PROCEDE DE PERMEABILISATION THERMIQUE
D'UNE BIOMASSE DE MICROALGUES
La présente invention concerne un procédé de perméabilisation thermique d'une biomasse de microalgues, ce traitement permettant d'en libérer le contenu intracellulaire soluble, notamment les peptides et polypeptides.
Ce procédé de perméabilisation thermique ne s'accompagne pas d'une désintégration cellulaire, ce qui permet également la séparation aisée du contenu intracellulaire ainsi libéré de la biomasse résiduelle, par toute méthode de séparation solide- liquide connue en soi par ailleurs de l'homme du métier, par exemple la filtration frontale ou tangentielle, la centrifugation et/ou la floculation.
Plus particulièrement, dans le cas où les microalgues choisies sont riches en lipides, le procédé de l'invention permet de conserver dans la biomasse résiduelle la fraction lipidique d'intérêt.
La présente invention concerne enfin la récupération et le fractionnement du contenu intracellulaire des microalgues en solution aqueuse, contenu intracellulaire composé de peptides et polypeptides solubles, pigments, acides gras libres, oligo- et polysaccharides... II est bien connu de l'homme du métier que les chlorelles sont une source potentielle de nourriture, car elles sont riches en protéines et autres nutriments essentiels.
Elles sont décrites comme renfermant 45% de protéines, 20% de matières grasses, 20% de glucides, 5% de fibres et 10% de minéraux et de vitamines.
La fraction huile de la biomasse de Chlorella, qui se compose essentiellement d'huiles monoinsaturées, fournit ainsi des avantages nutritionnel et santé par rapport aux huiles saturées, hydrogénées et polyinsaturées souvent trouvées dans les produits alimentaires conventionnels.
La fraction protéique peut quant à elle valorisée être comme agent fonctionnel dans les industries alimentaire, cosmétique voire pharmaceutique, pour ses propriétés moussantes, émulsifiantes...
Les chlorelles sont donc classiquement exploitées en alimentation humaine ou animale, soit sous la forme de biomasse entière, soit sous la forme de farine, obtenue par séchage de la biomasse de chlorelles dont la paroi cellulaire a été rompue par des moyens notamment mécaniques.
La farine de microalgues fournit également d'autres bénéfices, comme des micronutriments, des fibres alimentaires (glucides solubles et insolubles), des
phospholipides, des glycoprotéines, des phytostérols, tocophérols, tocotriénols, et du sélénium.
Pour préparer la biomasse qui entrera dans la composition des aliments, la biomasse est concentrée, ou récoltée, du milieu de culture (culture réalisée par autotrophie à la lumière en photobioréacteurs, ou en hétérotrophie, à l'obscurité en présence d'une source carbonée assimilable par les Chlorelles).
Dans le domaine technique auquel s'adresse l'invention, la croissance des Chlorelles par voie hétérotrophique est préférée (voie dite fermentaire).
Au moment de la récolte de la biomasse de microalgues du milieu de fermentation, la biomasse comprend des cellules intactes pour l'essentiel en suspension dans un milieu de culture aqueux.
Pour concentrer la biomasse, on procède alors à une étape de séparation solide- liquide, par filtration frontale et/ou tangentielle, par centrifugation, ou par tout moyen connu par ailleurs de l'homme du métier.
Après concentration, la biomasse de microalgues peut être directement traitée afin de produire des gâteaux emballés sous vide, des paillettes de microalgues, des homogénats de microalgues, de la poudre de microalgues intactes, de la farine de microalgues broyées, ou de l'huile de microalgues.
On procède également au séchage de la biomasse de microalgues pour faciliter le traitement ultérieur ou pour une utilisation de la biomasse dans ses différentes applications, notamment alimentaires.
Cependant, jusqu'à présent, les microalgues étaient utilisées principalement pour la production de produits à forte valeur ajoutée, mais à faible volume. Parmi les raisons avancées pour expliquer cette situation, on trouve le coût prohibitif de la production à grande échelle de microalgues et surtout les difficultés associées au procédé de purification (acronyme anglo-saxon de « DSP » pour Down Stream Process) desdits produits.
Comme énoncé plus haut, de nombreux produits à haute valeur ajoutée sont stockés dans le compartiment intracellulaire des microalgues, et les procédés d'extraction de ces produits nécessitent classiquement une étape de désintégration cellulaire.
Or, un procédé de désintégration cellulaire efficace se doit de maximaliser non seulement le rendement mais aussi la qualité des produits extraits. En d'autres termes, ce procédé de désintégration optimisé doit éviter la contamination chimique ou la dégradation des produits ciblés.
Par ailleurs, pour des productions à grande échelle, il est important que le procédé choisi soit transposable à cette échelle.
Enfin, l'introduction de cette étape de désintégration cellulaire dans le DSP doit être aisée et ne doit pas avoir un impact négatif sur les étapes de procédé/traitement subséquentes.
Toutes ces limitations influencent l'efficacité du procédé de désintégration et par la même sa consommation énergétique.
Différentes procédures de désintégration de microalgues ont été étudiées, par exemple chimique, mécanique, enzymatique voire même électrique (champ puisé).
Cependant, les cellules de microalgues sont dotées de parois membranaires très solides, ce qui rend la désintégration cellulaire et l'extraction des produits d'intérêt très difficiles et très coûteuses en énergie.
Par exemple, un disrupteur à pression peut être utilisé pour pomper une suspension contenant les cellules à travers un orifice restreint pour lyser les cellules. Une pression élevée (minimum de 1500 bar) est appliquée, suivie d'une expansion instantanée à travers une buse. Le cassage des cellules peut être réalisé par trois mécanismes différents : empiétement sur la vanne, cisaillement élevé du liquide dans l'orifice, et chute de pression soudaine en sortie, provoquant une explosion de la cellule. La méthode libère des molécules intracellulaires, mélangées aux débris cellulaires.
Un homogénéisateur NIRO Homogenizer Niro (GEA NIRO SOAVI - ou tout autre homogénéisateur haute pression) peut être utilisé pour traiter des cellules présentant une taille majoritairement comprise entre 0,2 et 5 microns. Ce traitement de la biomasse algale sous haute pression lyse généralement plus de 90 % des cellules et réduit la taille à moins de 5 microns.
De manière alternative, un broyeur à billes peut être également utilisé. Dans un broyeur à billes, les cellules sont agitées en suspension avec de petites particules sphériques. Le cassage des cellules est provoqué par les forces de cisaillement, le broyage entre les billes, et les collisions avec des billes. La description d'un broyeur à billes approprié est par exemple faite dans le brevet US 5.330.913. Ces billes cassent les cellules pour en libérer le contenu cellulaire. On obtient alors une suspension de particules de plus petite taille que les cellules d'origine sous la forme d'une émulsion « huile dans eau ». Cette émulsion est ensuite atomisée et l'eau est éliminée, laissant une poudre sèche contenant cependant un mélange hétérogène composé de débris cellulaires, de composés solubles interstitiels et d'huile.
La difficulté à résoudre dans l'emploi de ces technologies de désintégration cellulaire est l'isolement du seul contenu intracellulaire (à l'exclusion des débris membranaires et des matières grasses) et la préservation, notamment, de la qualité de la charge protéique.
L'énergie mise en œuvre pour rompre la rigidité de la microalgue peut en effet occasionner une dégradation ou dénaturation irréversible des molécules intracellulaires d'intérêt.
Des solutions alternatives ont été proposées, comme le traitement électrique à champ puisé. L'exposition des cellules biologiques à champ électrique puisé de haute intensité peut en effet altérer la structure de la membrane cellulaire. Le champ externe provoque le chargement de la membrane. A une tension transmembranaire suffisante (0,5-1 V), l'arrangement moléculaire des phospholipides change, ce qui conduit à faire perdre à la membrane sont rôle de barrière, la rendant perméable. En fonction des conditions mises en œuvre, cette perméabilisation membranaire peut être réversible ou irréversible.
Pour une extraction efficace des composés intracellulaires, il reste cependant conseillé à l'homme du métier de provoquer une perméabilisation irréversible de la membrane, ce qui conduit à sa désintégration.
Cette rupture de la membrane facilite alors la libération du contenu cellulaire et, en cas d'utilisation d'une technique complémentaire d'extraction par solvant, facilite également la pénétration du solvant dans la cellule.
Cette technique, quoique prometteuse, n'est malheureusement pas extrapolable à une échelle industrielle pour traiter une biomasse produite en réacteur de 1 à 200 m3.
Par ailleurs, elle produit également des débris membranaires contaminant qu'il faudra séparer des molécules d'intérêt du compartiment intracellulaire.
Il résulte qu'il demeure un besoin non satisfait de disposer d'une technologie de fragilisation des parois des microalgues apte à libérer le contenu intracellulaire sans désintégrer la cellule ni altérer la qualité de ses composants.
La société Demanderesse a trouvé que ce besoin pouvait être satisfait par un procédé de perméabilisation thermique des cellules de microalgues.
La société Demanderesse va ainsi à rencontre d'un préjugé technique qui veut que les méthodes thermiques de disruption cellulaire, tout comme les forces de cisaillement provoqués par la désintégration mécanique, soient des technologies plutôt mises en œuvre pour dégrader ou dénaturer les produits issus des microalgues (Richmond, 1986, Handbook of Microalgal Mass Culture. CRC Press, Inc - Molina Grima et al., 2003, Recovery of microalgal biomass and metabolites: process options and économies, Biotechnol. Adv. 20:491-515).
Par ailleurs, une fois libérées du compartiment intracellulaire, la récupération des molécules peut être réalisée aisément par toute technologie de séparation solide-liquide connue de l'homme du métier, étant donné que le traitement thermique développé par la société Demanderesse ne conduit pas à la désintégration de la paroi cellulaire.
Enfin, la récupération de cette fraction soluble ouvre la voie du fractionnement de son contenu, par exemple par des techniques de séparation membranaire connues de l'homme du métier.
La présente invention est relative à un procédé de perméabilisation thermique de la biomasse de microalgues du genre Chlorella de manière à en récupérer les fractions solubles enrichies notamment en peptides et polypeptides et en oligosaccharides.
Ce procédé comprend les étapes suivantes :
fourniture d'une biomasse de microalgues ;
traitement thermique par paliers à une température comprise entre 60 à 130°C, de préférence 60 et 90°C, pendant 1 à 5 minutes,
refroidissement à une température comprise entre 0° et 10°C, et
récupération, concentration et enrichissement des fractions solubles débarrassées des cellules de microalgues.
Ce procédé comprend de préférence les étapes suivantes :
1 ) culture des microalgues par fermentation en conditions hétérotrophiques et en absence de lumière,
2) collecte de la biomasse,
3) optionnellement, lavage de la biomasse pour éliminer les résidus du liquide interstitiel issus de la fermentation,
4) traitement thermique par paliers à une température comprise entre 60 à
130°C, de préférence 60 et 90°C, pendant 1 à 5 minutes,
5) de manière optionnelle, refroidissement à température ambiante et maintien à cette température pendant 30 minutes à 3 heures, de manière à laisser diffuser les composants intracellulaires dans le milieu réactionnel,
6) refroidissement à une température comprise entre 0° et 10°C, de préférence à une température de l'ordre de 4°C,
7) élimination de la biomasse résiduelle par une technique de séparation solide- liquide,
8) récupération, concentration et enrichissement des fractions solubles débarrassées des cellules de microalgues.
De préférence, les microalgues du genre Chlorella sont choisies dans le groupe constitué de Chlorella vulgaris, Chlorella sorokiniana et Chlorella protothecoides, et sont plus particulièrement Chlorella protothecoides. Dans un mode de réalisation particulier, la souche est Chlorella protothecoides (souche UTEX 250 - The Culture Collection ofAlgae at the University of Texas at Austin - USA). Dans un autre mode de réalisation particulier, la souche est Chlorella sorokiniana (souche UTEX 1663 - The Culture Collection of Algae at the University of Texas at Austin - USA).
La culture en conditions hétérotrophiques et en l'absence de lumière conduit classiquement à la production d'une biomasse de chlorelles présentant une teneur en protéines (évaluée par la mesure du taux d'azote N x 6,25) de 45 à 70 % en poids de cellules sèches.
Comme il sera exemplifié ci-après, Cette culture est réalisée en deux étapes :
- préculture dans un milieu contenant du glucose et de l'extrait de levures pendant 72 h à 28°C sous agitation,
- culture pour production de la biomasse proprement dite en glucose et extrait de levure pendant plus de 36 h à 28°C, sous agitation et à pH 6,5 régulé à l'ammoniaque,
ce qui conduit à environ 80 g/L de biomasse à une teneur en protéines (évalué par le N 6,25) de l'ordre de 52 % en poids de cellules sèches.
La biomasse est ensuite collectée par séparation solide-liquide, par filtration frontale ou tangentielle, par centrifugation, ou par tout moyen connu par ailleurs de l'homme du métier.
De manière avantageuse, la société Demanderesse recommande ensuite de laver la biomasse de manière à éliminer les composés solubles interstitiels par une succession de concentration (par centrifugation) / dilution de la biomasse.
Au sens de l'invention, on entend par « composés solubles interstitiels » tous les contaminants organiques solubles du milieu de fermentation, par exemple les composés hydrosolubles tels les sels, le glucose résiduel, les oligosaccharides de degré de polymérisation (ou DP) 2 ou 3, les peptides...
Cette biomasse ainsi purifiée de ses solubles interstitiels est ensuite ajustée préférentiellement à une matière sèche comprise entre 5 et 35 % en poids, de préférence à une matière sèche comprise entre 10 et 20 % avec de l'eau déminéralisée.
On réalise alors le traitement thermique par paliers à une température comprise entre 60° et 130°C, de préférence 60 et 90°C, pendant 1 à 5 minutes. Ce traitement peut comprendre 2 à 6 paliers de température. Par exemple, il peut comprendre plusieurs paliers de températures croissantes et ensuite, facultativement plusieurs paliers de températures décroissantes. Les paliers de température peuvent être de 10 à 40 °C, par exemple d'environ 10, 20, 30 ou 40°C.Un premier palier peut permettre de porter la biomasse à une température d'environ 60-70 °C. Par « environ » est entendu + ou - 10 %, de préférence + ou - 5 %. Des paliers intermédiaires peuvent être faits entre 60°C et la température maximale appliquée, par exemple entre environ 90 et 130°C. Chaque palier peut durer entre environ 10 secondes et 4 minutes, de préférence entre 30 secondes et 3 minutes.
Ainsi, le traitement peut être comprendre un premier palier permettant de porter la biomasse à une température d'environ 60-70 °C, un ou plusieurs paliers permettant
d'atteindre une température maximale appliquée d'environ 90 à 130°C, et facultativement un ou plusieurs paliers permettant de réduire la température.
Comme il sera exemplifié ci-après, le traitement peut être réalisé en trois phases : montée en température de la température ambiante à 60°C en 30 secondes ; - montée en température de 60° à 90°C pendant encore 30 secondes ;
maintien de la température à 90°C pendant 3 minutes.
Dans un mode de réalisation particulier, le procédé comprend les étapes suivantes : o élévation de la température de 28°C à 60°C pendant 30 secondes,
o élévation de la température de 60°C à 90 °C pendant 30 secondes,
o maintien de la température à 90°C pendant 1 minute,
o refroidissement de 90 à 60°C pendant 30 secondes,
o refroidissement de 60°C à 4°C, de préférence pendant 1 minute.
Ce traitement permet de laisser diffuser les composants intracellulaires dans le milieu réactionnel.
De manière à amplifier ce phénomène de diffusion libre, on peut laisser refroidir à température ambiante et maintenir à cette température pendant 30 minutes à 3 heures.
Enfin, au terme de ces étapes, on laisse refroidir à une température finale comprise entre 0° et 10°C, de préférence à une température de l'ordre de 4°C.
La société Demanderesse a ainsi trouvé que le traitement thermique, réalisé dans ces conditions opératoires, agit ainsi comme un procédé de fragilisation membranaire qui autorise le relargage spontané des composants solubles du compartiment intracellulaire.
En plus des substances ioniques, des substances organiques tels que les hydrates de carbone (majoritairement DP1 et DP2), les peptides et les polypeptides sont drainés hors de la cellule.
Au contraire, les lipides et composés organiques hydrophobes restent dans les cellules, ce qui démontre bien que les cellules sont perméabilisées et non lysées/détruites.
Le procédé selon l'invention ne conduit donc pas à la formation d'une émulsion, mais bien d'une suspension aqueuse.
Le relargage de toutes ces substances solubles à travers la membrane perméabilisée s'apparente à un procédé de diffusion libre de type dialyse.
Par voie de conséquence, un temps de latence peut être nécessaire pour permettre une diffusion suffisante après le traitement thermique qui perméabilise la membrane.
Dans la littérature, le procédé de perméabilisation par champ puisé des membranes de levures pour en extraire les protéines demande de 4 h à 6 h (Ganeva et al., 2003, Analytical Biochemistry, 315, 77-84).
Selon l'invention, un temps de réaction beaucoup plus court est mis en œuvre, compris entre 1 à 5 minutes.
De manière avantageuse, un temps de réaction entre 30 minutes et 3 heures supplémentaire peut-être mis en œuvre pour optimiser la diffusion des composés solubles du compartiment cellulaire.
La biomasse résiduelle est ensuite éliminée par une technique de séparation solide-liquide par filtration frontale ou tangentielle, par floculation, par centrifugation, ou par tout moyen connu par ailleurs de l'homme du métier, ce qui permet de récupérer aisément la fraction soluble débarrassée des cellules de microalgues.
Cette fraction soluble est composée essentiellement de protéines (50 - 80 % p/p) et d'hydrates de carbone (5 - 15 % p/p).
Les procédés classiques de récupération des protéines solubles reposent généralement sur une étape de précipitation desdites protéines par l'acide trichloracétique (10 % poids/volume) ou au sulfate d'ammonium.
Cependant, ces isolements par précipitation font suite à des procédés de cassage cellulaire très destructeurs (le plus souvent par sonication ou homogénéisation) qui, s'ils permettent en effet d'augmenter les rendements d'extraction, conduisent surtout à des protéines de faible solubilité et dénaturées.
Leur refonctionnalisation ne peut alors être envisagée que par le biais de leur produit d'hydrolyse (en peptides) par des moyens chimiques (lyse à la soude), physiques (traitement à haute température) ou enzymatiques (enzymes protéolytiques).
Le procédé selon l'invention permet bien au contraire de libérer des peptides et polypeptides natifs, intacts, dont toutes les fonctionnalités peuvent toujours s'exprimer.
Par ailleurs, la société Demanderesse a trouvé que la taille des peptides et polypeptides solubles libérées variait proportionnellement à la température de traitement mise en œuvre. Il est également considéré que le temps de traitement peut avoir un impact.
Il est par ailleurs proposé par la société Demanderesse des procédés de fractionnement afin d'isoler les protéines ou les oligosaccharides d'intérêt, procédés de fractionnement principalement membranaire.
La société Demanderesse recommande ainsi de procéder en deux étapes :
- préparer des compositions enrichies en protéines solubles et en oligosaccharides à partir des fractions solubles (débarrassées des microalgues traitées thermiquement) filtrées sur système membranaire choisi dans le groupe constitué de la microfiltration, l'ultrafiltration, la nanofiltration et la diafiltration, prise seule ou en combinaison,
- soumettre lesdites compositions à des traitements de fractionnement membranaire supplémentaires de type osmose inverse afin de séparer peptides et polypeptides d'une part, et oligosaccharides d'autre part.
L'invention sera mieux comprise à l'aide des exemples qui suivent, lesquels se veulent illustratifs et non limitatifs.
EXEMPLES
Exemple 1 : Production de Chlorella protothecoides en fermentation de type fed-batch
La souche utilisée est Chlorella protothecoides UTEX 250
Pré-culture :
500 mL de milieu dans un Erlenmeyer de 2L ;
Composition du milieu (en g/L) :
Tableau 1 .
L'incubation se déroule dans les conditions suivantes : durée : 72 h ; température : 28°C ; agitation : 1 10 rpm (Incubateur Infors Multitron).
La pré-culture est ensuite transférée dans un fermenteur de 30L de type Sartorius. Culture pour production de biomasse :
Le milieu est le suivant :
Tableau 2.
Le volume initial (Vi) du fermenteur est ajusté à 17 L après ensemencement. Il est porté à 20 à 25 L environ en final.
Les paramètres de conduite de la fermentation sont les suivants :
Tableau 3.
Lorsque la concentration résiduelle en glucose tombe en dessous de 10 g/L, un apport de glucose sous forme d'une solution concentrée à 800 g/L environ est réalisé de façon à maintenir la teneur en glucose entre 0 et 20 g/L dans le fermenteur.
Résultats
En 40h, on obtient 80 g/L de biomasse contenant 52 % de protéines.
Exemple 2. Perméabilisation thermique de la biomasse de Chlorella protothecoides et récupération de la fraction soluble
La biomasse obtenue selon l'exemple 1 est :
- centrifugée et lavée de manière à être amenée à une matière sèche de 150 g/l et à une pureté de plus 90 % (pureté définie par le rapport entre la matière sèche de la biomasse sur matière sèche totale), puis
traitée thermiquement de la manière suivante :
o élévation de la température de 28°C à 60°C pendant 30 secondes, o élévation de la température de 60°C à 90 °C pendant 30 secondes, o maintien de la température à 90°C pendant 1 minute
o refroidissement de 90 à 60°C pendant 30 secondes,
o refroidissement de 60°C à 4°C, de préférence pendant 1 minute. La biomasse ainsi obtenue est séparée de la fraction soluble par séparation centrifuge. Ladite fraction soluble est ensuite microfiltrée sur membrane céramique de 0,14 m à 60°C.
La pression transmembranaire est fixée à une valeur comprise entre 0,2 et 0,6 bar et la microfiltration est conduite pour obtenir un facteur de concentration volumique de 2,5 (100 litres de cette fraction soluble microfiltrée génèrent ainsi 40 litres de rétentat « R1 » et 60 litres de perméat « P1 »).
Ce perméat « P1 » de microfiltration présente une matière sèche de 4 % et titre entre 60 et 80% de protéines solubles exprimées en N 6x25. Exemple 3. Fractionnement des composantes protéiques et saccharidiques du contenu intracellulaire de la biomasse de Chlorella protothecoides perméabilisée
Pour obtenir les fractions riches en protéines solubles et en saccharides, le perméat de microfiltration « P1 » obtenu au terme de l'exemple 2 à 4 % de matière sèche est notamment ultrafiltré sur membrane de seuil de coupure 10 kDa, de manière à obtenir :
o un rétentat « R2 » à 10 % de matière sèche, contenant des peptides présentant un poids moléculaire supérieur ou égal à 5 kDa et des oligosaccharides de hauts DP ;
o un perméat « P2 » à 1 % de matière sèche, contenant des peptides présentant un poids moléculaire inférieur à 5 kDa et des oligosaccharides DP inférieure ou égal à 2.
Ce perméat « P2 » peut alors être notamment filtré sur membrane d'osmose inverse (présentant un taux de réjection en NaCI de 93 %), de manière à obtenir :
o un rétentat « R3 » à 10% de matière sèche contenant des peptides présentant un poids moléculaire inférieur à 5 kDa et des oligosaccharides de DP 2, tel le saccharose ;
o un perméat « R3 » à 0,1 % de matière sèche contenant des oligosaccharides de DP1 , des sels, des acides aminés libres et des acides organiques.