Procédé de fabrication d'une pile à combustible à oxyde solide sous forme de couches minces.
Domaine technique de l'invention
L'invention concerne un procédé de fabrication d'une pile à combustible à oxyde solide sous forme de couches minces comprenant au moins une étape de dépôt physique en phase vapeur assisté par faisceau d'électrons d'un électrolyte solide dense.
État de la technique
Les piles à combustible à oxyde solide, également appelées piles SOFC, sont généralement fabriquées sous forme de couches minces, en utilisant des techniques de la microélectronique. Les piles SOFC fabriquées sous forme de couches minces permettent, notamment, une amélioration des coûts de fabrication, d'efficacité et de densité d'énergie par rapport à d'autres piles à combustibles.
Par ailleurs, les conditions de fonctionnement des piles SOFC imposent, un électrolyte solide ayant une conductivité ionique élevée pour permettre le passage des ions O2" de la cathode vers l'anode. Ainsi, l'électrolyte est, généralement, réalisé sous forme d'un dépôt d'une couche mince en zircone dopée par de l'yttrium également notée YSZ, sur une des deux électrodes poreuses de la pile SOFC. Le fait de réaliser l'électrolyte solide sous forme d'une couche mince ayant une épaisseur comprise entre 1 et 10Oμm réduit, en effet, la résistance ionique de l'électrolyte, lorsque la température de fonctionnement de la pile SOFC est inférieure ou égale à 700°C.
De plus, l'électrolyte mince devant être parfaitement étanche aux gaz d'électrodes, le procédé de dépôt utilisé est généralement adapté de manière à obtenir une couche mince la plus dense possible. Ainsi, pour améliorer la densité de l'électrolyte, certains ont tenté de réaliser un recuit à haute température (1300°C à 15000C) après dépôt. Cependant, cette étape de recuit peut provoquer des fissures dans les couches minces déposées et générer une différence de coefficients thermiques entre l'électrolyte et l'électrode sur laquelle il est déposé. Or, l'électrolyte doit conserver un coefficient de dilatation thermique compatible à ceux des autres constituants de la pile SOFC.
A titre d'exemple, le brevet US5741406 décrit un procédé de dépôt physique en phase vapeur d'un film électrolyte dense en YSZ, sur une électrode poreuse en manganite de lanthane dopé au strontium (LSM ou "Lanthanum Strontium Manganite"). Ainsi, un film de YSZ est déposé, par pulvérisation cathodique, sur une électrode en LSM disposée sur un support en nickel. Le support en nickel est maintenu à un potentiel négatif continu et à une température de 4500C. Le dépôt est réalisé par pulvérisation d'une cible composite comprenant du zirconium et de l'yttrium et ayant un diamètre de 5 centimètres, dans un mélange d'argon et d'oxygène. La pression totale dans l'enceinte, lors du dépôt, est de l'ordre de 6.10'3 Torr, avec une pression partielle en oxygène de 0,2.10"3 Torr.
Bien que permettant d'obtenir des couches minces denses, le procédé de pulvérisation cathodique présente, cependant, l'inconvénient d'avoir une vitesse de dépôt faible, de l'ordre de 0,15 à 0,5μm/h. De plus, la qualité du dépôt obtenu par pulvérisation cathodique dépend de Ia morphologie du support sur lequel il est réalisé. Ainsi, une couche mince électrolyte dense, déposée par pulvérisation cathodique sur une électrode poreuse et non polie est rugueuse et elle présente les mêmes défauts que l'électrode sur laquelle elle est déposée, notamment des trous ou des craquelures.
Pour remédier à ce problème, Ie brevet US6007683 propose de réaliser un dépôt chimique en phase vapeur (CVD) d'une couche mince intermédiaire lisse en YSZ, sur une électrode poreuse en nickel et en YSZ, avant que l'électrolyte dense en YSZ ne soit déposé par pulvérisation cathodique. Cette solution n'est, cependant, pas satisfaisante dans la mesure où le dépôt chimique en phase vapeur et la pulvérisation cathodique ont toujours des vitesses de dépôt relativement faibles. De plus, l'élaboration d'un électrolyte en couche mince par un tel procédé s'avère être complexe à mettre en œuvre.
Il a déjà été proposé à titre expérimental de réaliser un électrolyte dense par dépôt physique en phase vapeur assisté par faisceau d'électrons. Ainsi, le document EP-A-1403954 propose de réaliser une couche en YSZ d'une épaisseur de 6μm par dépôt physique en phase vapeur assisté par faisceau d'électrons et de la plaquer ensuite sur une couche d'électrode à faible porosité.
L'article « Préparation of thin film zirconia cells » de Michibata et al. (Extended abstracts, Electrochemical Society. Princeton, New Jersey, Vol 87-2, pages 268-269) mentionne la réalisation de films en zircone stabilisée sur un support recouvert d'un film en oxyde de nickel. Le film en zircone stabilisée est, alors, réalisé en évaporant avec un faisceau d'électrons, à une température de 2500C1 du zirconium et de l'yttrium à la surface du film en oxyde de nickel, puis en oxydant le dépôt de zirconium et d'yttrium à une température de 7000C pendant une heure de manière à obtenir la zircone stabilisée.
Objet de l'invention
L'invention a pour but un procédé de fabrication d'une pile à combustible à oxyde solide sous forme de couches minces remédiant aux inconvénients de l'art antérieur.
Plus particulièrement, l'invention a pour but d'obtenir, de manière simple et rapide, une pile à combustible à oxyde solide présentant, lors de son fonctionnement, des risques réduits de déformation thermo-mécaniques de l'électrolyte dense et une durée de vie accrue, tout en ayant une excellente interface entre l'électrolyte dense et l'électrode poreuse sur laquelle l'électrolyte est déposé.
Selon l'invention, ce but est atteint par les revendications annexées.
Description sommaire des dessins
D'autres avantages et caractéristiques ressortiront plus clairement de la description qui va suivre de modes particuliers de réalisation de l'invention donnés à titre d'exemples non limitatifs et représentés aux dessins annexés, dans lesquels :
Les figures 1 et 2 représentent, respectivement des premier et second clichés obtenus par microscopie électronique à balayage d'un électrolyte solide dense en YSZ déposé par pulvérisation cathodique sur une anode poreuse en cermet NiO:YSZ.
Les figures 3 et 4 représentent respectivement des premier et second clichés obtenus par microscopie électronique à balayage d'un électrolyte solide dense en YSZ déposé par EB-PVD sur une anode poreuse en cermet
NiO: YSZ.
Description de modes particuliers de réalisation
Une pile à combustible à oxyde solide (SOFC) est réalisée sous forme de couches minces, en déposant notamment un électrolyte solide dense, directement sur une électrode poreuse, par dépôt physique en phase vapeur assisté par faisceau d'électrons.
Par dépôt physique en phase vapeur assisté par faisceau d'électrons, également appelé dépôt EB-PVD ("Electron Beam Physical Vapor Déposition"), on entend un dépôt obtenu par évaporation ou par sublimation d'un matériau contenu dans un creuset sous vide et chauffé à haute température à l'aide d'un faisceau d'électrons. Le matériau évaporé ou sublimé se dépose, alors, par condensation sur l'électrode poreuse, sous forme d'une couche mince formant un électrolyte solide. La couche mince a, de préférence, une épaisseur comprise entre 1 et 100 micromètres. L'électrode poreuse peut être disposée sur un support fixe ou en rotation et la distance entre le creuset et le support est, par exemple, de 29 centimètres et elle peut être ajustée.
La température à laquelle le dépôt de l'électrolyte dense est réalisé, est déterminée de manière à obtenir un électrolyte dense et donc étanche aux gaz d'électrodes. Elle est comprise entre 5000C et 900°C. Le choix d'une telle fourchette de températures pour la température de dépôt de l'électrolyte dense permet également de réaliser l'électrolyte dense à une température proche de la température de fonctionnement de la pile SOFC (500°C-900°C). Ceci permet en effet de réduire les risques de déformation thermomécaniques de l'électrolyte dense formé sur l'électrode poreuse, lors du fonctionnement de la pile SOFC et donc d'accroître la durée de vie de la pile SOFC. Le dépôt de l'électrolyte dense est, de préférence, réalisé à une pression comprise entre 5.10'5 et 7.10'4 Torr, en présence d'oxygène.
Une étape supplémentaire de traitement par faisceau d'électrons puisé peut, également, être réalisée, après Ie dépôt de l'électrolyte dense sur l'électrode poreuse, de manière à améliorer la densification et l'étanchéité de l'électrolyte solide. L'intensité et la durée d'impulsion du faisceau d'électrons utilisé lors de cette étape supplémentaire sont, alors, déterminées de manière à ajuster la densité et l'étanchéité aux gaz d'électrodes de l'électrolyte dense.
L'électrolyte solide dense est, de préférence, constitué par un matériau céramique à base d'oxyde et comprenant au moins un agent dopant. Plus particulièrement, l'électrolyte solide dense est constitué par un matériau céramique choisi parmi : la zircone dopée par au moins un élément chimique choisi parmi l'yttrium, le scandium et l'ytterbium, - la cérine dopée par au moins un élément chimique choisi parmi le gadolinium et le samarium et leurs mélanges.
Par ailleurs, l'électrolyte solide dense peut être déposé sur une électrode poreuse formant indifféremment l'anode ou Ia cathode de la pile à combustible à oxyde solide. De plus, l'électrode poreuse sur laquelle est déposé l'électrolyte solide dense peut être réalisée par tout type de méthode connue.
Lorsque l'électrode poreuse forme la cathode de Ia pile SOFC, elle est, de préférence, constituée par un matériau choisi parmi : le manganite de lanthane dopée par au moins un élément chimique choisi parmi le strontium, le calcium et le fer, le cobaltate de lanthane dopé par le strontium, - et leurs mélanges.
Lorsque l'électrode poreuse forme l'anode, elle est, de préférence, constituée par un matériau choisi parmi : un cermet (matériau composite céramique-métal) de nickel et de zircone dopée par au moins un élément chimique choisi parmi ryttrium, le scandium et i'ytterbium, un cermet de nickel et de cérine dopée par au moins un élément chimique choisi parmi le gadolinium et le samarium, la zircone stabilisée à l'yttrium et dopée par un oxyde de titane, la manganite de lanthane dopée par du strontium - et leurs mélanges.
A titre d'exemple, deux électrolytes denses d'une épaisseur de 6,5μm ont été déposés, respectivement par dépôt EB-PVD et par pulvérisation cathodique, sur des anodes poreuses. Les électrolytes denses sont en zircone dopée par i'yttrium (YSZ) tandis que les anodes sont en cermet de nickel et de zircone dopée par l'yttrium (NiOΥSZ).
Le dépôt d'YSZ par EB-PVD est réalisé dans une enceinte de dépôt EB-PVD comportant un support en nickel sur lequel est disposée une électrode poreuse en NiOΥSZ et un creuset comprenant de la zircone et de ryttrium. Le creuset et le support en nickel sont espacés d'une distance de l'ordre de 29 centimètres. La pression totale dans l'enceinte, lors du dépôt, est comprise entre 5.105 Torr et 7.104 Torr, avec un débit d'oxygène de l'ordre de 4 à 20 cm3/mn. La température de dépôt est comprise entre 500 et 900°C et le faisceau d'électrons permettant d'évaporer le matériau contenu dans le creuset a une puissance de 10 keV.
Le dépôt d'YSZ par pulvérisation cathodique est réalisé de manière connue, notamment du brevet US5741406.
Des clichés par microscope électronique à balayage après dépôt ont été réalisés. Ainsi, les figures 1 et 3 illustrent, en coupe, les électrolytes 1 a et 1 b en YSZ, déposés respectivement par pulvérisation cathodique et par EB- PVD sur une électrode 2 en NiOΥSZ. L'état de surface des électrolytes 1a et 1 b est illustré, respectivement aux figures 2 et 4.
La comparaison des figures 1 et 3 montre que le dépôt EB-PVD permet d'obtenir un électrolyte solide 1 b, dense et d'une épaisseur uniforme tandis que, bien qu'étant peu poreux, l'électrolyte 1 a obtenu par pulvérisation cathodique est d'épaisseur irrégulière. De plus, l'interface 3 entre l'électrolyte solide 1 b obtenu par EB-PVD et l'électrode poreuse est plus nette que celle entre l'électrolyte solide 1 a obtenu par pulvérisation cathodique et l'électrode poreuse 2. Ainsi, le dépôt EB-PVD permet une meilleure adhérence de l'électrolyte sur l'électrode poreuse que le dépôt par pulvérisation cathodique.
Contrairement à l'art antérieur, il est, donc possible de déposer un électrolyte solide dense directement sur une électrode poreuse, sans réaliser une étape préliminaire de préparation de surface de l'électrode poreuse, ladite étape préliminaire étant destinée, dans le cas d'un dépôt par pulvérisation cathodique, à améliorer la morphologie de l'électrode poreuse et donc l'adhérence de l'électrolyte sur l'électrode. De plus, le dépôt EB-PVD permet de déposer un électrolyte solide, ayant une épaisseur de l'ordre du micromètre, ce qui réduit les pertes ohmiques et la température de fonctionnement de la pile SOFC.
Par ailleurs, comme illustré aux figures 2 et 4, l'électrolyte solide dense 1b obtenu par dépôt EB-PVD présente un très bon aspect de surface, relativement lisse notamment par rapport à l'électrolyte solide dense 1 a déposé par pulvérisation cathodique.
Cet état de surface amélioré permet d'assurer un bon empilement des différents éléments constitutifs de la pile SOFC. Il permet, notamment, de pouvoir déposer, avec une adhérence améliorée, une électrode supplémentaire sur l'électrolyte dense. A titre d'exemple, après le dépôt EB- PVD de l'électrolyte dense en YSZ sur l'anode poreuse en NiOΥSZ, une cathode poreuse en LSM peut être déposée sur l'électrolyte dense en YSZ, de manière à former un empilement Anode-Electrolyte-Cathode formant la piie SOFC.
L'anode et la cathode, formant les électrodes poreuses, peuvent également être déposées par dépôt EB-PVD, car le procédé de dépôt EB-PVD permet de déposer des couches minces présentant tout type de morphologie, c'est- à-dire des couches minces denses ou des couches minces poreuses. Le dépôt de couches minces poreuses est, de préférence, réalisé à une température relativement basse et à une pression supérieure ou égale à 10'3 Torr. La température de dépôt des couches minces poreuses est, de préférence, comprise entre la température ambiante et 5000C.
Il est alors possible de réaliser une pile SOFC en continu, avec un procédé de dépôt commun aux électrodes poreuses et à l'électrolyte dense, ce qui facilite la mise en œuvre du procédé de fabrication d'une pile SOFC. Par ailleurs, le dépôt EB-PVD présente des vitesses de dépôt supérieures à celles des procédés de dépôt usuellement utilisés et les épaisseurs des couches minces formées par dépôt EB-PVD sont uniformes et facilement contrôlables.