 4 à 20 atomes de carbone.
Lorsqu'un groupe R3 ou R4 représente un groupe alkényle, il a de préférence de 3 à 20 atomes de carbone.
Lorsqu'un des groupes R1 à R4 représente un groupe aro¬ matique, ledit groupe aromatique peut être un groupe aryle, c'est-à-dire un groupe aromatique dont le cycle aromatique est constitué uniquement d'atomes de carbone (dérivé d'un arène) , et qui porte éventuellement des substituants carbo¬ nés et/ou des substituants comprenant des atomes de carbone et des hétéroatomes choisis parmi O, S, N et les halogénu- res. Le groupe aromatique peut en outre être un groupe hété- roaromatique dans lequel le ou les hétéroatomes sont choisis parmi O, S et N, par exemple un groupe pyridinyle, un groupe furanyle, un groupe imidazolyle, ou un groupe thiazolyle, lesdits groupes portant éventuellement un substituant.
Lorsque le groupe R1 et le groupe R2 forment ensemble un groupe alkylène, ou l'un des groupes R1 ou R2 et l'un des groupes R3 ou R4 forment ensemble un groupe alkylène, ledit groupe alkylène a de préférence de 1 à 10 atomes de carbone. La chaîne dudit groupe alkylène peut être interrompue par au moins un hétéroatome choisi parmi 0, N et S .
Lorsque R3 et R4 forment ensemble un groupe alkylène, ledit groupe alkylène a de préférence de 2 à 9 atomes de carbone.
Les substituants portés le cas échéant par un ou plusieurs groupes R1, lorsque ces groupes sont des groupes séparés ou lorsque deux d'entre eux forment ensemble un groupe alkylène, sont choisis parmi les groupes alkyle R, les groupes alcoxyle R-O-, le groupe nitrile, les groupes amide -C (0)NH2, -C (0) NHR,-C (0)NRR' , les groupes carbamates, le groupe amino -NH2, les groupes N-aminoalkyle -NHR, les
groupes N,N-aminodialkyle -NRR' , les groupes alcoxycarbonyle R-O-C(O)- et les groupes aryles . Dans les groupes précités, R et R' représentent indépendamment l'un de l'autre un groupe alkyle ayant de 1 à 20 atomes de carbone, R' pouvant être différent de R.
Il est préférable qu'aucun des groupes R3 et R4 ne représentent un groupe aromatique ou hétéroaromatique, lorsque R1 et R2 représentent chacun un atome d'hydrogène.
La détermination des groupes susceptibles de donner une β-fragmentation lorsqu'un radical est créé en α de l'atome d'azote est à la portée de l'homme de métier. De tels groupes sont connus et recensés dans la littérature, par exemple dans "Radicals in Organic Synthesis", P. Renaud et
M. P. Sibi, 2001, Wiley-VCH, Weinheim, pp 51-71 et 485-504 ; dans "Beckwith, A. L. J.; Crich, D.; Duggan, P. J.; Yao, Q.
Chem. Rev. 1997, 97, 3273-3312 ; et dans "Bertrand, M. P.
Org. Prep. Proc. Int. 1994, 26, 249-282".
Un thiol utilisable dans le procédé selon l'invention répond à la formule R6SH dans laquelle R6 représente : - un groupe alkyle linéaire ayant au moins 2 atomes de carbone, un groupe alkyle ramifié ayant au moins 3 atomes de carbone ou un groupe alkyle cyclique, par exemple un groupe octyle ou un groupe dodécyle ; un groupe aromatique aryle ou un groupe hétéroaromatique dans lequel 1 'hétéroatome est choisi parmi 0, S et N ; un groupe alkyle linéaire, un groupe alkyle ramifié ou un groupe alkyle cyclique, lesdits groupes portant un groupe alcoxycarbonyle, un groupe hydroxyle, un groupe nitrile, ou un groupe aminocarbonyle. Un groupe R5 représentant un groupe alkyle a de préférence au plus 30 atomes de carbone, et il peut être non fluoré, partiellement fluoré ou totalement fluoré.
Un groupe R6 représentant un groupe aryle peut être par exemple un groupe phényle ou un groupe tolyle, lesdits groupe portant éventuellement au moins un substituant tel que défini pour les substituants des groupes R1 à R4.
Un groupe R6 représentant un groupe hétéroaromatique peut être par exemple un groupe pyridyle, un groupe imidazolyle, un groupe thiazolyle, ou un groupe furanyle.
Dans un mode de réalisation, R1 et R2 représentent chacun indépendamment de l'autre H, un groupe alkyle ayant de préférence de 1 à 20 atomes de carbone, un groupe alkyle portant éventuellement un groupe RO-C(O)-, R étant un groupe alkyle ayant de 1 à 20 atomes de carbone.
Dans un autre mode de réalisation, R3 et R4 sont différents et représentent chacun un groupe choisi parmi les groupes alkyle non substitué, les groupes alkyle portant un groupe hydroxy, un groupe alcoxy ou un groupe aryle, les groupes aryles, les groupes alcoxy carbonyle, les groupes hétéroaromatiques, les groupes alkényles, et les groupes alcoxycarbonyle.
A titre d'exemple, quelques associations aminé - thiol sont citées ci-après pour les aminés R1R2N-C^HR3R4 définies dans le tableau 1 ci-dessous. Dans la colonne "Aminé n°", les mentions (S), (R) et (rac.) signifient qu'il s'agit respectivement de l' énantiomère (S), de l' énantiomère [R) et de la forme racémique.
Tableau 1
« R2 et R3 forment ensemble un cycle avec -N-C*-.
** R1 et R2 forment ensemble un cycle avec N. Dans le tableau 1, ainsi que dans la suite du texte, Et représente un groupe éthyle, Ph représente un groupe phényle, Bu représente un groupe n-butyle, tBu représente un groupe tertio-butyle, Toi représente un groupe tolyle, Bn représente un groupe benzyle C6H5-CH2-.
• Le thiol CH3-O-C(O)-CH2-SH peut être utilisé avec les aminés 1, 2, 3 et 25. • Le thiol Et2N-C (0) -CH (CH3) -SH peut être utilisé avec les aminés 1, 11, 13, 14, 15, 22 et 25.
• Le thiol Ph-SH peut être utilisé avec les aminés 4, 5, 20 et 21.
• Le thiol ToI-SH peut être utilisé avec les aminés 6, 7, 8, 9, 10, 19 et 21.
• Le thiol Et2N-C(O)-CH2-SH peut être utilisé avec les aminés 1, 14 et 15.
• Le thiol Octyl-SH peut être utilisé avec les aminés 2, 3 et 5. • le tert-dodécanethiol
peut être utilisé avec les aminés 2, 3 et 5. • le thiol
peut être utilisé avec les aminés 1-3, 11, 13-15 et 22.
Le solvant organique inerte peut être choisi parmi l'hexane, l'heptane, le toluène, l'acétate d'éthyle, le benzène, l' acétonitrile, l'éther isopropylique, t-butyl- méthyl éther, le tétrahydrofurane, le dioxane, le diméthyl- formamide ou l'eau, ainsi que parmi leurs mélanges.
L'amorceur radicalaire peut être choisi parmi le 2,2'- azo-bis-isobutyronitrile (AIBN), le 2, 2' -azo-isobutyramide, l'azo-bis-isobutyramide 2HCl (AIBA), le dichlorhydrate de 2, 2' -azobis (2-méthylpropionamidine) , le 2,2'-azo-bis-2- (méthylcarboxy) -propane, le peroxyde de tert-butyle, le per¬ oxyde de benzoyle, le peroxyde de lauroyle. Il est utilisé de préférence à une concentration de 10% à 20% molaire. Le choix est fait en fonction de la nature du solvant et de la température de la réaction. Ces données sont à la portée de l'homme de métier, par exemple dans « Polymer Handbook », J. Brandrup, E.H. Immergut, E.A. Gurlke, 4ème Ed, 1999, John Wiley & Sons, New-York, Chistester, Weinheim, Brisbane, Singapore, Toronto, pages II1-II70.
Généralement, la réaction est effectuée pendant une du¬ rée entre 2 et 7 heures. Suivant la durée de la réaction, 1'amorceur radicalaire est ajouté en une seule fois au début de la réaction (pour les courtes durées) , ou par fractions au cours de la réaction (pour les durées plus longues) .
Dans un premier mode de réalisation, le procédé de l'invention est mis en œuvre pour racémiser un énantioruère El d'une aminé donnée. Le milieu réactionnel contient alors l'aminé dans la configuration de 1 'énantiomère El à racémiser. Dans ce mode de réalisation, la réaction est effectuée de préférence à une température comprise entre 3O0C et 1000C.
Dans un autre mode de réalisation, le procédé de l'in¬ vention est mis en œuvre pour obtenir un énantiomère E2
d'une aminé optiquement active, soit à partir de l'énantio- mère inverse El, soit à partir d'un mélange racémique de ladite aminé. Le milieu réactionnel contient alors l'aminé soit sous la forme de l'énantiomère à inverser El, soit sous la forme d'un mélange racémique. Il contient en outre une enzyme pour laquelle l'énantiomère E2 à obtenir est un subs¬ trat et qui est stable jusqu'à une température d'au moins 9O0C, ainsi qu'un composé donneur de groupe acyle. Dans ce cas, le groupe amino de l'énantiomère E2 obtenu en fin de réaction est protégé par le groupe acyle. Dans ce mode de réalisation, la réaction est effectuée de préférence à une température comprise entre 300C et 800C.
Lorsque l'aminé est sous forme de 1 'énantiomère El in¬ verse de celui qui est souhaité, le thiol transforme cet énantiomère initial El en un mélange racémique à partir duquel 1 'énantiomère souhaité E2 est immédiatement consommé par l'enzyme pour laquelle il constitue un substrat. Lors de la réaction de racémisation provoquée par le thiol, l'équi¬ libre entre les deux énantiomères est donc constamment déplacé, de sorte que l'on peut obtenir une inversion quasi totale.
Lorsque l'aminé est sous forme d'un mélange racémique, l'enzyme transforme l'énantiomère E2 substrat de l'enzyme initialement présent dans le mélange racémique. L'énantiomè- re inverse El se trouvant alors en excès dans le milieu réactionnel, le thiol racémise en permanence l'aminé présen¬ te dans le milieu jusqu'à consommation totale de cette dernière par l'enzyme.
Après la fin de la réaction, le produit recherché peut être récupéré selon des procédés classiques. Lorsque le procédé de l'invention est mis en œuvre pour la racémisation d'un énantiomère, un procédé pour récupérer le racémique consiste à concentrer le milieu réactionnel pour récupérer un résidu, à diluer le résidu avec une solution aqueuse HCl IN, et à extraire trois fois avec de l'éther éthylique. La phase aqueuse est basifiée avec une solution de soude IN, puis extraite trois fois avec de l'éther éthylique. Les trois dernières phases éther éthylique sont réunies, séchées
sur sulfate de magnésium, puis le solvant est éliminé. Lors¬ que le procédé de l'invention est mis en œuvre pour une in¬ version ou une résolution cinétique dynamique, le produit final peut être récupéré par distillation, par recristalli- sation, ou par chromatographie.
Les informations relatives aux enzymes auxquelles un énantiomère d'aminé sert de substrat sont à la portée de l'homme de métier, notamment par les publications suivan¬ tes : "Hydrolases in Organic Synthesis", U.T. Bornscheuer and R.J. Kazlauska, 1999, Wiley-CH, Weinheim, New-York, Chistester, Brisbane, Singapore, Toronto, et "Biotransforma¬ tions in Organic Chemistry", K. F. Faber, 3ème Ed, 1997, Springer-Verlag, Berlin, Heidelberg, New-york, pages 27-146. A titre d'exemple d'enzyme, on peut citer les lipases telles que Candida antarctica lipase B (CAL-B) , Burkholderia cepacia lipase (BcL) et Pseudomonas aeruginosa lipase (Pal) , et les protéases telles que la subtilisine et la pénicilline acylase.
La concentration en enzyme dans le milieu réactionnel est comprise de préférence entre 0,5 et 5 g/1.
Parmi les composés donneurs de groupe acyle, on peut citer notamment les acides et les esters d'acide carboxyli- que R'COOR", et les carbonates RO-C(O)-OR" dans lesquels R' est un groupe vinyle, un groupe allyle, un groupe alkyle ayant de 1 à 22 atomes de carbone, ou un groupe aryle ayant de 5 à 22 atomes de carbone, et R" est H, un groupe vinyle, un groupe allyle, un groupe alkyle ayant de 1 à 22 atomes de carbone, ou un groupe aryle ayant de 5 à 22 atomes de carbone. A titre d'exemple, on peut citer l'acétate d'éthy- le, l'acétate de vinyle, le laurate d'éthyle, l'acide lauri- que et le carbonate de diallyle. D'autres donneurs sont utilisables et répertoriés dans la littérature (U. Hanefeld "Reagent for (ir) réversible enzymatic acylations", Org. Biomol. Chem. 2003, 1, 2405-2415) tel que par exemple l'acétone 0- [ (benzyloxy) carbonyl]oxime. La concentration en composé donneur de groupe acyle dans le milieu réactionnel est comprise de préférence entre 0,063 et 2,5 M.
La présente invention est illustrée par les exemples qui suivent, auxquels elle n'est cependant pas limitée.
Exemple 1
Racémisation d'un énantiomère La racémisation d'un énantiomère d'une aminé optique¬ ment active a été effectuée selon le mode opératoire suivant.
On a préparé une solution 0,067 M d'une aminé chirale dans l'heptane. A cette solution on a ajouté de 0,15 à 1,2 équivalents de thiol et 10% molaire d'AIBN par rapport au thiol, puis on a chauffé le milieu réactionnel à 8O0C, et on a maintenu cette température pendant une durée de 2 à 7 h.
Ensuite, on a concentré le milieu réactionnel par éva- poration du solvant. Le résidu recueilli a été dilué par une solution d'HCl IN et extrait 3 fois à l'éther éthylique. La phase aqueuse récupérée après l'extraction à l'éther a été basifiée avec une solution de soude IN, puis extraite trois fois avec de l'éther éthylique. La seconde phase éther éthylique a été séchée sur sulfate de magnésium, puis le solvant éther a été éliminé.
Cette procédure a été mise en œuvre avec différentes aminés et différents thiols. Les conditions particulières et les résultats obtenus sont rassemblés dans le tableau 2 ci- dessous. L'addition d'AIBN a été effectuée en une seule fois pour les essais ayant une durée de réaction de 2 heures. Pour les autres essais, l'addition d'ΑIBN a été effectuée par fractions, toutes les deux heures. La proportion d'énan- tiomère R et d'énantiomère S a été déterminée par HPLC chi- raie. Les rendements ont été déterminés par RMN 1H. Dans la colonne "rendement", le premier nombre indique le rendement sur le mélange réactionnel brut après réaction, et le nombre entre parenthèses indique le rendement en produit isolé.
Tableau 2
Exemple 2
Inversion d'un énantiomère
On a préparé une solution 0,067 M de l'énantiomère (S) de l'aminé 14 définie dans le tableau 1, dans l'heptane. A cette solution on a ajouté 1,2 équivalents de thiol Et2N-C (O) -C (CH3) -SH, 1,2 équivalents de laurate d'éthyle
comme composé donneur d'acyle R1C(O)-O-R", 200 mg de Candida antarctica lipase B (CAL-B) commercialisée par la société Novozym. sous la dénomination Novozym 435, et 10% molaire d'AIBN, puis on a chauffé le milieu réactionnel jusqu'à 8O0C et on a maintenu cette température pendant 8 heures. L'addition d'AIBN a été effectuée par fractions, toutes les deux heures .
Le résidu obtenu après filtration et concentration a été purifié par chromatographie sur gel de silice et l'on a obtenu 1 ' énantiomère (R) de l'aminé recherché, dans lequel le groupe aminé est protégé par le groupe acyle. Le composé obtenu (16) répond à la formule R1R2N-CHR3R4 dans laquelle R1 est H, R2 est Ci1H23C(O)-, R3 est CH3- et R4 est Bu-CH2CH2-.
On a reproduit le mode opératoire ci-dessus en remplaçant l'aminé 14 par l'aminé 1. Le composé obtenu (17) répond à la formule R1R2N-CHR3R4 dans laquelle R1 est H, R2 est CuH23C(O)-, R3 est CH3- et R4 est Ph-CH2CH2-.
Dans les deux cas, on a déterminé l'excès énantioméri- que "ee" en amide, le rendement mesuré par RMN 1H sur le milieu réactionnel brut et le rendement en produit isolé. Les résultats sont indiqués dans le tableau 3 ci-après.
Tableau 3
Exemple 3
Résolution cinétique dynamique d'un mélange racémique
On a préparé une solution 0,067 M de mélange racémique d'une aminé dans l'heptane. A cette solution, on a ajouté 1,2 équivalents de thiol Et2N-C (0) -C (CH3) -SH, n équivalents de donneur d'acyle R'-COOR", 200 mg de Candida antarctica lipase B (CAL-B) Novozym 435 et 10% molaire d'AIBN, puis on a chauffé le milieu réactionnel jusqu'à 8O0C et on a maintenu cette température pendant 8 heures. L'addition
d'AIBN a été effectuée par fractions, toutes les deux heures.
Le résidu obtenu après filtration et concentration a été purifié par chromatographie sur gel de silice et l'on a obtenu 1 'énantiomère de l'aminé recherché, dans lequel le groupe aminé est protégé par le groupe acyle.
Ce mode opératoire a été mis en œuvre pour un mélange racémique des aminés 11, 13, 22 et 25 définies dans le tableau 1. Les conditions particulières et les résultats sont donnés dans le tableau 4 ci-après .
Tableau 4
Les amides 16, 17, 18, 23 et 26 sont obtenus sous la forme [R) et répondent à la formule R1R2N-C^HR3R4 dans laquelle les substituants ont les significations données dans le tableau 5 suivant.
Tableau 5