DESCRIPTION
TITRE : Méthode d’évaluation des propriétés mécanobiologiques d’un élément cellulaire
DOMAINE TECHNIQUE
La présente invention se rapporte au domaine de la biologie, en particulier de la mécanobiologie, et concerne plus particulièrement une méthode de caractérisation des propriétés mécanobiologiques d’une cellule ou de l’un de ses éléments ou compartiments.
ARRIERE PLAN TECHNOLOGIQUE
La mécanobiologie est un domaine de recherche émergeant visant à comprendre comment la mécanique des organites cellulaires, des cellules, des tissus, et/ou de leur environnement influence la physiologie des organismes. Un des socles de ce domaine de recherche et de ses applications biomédicales est de pouvoir mesurer et appliquer de manière précise des forces mécaniques à la surface des organites et des cellules dans des environnements tissulaires complexes.
Les forces mécaniques au sein et autour des cellules peuvent influencer des processus clés comme la différentiation, la division ou encore la migration cellulaire (Engler et al., 2006; Ladoux and Mège, 2017). De manière importante, de nombreuses maladies comme le cancer, les maladies cardiovasculaires, les maladies génétiques et malformations développementales, sont typiquement associées à des changements drastiques de propriétés mécaniques des cellules et tissus (Carey et al., 2012; Makale, 2007; Murthy et al., 2017) . Au sein des cellules, le noyau possède aussi une forme et une rigidité de surface, essentiel à l’intégrité de l’enveloppe nucléaire et à la préservation de l’information génétique. Ainsi, la forme, la taille et la mécanique du noyau sont très souvent utilisées comme marqueurs de la progression de cancer (Jevtic and Levy, 2014).
Ces découvertes récentes ont conduit au développement d’une nouvelle discipline pluridisciplinaire, la mécanobiologie, à l’interface entre l’ingénierie, la biologie et la médecine, qui consiste à étudier la régulation et le rôle des forces nucléaires, cellulaires et tissulaires pour caractériser le comportement des systèmes vivants et leur dérégulation dans différentes maladies (Lim et al., 2010). La mécanobiologie implique l’application et la mesure de forces sur les cellules et/ou tissus vivants (Roca-Cusachs et al., 2017). A ce jour, deux méthodes commerciales sont disponibles : (i) les pinces optiques et (ii) la microscopie par force atomique.
La méthode de pinces optiques est une méthode proposée pour appliquer des forces ou sonder les propriétés mécaniques de la surface ou de l’intérieur des cellules. Cette méthode possède une gamme de forces typiquement comprise entre 0,01 pN et 10 pN, et s’applique à des problématiques moléculaires (moteurs ou filaments biologiques uniques). Elle est en revanche inadaptée à des mesures en volume, puisque la force devient trop faible dès que l’on s’éloigne du plan focal du laser, et sa gamme de forces ne correspond pas aux forces typiques cellulaires et tissulaires (10-1000 pN). Cette méthode nécessite par ailleurs l’utilisation de laser infrarouge coûteux et dont l’alignement doit systématiquement être calibré, impliquant souvent des protocoles longs et dépendant de l’utilisateur.
La méthode de microscopie par force atomique (AFM) consiste à indenter, à l’aide d’une pointe couplée à un déflecteur calibré, la surface de cellules ou tissus pour en mesurer par exemple la rigidité. Elle ne peut pas être appliquée à des mesures au sein du volume des cellules ou tissus, et créé des dommages conséquents sur les cellules, notamment dans les gammes de forces intéressantes pour étudier la mécanobiologie d’une cellule. Elle est donc limitée dans sa compatibilité avec des échantillons vivants. Elle est aussi associée à un montage complexe, nécessitant des calibrations précises et souvent débattues dans les communautés (différents modèles d’interprétation des courbes distances-forces).
Ainsi, les méthodes disponibles à ce jour sont largement limitées à l’application de forces sur échantillons fins, et la gamme de forces utilisable dans ces techniques reste limitée à quelques piconewton (pN) au maximum sur des échantillons vivants. Elles sont par ailleurs coûteuses et difficiles à implémenter en routine, et peu compatibles avec l’imagerie dynamique.
Ainsi, il existe un besoin de développer de nouvelles stratégies permettant d’étudier et de caractériser les propriétés mécanobiologiques cellulaires, et notamment de mettre à disposition une méthode permettant d’apporter des informations précises sur la biomécanique cellulaire et tissulaire et pouvant s’utiliser dans une gamme d’applications large.
RESUME DE L’INVENTION
L’invention a pour but de pallier au manque de méthodes robustes, versatiles et précises d’application et de mesures de forces dans des échantillons biologiques. Les inventeurs proposent ici une méthode fondée sur l’utilisation de pointes magnétiques adaptées à la mécanique de surface tissulaire, cellulaire et nucléaire, permettant d’appliquer des forces dans des gammes allant du pN jusqu’au nN, et ce au sein de tissus profonds ou d’embryons multicellulaires non humains en développement. Cette méthode s’appuie sur des micro-pointes
aimantées qui appliquent des forces magnétiques sur des microparticules paramagnétiques fonctionnalisées pour se lier spécifiquement à des éléments et/ou compartiments cellulaires. Cette approche permet notamment des applications localisées de forces : (i) au sein des cellules, pour des applications par exemple pour l’étude de la mécanique du noyau (ii) à la surface d’une cellule unique ou au sein de tissus ou embryons multicellulaires de grandes tailles (iii) avec une gamme de forces surpassant de 2-3 ordres de grandeurs la gamme des méthodes commerciales courantes comme les pinces optiques et la microscopie par force atomique et/ou (iv) avec une compatibilité optimale avec les cellules et tissus vivants. Les inventeurs démontrent ici la versatilité, la robustesse et l’applicabilité de la méthode selon l’invention au sein de cellules et tissus invertébrés et vertébrés, dans le cadre d’une déformation du noyau au sein d’une cellule vivante, d’application de force de surface sur cellules uniques ainsi qu’au sein de la lumière de larges ensembles multicellulaires.
La méthode a été validée dans plusieurs types cellulaires et différents embryons multicellulaires en développement. Ceux-ci incluent des embryons d’échinodermes (oursins), d’insectes (drosophiles), de vertébrés (Poisson zèbre) et des cellules mammifères en culture.
Les deux principales techniques concurrentes pour sonder la mécanique de cellules et tissus sont les pinces optiques, et la microscopie par force atomique. Par rapport à l’invention, ces méthodes sont : (i) limitées à des mesures en surface d’échantillons fins (cellules adhérentes ou monocouches), (ii) limitées à une gamme de forces faible, peu compatible avec les forces nécessaires à l’étude de la plupart des cellules et tissus, (iii) invasives, et donc peu compatibles avec la physiologie et l’imagerie de cellules vivantes sur de longues périodes, (iv) très difficiles d’implémentation et (v) beaucoup plus coûteuses.
L’invention se démarque des autres méthodes de mesure et d’application de forces, par sa versatilité en termes d’applications pour étudier des propriétés mécanobiologiques concernant les organites cellulaires, les propriétés du cytoplasme cellulaire, les forces de surface, et ce, au sein de cellules uniques ou de cellules insérées dans un tissus complexe et profond. En outre, cette approche est entièrement compatible avec des échantillons vivants et avec le développement et la prolifération de cellules et tissus vivants, et permet une gamme de force bien plus large que les méthodes de pinces optiques.
Au-delà des informations sur la physiologie de nombreux tissus et embryons, la versatilité et la simplicité d’implémentation de la méthode, promet une application dans des contextes de recherches industrielles biomédicales. Par exemple l’invention pourra servir de standard pour
une classification rapide et précise des propriétés mécaniques de tissus dans des contextes de diagnostic de maladies, pour établir des essais rapides pour cribler les réponses mécanobiologiques d’organes et de tissus sains et malades, pour établir des signatures mécaniques utiles dans le diagnostic de tissus malsains dans le domaine de la santé, ou pour développer des criblages chimiques spécifiquement liés à la mécanobiologie tissulaire, en particulier pour évaluer l’effet de médicaments ou de petites molécules sur des réponses mécanobiologiques (rigidité d’un tissu ou d’une cellule saine ou tumorale, propriétés structurales du noyau, etc.).
L’invention a pour objet une méthode in vitro ou ex vivo pour caractériser au moins une propriété mécanobiologique d’au moins un élément, d’au moins un compartiment cellulaire, d’au moins une cellule ou d’au moins un groupe de cellules dans un échantillon biologique, ladite méthode comprenant : a) l’introduction de billes superparamagnétiques dans l’échantillon biologique, lesdites billes comprenant un revêtement apte à adresser les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt ou à pénétrer une cellule ou un groupe de cellules, b) l’application d’un champ magnétique sur lesdites billes superparamagnétiques de manière à appliquer une force sur l’échantillon biologique, c) la mesure d’au moins une propriété mécanobiologique de l’élément ou compartiment cellulaire dans l’échantillon biologique,
- ledit échantillon biologique étant une cellule ou un échantillon biologique multicellulaire, et
- le champ magnétique étant appliqué par une pointe magnétique, ladite pointe magnétique comprenant au moins un aimant millimétrique ou submillimétrique prolongé par une pointe métallique.
Selon un aspect, le revêtement est un revêtement hydrophobe. En particulier, les billes superparamagnétiques comprenant un revêtement hydrophobe sont mélangées à une huile biocompatible apte à faire pénétrer les billes superparamagnétiques dans une cellule ou un groupe de cellules, avant d’être introduites dans l’échantillon biologique.
Selon un aspect, le revêtement est un revêtement biologique apte à adresser de manière spécifique les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, une cellule ou un groupe de cellules. En particulier, les billes superparamagnétiques
comprenant un revêtement biologique sont mélangées à une solution, de préférence une solution tampon avant d’être introduites dans l’échantillon biologique.
De préférence, ledit échantillon biologique est un échantillon biologique multicellulaire choisi parmi : un tissu, un organe ou un embryon, ledit échantillon biologique n’étant pas d’origine embryonnaire humain. En particulier, l’élément ou compartiment cellulaire est choisi parmi : la membrane cellulaire, l’enveloppe nucléaire, la membrane d’un organite, tel que la mitochondrie, le réticulum endoplasmique ou l’appareil de golgi, les lysosomes, les peroxysomes ainsi que leur contenu, tel que le cytoplasme, les microtubules et/ou les centrioles, les centrosomes ou le fuseau mitotique, de préférence la membrane cellulaire ou l’enveloppe nucléaire. En particulier, l’élément ou compartiment cellulaire est la membrane cellulaire interne ou externe d’au moins une cellule de l’échantillon biologique.
Selon un aspect, la force appliquée sur l’échantillon biologique est comprise entre 0,001 pN et 5000 nN, entre 0,001 pN et 1000 nN, entre 0,001 pN et 20 nN, entre 0,001 nN et 5000 nN, entre 0,01 nM et 1000 nN, entre 0,001 pN et 20 nN, ou entre 10 nN et 1000 nN, de préférence entre 0,001 pN et 100 nN, préférentiellement entre 0,5 pN et 1,5 nN.
De préférence, la distance entre la pointe magnétique et l’échantillon biologique est comprise entre 10 micromètres et 1 millimètre.
La pointe métallique est en particulier usinée avec un rayon de courbure compris entre 5 et 100 micromètres, préférentiellement entre 5 et 50 micromètres. La pointe métallique a de préférence une longueur comprise entre 1 et 30 millimètres, plus particulièrement entre 10 et 20 millimètres.
Selon un aspect, la méthode comprend en outre (i) une étape préalable dans laquelle le revêtement biologique des billes est sélectionné en fonction de l’élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, (ii) une étape préalable de préparation de la pointe et/ou des billes superparamagnétiques et/ou (iii) une étape de calibration de la pointe et des billes.
Selon un autre aspect, la méthode comprend en outre (i) une étape préalable de préparation de la pointe et/ou des billes superparamagnétiques, (ii) une étape préalable dans laquelle des billes superparamagnétiques comprenant le revêtement hydrophobe sont mélangées à une huile biocompatible, et/ou (iii) une étape de calibration de la pointe et des billes.
De préférence, les propriétés mécanobiologiques sont choisies parmi : la rhéologie, la cinématique, la résistance mécanique, l’élasticité, la rigidité, la plasticité et les propriétés visco- élastiques, et toutes combinaisons de celles-ci.
Selon un aspect, le revêtement des billes superparamagnétiques est un revêtement hydrophobe choisi parmi le butyl, le methyl, l’ethyl, l’octyl, le prolpyl, ou l’octadecyl, de préférence l’octadecyl. De préférence, l’huile biocompatible est choisie parmi une huile de Soja, une huile de Lin, une huile de type Alcanes (C15-C40) et une huile fluorocarbonée.
Selon un autre aspect, le revêtement biologique des billes superparamagnétiques est un revêtement protéique, comprenant au moins une protéine appât apte à reconnaitre une protéine proie sur l’élément ou compartiment cellulaire d’intérêt. De préférence, le revêtement biologique des billes superparamagnétiques est un anticorps ou une lectine. Préférentiellement, le revêtement biologique des billes superparamagnétiques est un anticorps choisi parmi un anticorps anti Sodium Potassium ATPase, anti PMCA1, anti Pan Cadherin, anti E Cadherin, anti N Cadherin, anti ADAM22, anti LRP4, anti Fas (APO-1, CD95), anti CD27, anti EGFR, anti NPC et anti NUP98. La solution pour mettre en suspension ces billes est de préférence une solution tampon, de préférence un tampon phosphate.
De préférence, les billes superparamagnétiques ont une taille comprise entre 100 nm et 100 pm, de préférence entre 100 nm et 50 pm, préférentiellement entre 100 nm et 1 pm.
Selon un aspect, les billes superparamagnétiques comprennent un revêtement biologique et dans l’étape a) de la méthode selon l’invention, les billes superparamagnétiques sont injectées dans un compartiment cellulaire de l’échantillon biologique.
En particulier, les billes superparamagnétiques sont introduites par microinjection, biolistique ou bombardement, de préférence par microinjection, préférentiellement par microinjection pneumatique ou hydraulique.
L’échantillon biologique peut être préalablement obtenu par échantillonnage. L’échantillon biologique peut être vivant et/ou non fixé.
Les méthodes selon l’invention permettent notamment de (i) caractériser l’impact d’une drogue ou d’un médicament sur un échantillon biologique, et/ou (ii) identifier des cellules tumorales dans un échantillon biologique.
En particulier, les méthodes selon l’invention permettent de (i) caractériser l’impact d’une drogue ou d’un médicament sur une cellule, un tissu, un organe ou un embryon ou de l’un de ses éléments ou compartiments, et/ou (ii) identifier et caractériser des cellules ou tissus endommagés et/ou (iii) identifier et caractériser des cellules tumorales dans un échantillon, lesdites cellules tumorales présentant des caractéristiques mécanobiologiques différentes des
cellules normales, et/ou (iv) étudier l’interaction mécanique des cellules entre elles ou avec la matrice qui les entoure et/ou (v) étudier la mécanotransduction d’au moins une cellule.
L’invention a également pour objet un kit comprenant : a) une pointe magnétique comprenant un cœur magnétique comprenant une superposition d’aimants millimétriques ou submillimétriques prolongé par une pointe d’acier, b) des billes superparamagnétiques comprenant un revêtement apte à adresser les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt ou à pénétrer une cellule ou un groupe de cellules, c) optionnellement une solution permettant la mise en suspension et l’injection des billes superparamagnétiques dans une cellule ou un tissu cellulaire, et d) optionnellement au moins une solution de calibration des billes superparamagnétiques et de la pointe magnétique.
Ce qui peut être notamment utilisé pour caractériser au moins une propriété mécanobiologique d’au moins un élément, d’au moins un compartiment cellulaire, d’au moins une cellule ou d’au moins un groupe de cellules dans un échantillon biologique,
Dans ce kit, le revêtement peut être un revêtement hydrophobe, de préférence un octadecyl, et la solution étant une huile biocompatible apte à faire pénétrer les billes superparamagnétiques dans une cellule ou un groupe de cellules. Alternativement ou additionnellement, le kit peut comprendre des billes superparamagnétiques comprenant un revêtement biologique apte à adresser spécifiquement les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, le revêtement des billes superparamagnétiques étant de préférence un revêtement protéique, préférentiellement un anticorps ou une lectine, la solution étant une solution tampon, de préférence un tampon phosphate.
Dans le kit selon l’invention, l’extrémité de la pointe d’acier est usinée avec un rayon de courbure compris entre 5 et 100 micromètres. Le rayon de courbure de la pointe d’acier est de préférence configuré pour appliquer un gradient magnétique uniaxial sur l’échantillon biologique. En particulier, le cœur magnétique et l’extrémité de la pointe d’acier sont configurés de façon à permettre d’appliquer une force sur l’échantillon biologique comprise entre 10 nN et 1000 nN, pour une distance entre la pointe magnétique et l’échantillon biologique comprise entre 10 micromètres et 1 millimètre. De préférence, la pointe d’acier a une longueur comprise entre 1 et 30 mm.
Selon un aspect, l’aimant du cœur magnétique est en néodyme, en ticonal, en alnico, en Neodyme Fer Bore (NdFeB) ou en Samarium Cobalt (SmCo), de préférence en néodyme.
Selon un aspect, la pointe d’acier est recouverte d’une couche d’or.
Le kit selon l’invention peut comprendre en outre un microinjecteur.
L’invention concerne également l’utilisation du kit selon l’invention, pour (i) caractériser l’impact d’une drogue ou d’un médicament sur un échantillon biologique, en particulier une cellule, un tissu, un organe ou un embryon non humain ou de l’un de ses éléments ou compartiments, et/ou (ii) identifier et caractériser des cellules ou tissus endommagés et/ou (iii) identifier et caractériser des cellules tumorales dans un échantillon, lesdites cellules tumorales présentant en particulier des caractéristiques mécanobiologiques différentes des cellules normales, et/ou (iv) étudier l’interaction mécanique des cellules entre elles ou avec la matrice qui les entoure et/ou (v) étudier la mécanotransduction d’au moins une cellule.
En particulier, l’utilisation du kit permet de (i) - déterminer les propriétés mécaniques de la surface du noyau, au sein d’une cellule vivante, telle que l’élasticité de l’enveloppe nucléaire ; (ii) déterminer la rigidité de la surface cellulaire, telle que les propriétés viscoélastiques du cortex ; (iii) appliquer des forces au sein de tissus à des profondeurs de l’ordre de la centaine de micromètres, et mesurer par exemple des constantes mécaniques telles que des constantes mécaniques de rigidité de compression et d’élasticité de surface ; et/ou (iv) réaliser des mesures dans un volume d’échantillons profonds comme les embryons en développement, les expiants de tissus et les organoïdes.
L’invention a également pour objet une méthode in vitro ou ex vivo pour caractériser au moins une propriété mécanobiologique d’au moins un élément, d’au moins un compartiment cellulaire, d’au moins une cellule ou d’au moins un groupe de cellules dans un échantillon biologique, ladite méthode comprenant : a) l’introduction de billes superparamagnétiques dans l’échantillon biologique lesdites billes comprenant un revêtement apte à adresser de manière spécifique les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, b) l’application d’un champ magnétique sur lesdites billes superparamagnétiques de manière à appliquer une force sur l’échantillon biologique, c) la mesure d’au moins une propriété mécanobiologique de l’élément ou compartiment cellulaire dans l’échantillon biologique,
caractérisée en ce que ledit échantillon biologique est une cellule, un tissu ou un embryon multicellulaire, un organe, et ledit échantillon biologique n’étant pas un échantillon biologique d’origine embryonnaire humain
- le champ magnétique est appliqué par une pointe magnétique, ladite pointe magnétique comprenant au moins un aimant millimétrique ou submillimétrique prolongé par une pointe métallique.
L’invention a également pour objet une méthode, de préférence in vitro ou ex vivo, pour caractériser au moins une propriété mécanobiologique d’un élément ou compartiment cellulaire dans un échantillon biologique, ladite méthode comprenant : a) l’introduction de billes superparamagnétiques dans l’échantillon biologique lesdites billes comprenant un revêtement biologique apte à adresser de manière spécifique les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, b) l’application d’un champ magnétique sur lesdites billes superparamagnétiques de manière à appliquer une force sur l’échantillon biologique, c) la mesure d’au moins une propriété mécanobiologique de l’élément ou compartiment cellulaire dans l’échantillon biologique.
DESCRIPTION DES DESSINS
Figure 1 représente le principe de pointe magnétique pour l’application de force à la surface du noyau, de cellules uniques et de tissus multicellulaires. A. Schéma présentant le dispositif de pointe magnétique : un aimant permanent prolongé d’une pointe métallique est monté sur un micromanipulateur 3D. La pointe est approchée d’un échantillon vivant placé dans un milieu de culture et observé au microscope. B. Exemple schématique d’application de force sur une culture cellulaire contenant des particules magnétiques spécifiquement adressées à la membrane plasmique ou à l’enveloppe nucléaire. C. Exemple schématique d’application de forces sur un tissu contenant des particules magnétiques associées à la membrane plasmique ou piégées dans la lumière de l’épithélium.
Figure 2 représente la calibration des forces magnétiques appliquées.
Fig 2A Les billes magnétiques placées dans un milieu visqueux se déplacent vers la pointe et leur vitesse instantanée (représentée avec un gradient de gris) permet de calibrer la force en fonction de la distance avec la pointe magnétique.
Fig 2B Force magnétique créée par la pointe sur des particules magnétiques (1pm de diamètre) dans des milieux de viscosités différentes (viscosité indiquée dans la légende). La modulation de la viscosité permet d’établir de manière plus précise la force sur une gamme de distances plus grande.
Figure 3 représente l’application de forces au sein de cellules et d’embryons et effet(s) sur la division cellulaire et le développement.
Fig 3 A Déplacement de particules magnétiques au sein d’une cellule vivante d’oursin.
Fig 3B Déplacement de billes magnétiques au sein d’un embryon de drosophile.
Fig 3C Divisions successives de cellules d’oursins injectées avec des billes fluorescentes.
Fig 3D Application de forces à la surface de cellule épithéliale unique au sein d’un tissu embryonnaire de Drosophile injecté avec des billes magnétiques.
Figure 4 représente la mesure de la rigidité du noyau au sein d’une cellule intacte. Des billes magnétiques couvertes d’anticorps dirigés contre les protéines de surfaces du noyau (anti- NPC), injectées au sein d’une cellule vivante d’oursin, se lient spécifiquement à la surface nucléaire et permettent de tirer et de déformer le noyau. La déformation et la valeur de la force appliquée permettent de calculer la rigidité de la surface nucléaire.
Figure 5 représente la mesure de la rigidité de la surface d’une cellule unique. Des billes magnétiques ont été injectées dans un embryon d’oursin au stade 1 de de développement. La présence de l’aimant provoque l’agrégation des billes magnétiques et la déformation de la membrane cellulaire. La déformation et la valeur de la force appliquée (ici ~ 660pN) permettent de calculer la rigidité de la surface cellulaire.
Figure 6 représente la mesure des propriétés mécaniques d’un tissu au sein d’un système multicellulaire 3D. Une large bille magnétique injectée au sein de l’endocardium du cœur d’un poisson zèbre vivant permet d’appliquer des forces calibrées sur les tissus de surface et de calculer la rigidité de compression et de déformation des tissus.
Figures 7A et B représentent des exemples de pointes magnétiques selon l’invention.
Figure 8 illustre une méthode pour déplacer de larges gouttes d’huile dans le cytoplasme d’une cellule pour sonder les propriétés mécanobiologiques du cytoplasme. A. Schéma ou les billes hydrophobes sont placées dans une goutte d’huile injectées dans le cytoplasme. B. Calibration de la force appliquée à la goutte d’huile en fonction de la taille de l’agrégat. C. Exemple d’expérience où la goutte d’huile est déplacée par l’application d’une force (zone rouge) puis
retourne vers sa position d’origine lorsque la force est relâchée, de part les propriétés visco- élastiques du cytoplasme d’une cellule zygote d’oursin.
DESCRIPTION DETAILLEE DE L’INVENTION
La méthode selon l’invention s’appuie sur l’utilisation de billes superparamagnétiques et de pointes magnétiques pour évaluer les caractéristiques mécanobiologiques d’au moins une cellule, d’un élément, ou d’un compartiment de celle-ci. Notamment, la méthode selon l’invention permet d’évaluer au moins une propriété mécanobiologie d’au moins un élément, d’au moins un compartiment cellulaire, d’au moins une cellule ou d’au moins un groupe de cellules dans un échantillon biologique. Ces différents éléments sont plus particulièrement décrits ci-après.
Billes superparamagnétiques
La méthode selon l’invention est compatible avec toutes sortes de particules ou billes superparamagnétiques. Il en existe commercialement un grand nombre, présentant une gamme de chimie de surface modulable. Les inventeurs ont testé et validé la méthode selon l’invention avec une dizaine de billes de marques différentes, sans aucun signe de défaut ou de limite de l’approche.
Tel qu’utilisé ici, le terme « paramagnétisme » concerne le comportement d'un matériau qui ne possède pas d'aimantation spontanée mais qui, sous l'effet d'un champ magnétique extérieur, acquiert une aimantation orientée dans le même sens que le champ magnétique appliqué, par exemple un champ tel qu’appliqué par une pointe magnétique. Un matériau paramagnétique possède une susceptibilité magnétique de valeur positive. L’aimantation de ces matériaux peut également se renverser spontanément sous l’influence de la température, notamment à la température de Curie du matériau. Une interaction d’échange entre les moments magnétiques existe qui, en dessous d’une certaine température, conduit à un ordre magnétique (ferromagnétique, ferrimagnétique ou antiferromagnétique). Au-dessus de cette température, les moments fluctuent et ces matériaux se caractérisent par une susceptibilité magnétique scalaire positive de Tordre de 10’5 à 10’3. Par « supraparamagnétisme » ou « superparamagnétisme » est entendu un comportement des matériaux paramagnétiques de dimensions micrométriques ou nanométriques.
Selon un mode de réalisation particulier, les billes superparamagnétiques sont constituées de cœurs d’oxydes de fer tel que de la magnétite, de taille micrométrique ou nanométrique, et généralement enrobés dans une enveloppe de polymère. Le moment magnétique des billes
dépend du nombre de cœurs ou domaines magnétiques. Les billes constituées par un grand nombre de domaines ont un fort moment magnétique et sont donc facilement attirées par un aimant permanent. Comme elles sont superparamagnétiques, les billes acquièrent rapidement une aimantation sous l’effet d’un champ magnétique. Cette aimantation disparaît immédiatement avec la suppression du champ.
De telles billes sont notamment commercialisée par Invitrogen (Dynabeads ™ MyOne ™ Streptavidin Cl), Chemicell (nano-screenMAG-Streptavidin), Promega (High Capacity Magne ® Streptavidin Beads), Nvigen (MyQuVigen™ - Streptavidin) et Solulink (NanoLink™ Streptavidin Magnetic Beads).
Selon un mode de réalisation, le cœur superparamagnétique des billes est inclus dans une couche de polymère (par exemple des polysaccharides) fonctionnalisé avec un domaine de liaison (par exemple de la streptavidine). Ce domaine de liaison est utilisé pour la fixation du revêtement qui va assurer l’adressage des billes à un élément ou compartiment cellulaire particulier.
L’« adressage » est entendu ici comme un mécanisme permettant le transport des billes superparamagnétiques vers leur destination intra ou extracellulaire d’intérêt. Par exemple, lorsque les billes ont un revêtement constitué par des anticorps anti-cadhérine, une protéine de la membrane plasmique, les billes sont adressées (i.e. transportées/localisées puis fixées) au niveau de la membrane plasmique après leur injection.
Par « revêtement » est entendu ici une couche déposée à la surface d'un matériau, ici une bille superparamagnétique, pour lui conférer des propriétés particulières. Notamment, le revêtement présent à la surface des billes paramagnétiques permet l’adressage spécifique des billes à un compartiment ou élément cellulaire et éventuellement leur fixation sur celui-ci. Le revêtement peut notamment être un revêtement biologique, tel qu’un revêtement protéique, peptidique ou lipidique ou un revêtement hydrophobe.
Selon un aspect, le revêtement est un revêtement hydrophobe, en particulier choisi parmi des longues chaînes carbonées comme le Butyl, le Methyl, l’Ethyl, l’Octyl, le Prolpyl, ou l’Octadecyl.
De préférence, le revêtement hydrophobe est composé de chaines de carbone de type Octadecyl.
De préférence, lorsque les billes superparamagnétiques comprennent un revêtement hydrophobe, les billes sont mélangées à une huile pour être injectées dans le cytoplasme des cellules de l’échantillon biologique. Les huiles utilisables peuvent être organiques ou minérales
et sont de préférence biocompatibles. Par exemple, les huiles peuvent être choisies parmi une huile de Soja, une huile de Lin, une huile de type Alcanes (C15-C40), ou une huile fluorocarbonée.
Selon un autre aspect, les billes comprennent un revêtement biologique et sont conformées pour être fixées au niveau de la face interne de l’échantillon biologique, au niveau de l’enveloppe du noyau d’une cellule de l’échantillon biologique, au niveau du fuseau mitotique et/ou au niveau du centrosome de l’échantillon biologique. De préférence, les billes sont préparées de manière à permettre leur fixation au niveau du centrosome de l’échantillon biologique.
De préférence, le compartiment ou élément cellulaire est choisi parmi : la membrane cellulaire, la membrane nucléaire, la membrane d’un organite, tel que la mitochondrie, le réticulum endoplasmique ou l’appareil de golgi, les lysosomes, les peroxy somes ainsi que leur contenu, tel que le cytoplasme, les microtubules et/ou les centrioles.
De préférence, le revêtement présent à la surface des billes est un revêtement biologique qui permet leur adressage et leur fixation à la membrane cellulaire ou à la membrane nucléaire, ou à d’autres organites cellulaires.
De préférence, la fixation des billes à un compartiment ou élément cellulaire est réalisée par liaison non-covalente, notamment une liaison de type protéine -protéine, en particulier de type protéine appât- protéine proie, ou de type anticorps-antigène.
Par « protéine proie » est entendu ici une protéine cellulaire d’intérêt, que l’homme du métier souhaiterait cibler pour évaluer des caractéristiques mécanobiologiques d’une cellule, d’un compartiment ou élément de celle-ci.
Par « protéine appât » ou « protéine hameçon » est entendu ici une protéine capable de reconnaître, d’interagir et de se lier à la protéine proie, en particulier ayant une affinité spécifique à un compartiment/structure cellulaire.
L’homme du métier sait identifier des couples protéine appât- protéine proie d’intérêt. Par exemple, pour adresser spécifiquement les billes superparamagnétiques à la membrane nucléaire, une protéine proie peut être une protéine constituant les pores nucléaires et la protéine appât un anticorps reconnaissant spécifiquement cette protéine des pores nucléaires.
Selon un mode de réalisation, le revêtement des billes superparamagnétiques est un revêtement protéique, de préférence un anticorps, un peptide ou une lectine.
Des billes magnétiques fonctionnalisées avec des protéines telles que des anticorps sont disponibles commercialement. Alternativement, des méthodes et kits de fonctionnalisation sont disponibles afin de recouvrir les billes d’un composé d’intérêt. Ces méthodes et kits sont bien connus de l’homme du métier. Par exemple, la réaction entre les groupes ester sulfonique et acide carboxylique permet de créer des liaisons covalentes entre les billes et le composé d’intérêt, tandis que les billes-streptavidine sont fonctionnalisées via l’interaction biotine- streptavidine par des anticorps ou autres protéines préalablement couplés de façon covalente à de la biotine.
Pour les anticorps n’étant pas disponibles en version biotinylée, leur biotinylisation préalable est possible, notamment via l’utilisation de méthode et de kit de biotinylation, par exemple le kit EZ-link NHS-biotin commercialisé par Sigma.
Selon un mode de réalisation, le revêtement des billes super-paramagnétiques est un anticorps, de préférence choisi parmi un anticorps anti Sodium Potassium ATPase, anti PMCA1, anti Pan Cadherin, anti E Cadherin, anti N Cadherin, anti ADAM22, anti LRP4, anti Fas (APO-1, CD95), anti CD27, anti EGFR, anti NPC et anti NUP98.
De manière préférée, les protéines « hameçons » utilisées pour adresser spécifiquement les particules à la membrane plasmique ou l’enveloppe nucléaire sont choisies parmi le tableau suivant :
[Table 1]
De préférence, les billes superparamagnétiques ont une taille comprise entre 100 nm et 100 pm, de préférence entre 100 nm et 50 pm, préférentiellement entre 100 nm et 1 pm.
La taille des billes ainsi que leur revêtement sont choisis selon l’utilisation envisagée, en tenant compte de l’élément, du compartiment cellulaire, de la cellule ou de l’ensemble de cellules visé.
Selon un mode de réalisation particulier, les billes utilisées sont choisies parmi :
(i) des billes de 800 nm, en particulier couvertes de streptavidine, présentant des propriétés d’agrégation et de collages aspécifiques à différentes structures biologiques comme le noyau, les centrosomes du fuseau mitotique ou la surface de certaines cellules. (ii) des billes de 100 nm couvertes de streptavidine ne présentant pas d’interactions spécifiques avec les structures cellulaires utilisées pour la calibration et les expériences contrôles.
(iii) des billes magnétiques de 200 nm incluant une couche fluorescente de type « quantum dots » recouverts par des moteurs moléculaires purifiés (dynéines), permettant en particulier un adressage plus précis à certaines structures intracellulaires. (iv) des billes passivées à la BSA Bovine Serum Albumin) de Ipm de diamètre, permettant en particulier un déplacement inerte dans le cytoplasme des cellules.
(v) des billes de 30-50 pm, en particulier couvertes d’une couche d’agarose, permettant notamment de déformer des portions larges d’un tissus, par exemple au sein du cœur d’un embryon.
(vi) Des billes de Ipm de diamètre (Dynabeads) associées à un anticorps anti -pores nucléaires (anti-NPC) permettant l’adressage à l’enveloppe nucléaire et la déformation du noyau.
De préférence, les particules superparamagnétiques utilisées sont des billes fluorescentes. Ainsi, les billes supraparamagnétiques selon l’invention peuvent comprendre en outre une ou plusieurs molécules fluorescentes, tel qu’un fluorophore, permettant leur visualisation en microscopie.
Ainsi, facultativement, pour les particules non fluorescentes, une incubation avec un fluorophore biotynilé (Atto-biotin, Sigma) peut être réalisée si la visualisation des particules en microscopie à fluorescence est nécessaire.
Pointe magnétique
La présente invention propose l’utilisation d’une pointe magnétique permettant d’appliquer une force sur la cellule, l’élément ou le compartiment cellulaire d’intérêt, par l’application d’un champ magnétique sur les billes superparamagnétiques.
Par «pointe magnétique» est entendu une pointe comprenant un matériau qui est soit magnétisable, soit magnétisé. Le fonctionnement de la pointe magnétique repose sur un gradient de champ magnétique créé par une pointe comprenant au moins un aimant ou électroaimant, destiné à créer une force sur une ou plusieurs billes magnétiques attachées à des structures spécifiques au sein ou à la surface de cellules.
De préférence, l’aimant utilisé est un aimant permanent. Par « aimant permanent » est entendu un matériau magnétique dur, dont l'aimantation rémanente et le champ coercitif sont grands. Ce type d’aimant permet d'exercer une force d'attraction sur tout matériau ferromagnétique. Un aimant possède un pôle nord et un pôle sud. Les pôles de même nature se repoussent, ceux de natures différentes s'attirent.
Selon un mode de réalisation, les pointes magnétiques sont composées d’un cœur magnétique fait d’une superposition d’aimants millimétriques ou submillimétriques, dont la géométrie et la magnétisation peuvent être modulées.
En particulier, la pointe magnétique comprend un cœur magnétique composé d’au moins 1, 2, 3 ou 4 aimants superposés, de préférence 3 aimants superposés.
De préférence, le ou les aimants forment le cœur magnétique et ont un diamètre compris entre 1 et 5 millimètres, de préférence entre 2 et 5 millimètres, entre 3 et 4 millimètres, notamment de 4 millimètres.
De préférence, le cœur magnétique a une forme tubulaire cylindrique. En particulier, le diamètre du cœur magnétique est compris entre 1 et 5 millimètres, de préférence entre 2 et 5 millimètres, entre 3 et 4 millimètres, entre 2 et 3 millimètres, entre 1 et 2 millimètres, entre 1 et 3 millimètres, entre 3 et 5 millimètres, entre 4 et 5 millimètres. La longueur du cœur magnétique est typiquement comprise entre 2 et 3 centimètres.
L’aimant du cœur magnétique est de préférence en néodyme, en ticonal, en alnico, en Neodyme Fer Bore (NdFeB) ou en Samarium Cobalt (SmCo). De manière préférée, les aimants du cœur magnétique sont en néodyme.
Les aimants en néodyme peuvent particulièrement être recouverts d’une fine couche de nickel- cuivre-nickel afin de les protéger contre la corrosion.
Le cœur magnétique est prolongé à son extrémité proximale par une pointe métallique présentant un rayon de courbure compris entre 5-100 micromètres, de préférence entre 10 et 90 micromètres, 20 et 70 micromètres, 5 et 50 micromètres, 10 et 50 micromètres, 25 et 50 micromètres. De manière préférée, la pointe métallique présente un rayon de courbure compris entre 5 et 50 micromètres.
Selon un aspect, la pointe métallique présente un rayon de courbure adapté à la taille de l’échantillon biologique et/ou de l’élément et/ou du compartiment cellulaire et/ou de la propriété mécanobiologique d’intérêt.
Selon un aspect, la pointe métallique a une longueur comprise entre 1 et 30 millimètres, plus particulièrement entre 10 et 20 millimètres. Par longueur, on entend la plus grande dimension de la pointe métallique, qui s’étend selon un axe longitudinal de ladite pointe.
Selon un aspect, le cœur magnétique, la longueur de la pointe et le rayon de courbure de la pointe sont adaptés de façon à permettre d’appliquer une force sur l’échantillon biologique comprise entre 10 nN et 1000 nN.
Notamment, la force appliquée sur l’échantillon biologique est comprise entre 0,001 pN et 5000 nN, entre 0,001 pN et 1000 nN, entre 0,001 pN et 20 nN, entre 0,001 nN et 5000 nN, entre 0,01 nM et 1000 nN, entre 0,001 nN et 20 nN, ou entre 10 nN et 1000 nN, de préférence entre 0,001 pN et 100 nN, préférentiellement entre 0,5 pN et 1,5 nN.
La pointe magnétique est adaptée selon la force à appliquer sur l’échantillon. En effet, la force appliquée sur une bille super paramagnétique de volume V de susceptibilité magnétique % pour un champ B est: F=V%*Grad(B2/(2po)), ou poest la susceptibilité du vide. La fonction Gradient est une dérivée vectorielle qui dépend de la géométrie de la pointe et de la position de la bille par rapport à l’axe de la pointe. Pour une bille exactement dans l’axe le Grad est proportionnel à ~ 1/L et 1/R ou L est la longueur de la pointe, et R le rayon de courbure.
L’optimisation de la longueur et de la courbure de la pointe permet d’obtenir des forces plus élevées malgré la distance lointaine de travail, et donc de travailler sur des échantillons plus gros et/ou plus loin, ce qui n’a jamais été réalisé à présent dans l’état de l’art.
Cette pointe permet de canaliser les lignes de champ magnétique sur les billes, et donc de focaliser une intensité de champ magnétique plus grande sur une région de l’espace plus petite.
En particulier, la courbure de la pointe magnétique est configurée pour créer un gradient magnétique uniaxial sur l’échantillon biologique.
La force magnétique appliquée grâce à la courbure de la pointe confinée d’une largeur de quelques dizaines de micromètres permet la calibration du système par application d’une force focalisée dans une direction, et donc de s’assurer que l’on peut mesurer des paramètres mécanobiologiques de manière précise et reproductible.
De préférence, la pointe métallique a une forme tubulaire cylindrique. Le diamètre de la pointe métallique peut notamment être compris entre 0,5 et 1 millimètre. Les pointes plus fines permettent une précision spatiale plus fine, et les plus larges une gamme de forces plus large.
Selon un mode de réalisation, la pointe métallique peut présenter une extrémité proximale effilée ou biseautée, permettant de faciliter le passage de la pointe magnétique dans un tissu.
Par « extrémité proximale », on entend la portion de la pointe magnétique la plus rapprochée des billes et/ou de la cellule, du tissu, de l’élément ou compartiment cellulaire d’intérêt. Inversement, par « extrémité distale », on entend la portion de la pointe magnétique la plus éloignée de ces éléments.
De préférence, la pointe métallique surplombant le cœur magnétique est en acier, fer, nickel ou cobalt ou l’un de leur alliage, préférentiellement en acier.
Selon un mode de réalisation, la pointe métallique surplombant le cœur magnétique est recouverte d’une couche d’or. En particulier, la couche d’or est appliquée par « electro sputting » pour améliorer la stabilité de la pointe vis-à-vis de l’oxydation dans les milieux de cultures,
permettant notamment d’abolir les effets toxiques sur les cellules, et de conserver les pointes pour des durées d’utilisation de plusieurs mois/années.
Selon un mode de réalisation particulier, la pointe magnétique comprend un cœur magnétique composé de trois aimants en néodyme prolongés par une pointe d'acier aiguisée présentant un rayon de courbure d’environ 50 pm, apte à créer un gradient magnétique. La surface de la pointe en acier peut notamment être recouverte d'une couche d'or par électrolyse pour éviter l'oxydation.
Les pointes magnétiques sont de préférence calibrées en suivant la vitesse de chacune des billes magnétiques dans un milieu de viscosité connue, en fonction de la distance à la pointe magnétique, et en utilisant la relation de Stokes pour calculer la force magnétique nette. La même expérience réalisée sur des agrégats de billes de tailles différentes à une distance donnée a permis d'établir des relations force-taille. La traînée des agrégats de billes peut être testée en mesurant la vitesse de sédimentation dans un milieu de viscosité connue, et est représentée par la traînée d'une particule sphérique de rayon égal à la moyenne géométrique de la taille de l'agrégat (Tanimoto et al., Nature Physics 2018). Une méthode de calibration de la pointe et des billes est particulièrement décrite ci-après.
La force résultante de l’application de la pointe magnétique sur les billes dépend en particulier de trois facteurs : (i) des propriétés magnétiques de la pointe et sa courbure (ii) de la susceptibilité magnétique des particules et de leur volume et/ou (iii) de la distance entre la pointe et la particule magnétique.
Méthode et Utilisation
L’invention concerne particulièrement une méthode pour étudier la mécanique cellulaire et intracellulaire, notamment au sein d’un échantillon biologique, notamment un tissu et ou un embryon multicellulaire, préférentiellement un embryon non humain.
La méthode selon l’invention comprend une étape d’injection de billes superparamagnétiques, l’injection pouvant être réalisée à l’aide de systèmes d’injection commerciaux (par exemple l’InjectMan Eppendorf) des particules ou billes magnétiques soit au sein du cytoplasme de la cellule, soit à la surface de la cellule, soit au sein de la lumière d’un tissu ou d’un embryon. Par exemple, par le biais d’un micromanipulateur 3D, on approche la pointe magnétique à une distance contrôlée de la cellule et des billes superparamagnétiques, pour pouvoir appliquer une force précise sur la structure d’intérêt. Cette application de force peut être répétée plusieurs fois
au cours d’un cycle cellulaire, maintenue, ou modulée en changeant la position de la pointe magnétique.
L’invention concerne plus particulièrement une méthode in vitro ou ex vivo pour caractériser au moins une propriété mécanobiologique d’au moins un élément, d’au moins un compartiment cellulaire, d’au moins une cellule ou d’au moins un groupe de cellules dans un échantillon biologique, ladite méthode comprenant : a) l’introduction de billes superparamagnétiques dans l’échantillon biologique, lesdites billes comprenant un revêtement apte à adresser les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt ou à pénétrer une cellule ou un groupe de cellules, b) l’application d’un champ magnétique sur lesdites billes superparamagnétiques de manière à appliquer une force sur l’échantillon biologique, c) la mesure d’au moins une propriété mécanobiologique de l’élément ou compartiment cellulaire dans l’échantillon biologique,
- ledit échantillon biologique étant une cellule ou un échantillon biologique multicellulaire, et
- le champ magnétique étant appliqué par une pointe magnétique, ladite pointe magnétique comprenant au moins un aimant millimétrique ou submillimétrique prolongé par une pointe métallique.
Selon un aspect le revêtement est un revêtement hydrophobe et, de préférence, les billes superparamagnétiques comprenant un revêtement hydrophobe sont mélangées à une huile biocompatible apte à faire pénétrer les billes superparamagnétiques dans une cellule ou un groupe de cellules, avant d’être introduites dans l’échantillon biologique.
Selon un autre aspect, le revêtement est un revêtement biologique apte à adresser de manière spécifique les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, une cellule ou un groupe de cellule et, de préférence, les billes superparamagnétiques comprenant un revêtement biologique sont mélangées à une solution, de préférence une solution tampon avant d’être introduites dans l’échantillon biologique.
L’invention concerne également une méthode permettant de caractériser une ou plusieurs propriétés mécanobiologiques d’une cellule ou de l’un de ses éléments ou compartiments au sein d’un échantillon biologique, ladite méthode comprenant ou consistant essentiellement en :
a) l’introduction de billes superparamagnétiques dans l’échantillon biologique, lesdites billes comprenant un revêtement tel qu’un revêtement biologique apte à adresser de manière spécifique les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, b) l’application d’un champ magnétique sur lesdites billes superparamagnétiques de manière à appliquer une force sur l’échantillon biologique, c) la mesure d’une ou plusieurs propriétés mécanobiologiques de l’élément ou compartiment cellulaire dans l’échantillon biologique.
La méthode peut particulièrement être exécutée in vivo, ex vivo ou in vitro.
L’invention concerne en particulier une méthode in vitro ou ex vivo pour caractériser au moins une propriété mécanobiologique d’au moins un élément, d’au moins un compartiment cellulaire, d’au moins une cellule ou d’au moins un groupe de cellules dans un échantillon biologique, ladite méthode comprenant : a) l’introduction de billes superparamagnétiques dans l’échantillon biologique, lesdites billes comprenant un revêtement apte à adresser de manière spécifique les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, b) l’application d’un champ magnétique sur lesdites billes superparamagnétiques de manière à appliquer une force sur l’échantillon biologique, c) la mesure d’au moins une propriété mécanobiologique de l’élément ou compartiment cellulaire dans l’échantillon biologique, caractérisée en ce que ledit échantillon biologique est une cellule, un tissu ou un embryon multicellulaire, un organe, et ledit échantillon biologique n’étant pas d’origine embryonnaire humain
- le champ magnétique est appliqué par une pointe magnétique, ladite pointe magnétique comprenant au moins un aimant millimétrique ou submillimétrique prolongé par une pointe métallique.
Selon un aspect, la méthode comprend en outre (i) une étape préalable dans laquelle le revêtement biologique des billes est sélectionné en fonction de l’élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, (ii) une étape préalable de préparation de la pointe et/ou des billes superparamagnétiques et/ou (iii) une étape de calibration de la pointe et des billes.
Selon un autre aspect, la méthode comprend en outre (i) une étape préalable de préparation de la pointe et/ou des billes superparamagnétiques, (ii) une étape préalable dans laquelle des billes
superparamagnétiques comprenant le revêtement hydrophobe sont mélangées à une huile biocompatible, et/ou (iii) une étape de calibration de la pointe et des billes.
Les différentes étapes de la méthode selon l’invention sont plus particulièrement décrites ci- après.
Echantillon biologique et caractéristiques mécanobiologiques étudiés
L’échantillon sur lequel est appliquée la méthode peut être un organisme, un embryon, un organe, un tissu ou une cellule.
L’échantillon sur lequel est appliquée la méthode est de préférence sélectionné parmi une cellule, un échantillon multicellulaire, un tissu ou un organe préalablement obtenu par échantillonnage, ou un embryon préférentiellement non-humain.
En particulier, l’échantillon biologique n’est pas un échantillon biologique d’origine embryonnaire humain.
De préférence, l’échantillon est sous forme vivante et/ou non fixé.
Selon un aspect, l’échantillon est multicellulaire, et est en particulier un tissu, un organe, un embryon préférentiellement non-humain. Le tissu peut être en particulier d’origine naturelle ou synthétique, en deux ou trois dimensions. En particulier le tissu peut être une couche de cellules, par exemple en culture cellulaire.
Selon un aspect particulier, les billes superparamagnétiques sont injectées dans la lumière d’un tissu ou organe. Par exemple, il est possible d’injecter de larges billes magnétiques au sein du lumen des tissus cardiaques d’un embryon de modèle vertébré (Poisson zèbre).
De préférence, l’élément ou compartiment cellulaire ciblé est la membrane cellulaire interne ou externe de l’échantillon biologique.
L’échantillon peut être préalablement traité, par exemple en utilisant une solution d’eau de javel 50%. L’échantillon peut également être légèrement asséché puis collé sur une lamelle de verre et immédiatement recouvert d’une goutte d’huile perméable à l’oxygène (par exemple avec l’Oil 10S Voltalef).
L’échantillon testé peut provenir d’un sujet ou être issu d’une culture cellulaire, notamment en utilisant des lignées cellulaires disponibles commercialement.
L’échantillon peut être notamment une biopsie, réalisée sur un sujet préalablement à la méthode selon l’invention. Les termes « individu », « hôte », « sujet » et « patient », sont utilisés ici de
manière interchangeable, et désignent un mammifère, plus particulièrement un sujet animal et plus particulièrement encore un humain. Lorsqu’il s’agit d’un animal, l’animal peut être un animal domestique tel qu’un chat ou un chien, un animal d’élevage tel qu’un cheval ou une vache, ou un animal de laboratoire, tel qu’une souris, une drosophile, etc.
Selon un mode de réalisation, la méthode selon l’invention est réalisée sur une cellule. De préférence, la cellule étudiée est une cellule unique ou une cellule isolée, une cellule comprise dans un tissu pluricellulaire ou multicellulaire, une cellule comprise dans un embryon, ledit embryon étant de préférence non-humain, ou une cellule comprise dans un échantillon biologique, tel qu’une biopsie ou un expiant. La cellule peut autrement être un microorganisme, tel qu’une bactérie, une levure ou un champignon unicellulaire.
En particulier, la cellule étudiée est une cellule humaine, animale ou végétale. Selon un mode de réalisation, la cellule est une cellule non humaine.
Selon un mode de réalisation particulier, la cellule est une cellule tumorale ou cancéreuse. La cellule peut être issue d’une tumeur primaire, une cellule cancéreuse circulante ou une métastase.
Selon un mode de réalisation particulier, l’échantillon sur lequel est réalisé la méthode selon l’invention est un embryon, de préférence un embryon non humain.
En particulier, l’embryon est choisi parmi un embryon d’oursin (Paracentrotus lividus), de drosophile Drosophila melanogaster) ou de poisson Zèbre (Danio Rerio).
De préférence, le compartiment ou l’élément cellulaire ciblé par les billes superparamagnétiques est choisi parmi : la membrane cellulaire, la membrane nucléaire, la membrane d’un organite, tel que les mitochondries, le réticulum endoplasmique ou l’appareil de golgi, les peroxysomes, les lysosomes ainsi que leur contenu, le cytoplasme, les microtubules et/ou les centrioles.
De préférence, le compartiment ou l’élément cellulaire ciblé est la membrane cellulaire ou la membrane nucléaire.
La méthode selon l’invention permet d’évaluer les caractéristiques mécanobiologiques de ces différents éléments.
Les termes « caractéristiques mécanobiologiques » et « propriétés mécanobiologiques » sont utilisés ici de manière interchangeable et concernent les effets des contraintes mécaniques (étirements, compressions, cisaillements...) sur les cellules ou les tissus vivants. La
mécanobiologie englobe la rhéologie, la cinématique, la résistance mécanique, l’élasticité, la plasticité, la rigidité, la flexibilité et les propriétés viscoélastiques, ou toute combinaison de celles-ci.
Selon un mode de réalisation, les propriétés mécanobiologiques sont choisies parmi : la rhéologie, la cinématique, la résistance mécanique, l’élasticité, la plasticité, la rigidité, la flexibilité et les propriétés viscoélastiques, ou toute combinaison de celles-ci. De préférence, la propriété mécanobiologique mesurée est la rigidité ou l’élasticité.
La « rhéologie » est la science qui étudie les déformations et l'écoulement de la matière. Elle a pour objet d'analyser les comportements mécaniques des substances et d'établir leurs lois de comportement. Elle englobe de nombreuses disciplines fondamentales telles que la résistance des matériaux, la mécanique des fluides, la plasticité et l’élasticité. Les propriétés rhéologiques d’une matière ou d’un élément cellulaire correspondent au comportement mécanique et aux relations entre les déformations et les contraintes de la matière. La rhéologie du fluide cytoplasmique d’une cellule ou de la lumière d’un tissu peut être mesurée par la méthode de pointe magnétique proposée. Pour cela des billes de tailles différentes peuvent être déplacées par l’application d’une force magnétique, permettant de déterminer la viscosité du cytoplasme, la dépendance de cette viscosité suivant la taille de l’objet déplacé, ou la force de cisaillement. Les viscosités typiques du cytoplasme s’étendent entre 10-1000 cP, et dépendent de la taille de l’objet déplacé dans le fluide ainsi que du type cellulaire.
La « résistance mécanique » d’un élément est son comportement global (relation entre sollicitations — forces ou moments — et déplacements) et son comportement local (relation entre contraintes et déformations). Lorsque l'intensité de la contrainte augmente, il y a d'abord déformation élastique (l’élément se déforme proportionnellement à l'effort appliqué et reprend sa forme initiale lorsque la sollicitation disparaît), suivie parfois d'une déformation plastique (l’élément ne reprend pas sa forme initiale lorsque la sollicitation disparaît, il subsiste une déformation résiduelle), et enfin rupture (la sollicitation dépasse la résistance intrinsèque du matériau). La résistance mécanique de la membrane cellulaire ou nucléaire, ou d’une couche tissulaire peut être sondée par l’application des pointes magnétiques selon l’invention. Notamment l’application précise de forces de surface, et la mesure concomitante de la déformation, permet de déterminer les relations contraintes déformations de ces surfaces biologiques, et de calculer par exemple des constantes d’élasticité, s’échelonnant depuis 10 à 1000 pN/pm, des modules de Young de l’ordre de 1-100 MPa ou des déformations seuil de ruptures pour ces surfaces de 5-50%.
La « viscoélasticité » est la propriété de matériaux qui présentent des caractéristiques à la fois visqueuses et élastiques, lorsqu'ils subissent une déformation. Les matériaux élastiques se déforment lorsqu'ils sont contraints, et retournent rapidement à leur état d'origine une fois la contrainte retirée. En rhéologie, le comportement d'un matériau viscoélastique linéaire est ainsi intermédiaire entre celui d'un solide élastique idéal symbolisé par un ressort de module E (ou G) et celui d'un liquide visqueux newtonien symbolisé par un amortisseur de viscosité q. L'élasticité d'un matériau traduit sa capacité à conserver et restituer de l'énergie après déformation. La viscosité d'un matériau traduit sa capacité à dissiper de l'énergie. Les propriétés viscoélastiques de la membrane cellulaire ou nucléaire, ou d’une couche tissulaire peuvent être testées par l’application des pointes magnétiques selon l’invention. Notamment l’application précise de forces de surface, et la mesure en dynamique de la déformation résultante, permet de caractériser les échelles de temps viscoélastiques, et les constantes visqueuses et élastiques associées. Certains matériaux peuvent notamment exhiber des propriétés élastiques à temps courts et visqueuses à temps long (matériaux de type Maxwell) ou à l’inverse ils s’écoulent à temps courts et se comportent comme un solide élastique à temps longs (Matériaux de type Kelvin Voigt). Les échelles de temps viscoélastiques pour les matériaux biologiques considérés par l’invention peuvent varier entre 0.1- 1000s ; les constantes de frictions visqueuses entre 100- 10000 pN/pm, et les constantes élastiques de 10 à 1000 pN/pm.
La « rigidité » ou « raideur » est la caractéristique qui indique la résistance à la déformation élastique d'un corps. Plus un élément est rigide, plus il faut lui appliquer une force importante pour obtenir une déformation donnée. A contrario, la « flexibilité » désigne la propriété selon laquelle un matériau souple peut être aisément courbé ou plié sans se rompre.
La « résistance mécanique » d'un matériau est caractérisée par sa limite d'élasticité et/ou sa résistance à la traction.
Les propriétés mécanobiologiques peuvent notamment être évaluées par la mesure du module de Young. Un élément ayant un module de Young (ou module d’élasticité) élevé (> à 50 GPa) est dit rigide, celui dont le module de Young est faible est au contraire souple, élastique ou flexible.
Préparation de la pointe magnétique et des billes paramagnétiques
Selon un mode de réalisation, la méthode selon l’invention peut comprendre en outre une étape de préparation de la pointe et/ou des billes paramagnétiques.
Selon un mode de réalisation, la méthode selon l’invention comprend en outre la préparation ou fabrication d’une pointe comprenant ou consistant en l’assemblage d’éléments nécessaires et adaptés à son utilisation magnétique.
La fabrication de la pointe comprend principalement l’assemblage d’un cœur magnétique et d’une pointe métallique tels que décrits ci -dessus dans le paragraphe « pointe métallique ».
Ainsi il pourra être optimisé les caractéristiques de la pointe selon l’échantillon à évaluer.
Selon un mode de réalisation, la pointe magnétique est une pince magnétique.
Selon un mode de réalisation, la méthode selon l’invention comprend en outre le choix et la préparation des billes superparamagnétiques préalablement à leur introduction dans la cellule, tissu, organe ou embryon.
L’adressage des particules magnétiques à une localisation subcellulaire spécifique peut être contrôlé par l’ajout de protéines « hameçons » en tant que revêtement biologique à la surface des particules, ou billes. Dans la plupart des cas ces protéines sont biotynilées pour un couplage efficace avec le groupement streptavidine présent à la surface des particules magnétiques.
En pratique, dans un premier temps, les particules sont lavées dans une solution saline ou une solution tampon, par exemple du tampon phosphate (PBS). Les particules sont ensuite incubées dans une solution contenant la protéine « hameçon ». Par exemple, pour un adressage à l’enveloppe nucléaire, un anticorps biotinylé dirigé contre les pores nucléaires tel que l’anticorps anti-NPC (SantaCruz sc-58815) peut être utilisé.
De préférence, l’excès de protéines « hameçons » est éliminé par un lavage dans une solution tampon, par exemple du PBS.
Les particules fonctionnalisées sont finalement re-suspendues dans du PBS à une concentration adaptée pour l’injection.
De préférence, la concentration des billes paramagnétiques fonctionnalisées est comprise entre 0.5 et 5 mg/ml dans la solution d’injection.
Pour les anticorps n’étant pas disponibles en version biotinylée, leur biotinylation peut être réalisée, notamment par l’utilisation préalable d’un kit de biotinylation (ex : EZ-link NHS- biotin, Sigma).
Facultativement, lorsque les billes utilisées sont non fluorescentes, une seconde incubation avec un fluorophore biotynilé, par exemple le fluorophore Atto-biotin (Sigma) peut être réalisée à cette étape si la visualisation des particules en microscopie à fluorescence est nécessaire.
De préférence, l’excès de fluorophore est éliminé par un lavage dans une solution tampon, par exemple du PB S.
Les particules fonctionnalisées sont finalement re-suspendues dans du PBS à une concentration adaptée pour l’injection.
De préférence, la concentration des billes paramagnétiques fonctionnalisées est comprise entre 0.5 et 5 mg/ml dans la solution d’injection.
Il est possible de vérifier la fonctionnalisation des billes, par diffusion dynamique de la lumière (DLS pour « Dynamic Light Scattering ») qui permet de mesurer la distribution en taille d’objets en suspension dans une solution. Ainsi il est possible de comparer la taille des billes initiales et la taille des billes fonctionnalisées, les billes fonctionnalisées ayant une taille supérieure aux billes non fonctionnalisées.
Selon un mode de réalisation, la méthode selon l’invention comprend en outre une étape de vérification de la fonctionnalisation des billes avant injection, par exemple par la technique de DLS.
Dans le cas de billes superparamagnétiques comprenant un revêtement hydrophobe, des billes commerciales sont disponibles comme par exemple les billes Magtivio, MagSi-proteomics C18, qui fournissent un revêtement fait de chaines carbonées de type Octadecyl C18. En vue de leur injection, les billes sont séchées à l’éthanol, puis re-suspendues dans de l’huile biocompatible, de préférence de l’huile de soja, à une concentration comprise entre 5 et 20 mg/ml.
Pour injecter les gouttelettes d'huile comprenant les billes superparamagnétiques comprenant un revêtement hydrophobe dans le cytoplasme, une suspension de billes superparamagnétiques hydrophobes est lavée dans une solution d'éthanol à 30, 50 puis 70 %. Cette solution est ensuite séchée sous vide et remise en suspension dans l'huile biocompatible.
De préférence, la concentration des billes comprenant un revêtement hydrophobe est comprise entre 2 et 20 mg/ml, de préférence entre 5 et 20 mg/ml dans la solution d’injection, c’est-à-dire dans l’huile biocompatible.
Calibration
Pour connaître la force précise appliquée sur une bille par la présence de la pointe magnétique et évaluer ainsi les propriétés mécanobiologiques de l’élément ou compartiment cellulaire, il peut être nécessaire de calibrer le couple pointe -bille(s).
Ainsi, la méthode selon l’invention peut comprendre en outre une méthode de calibration du couple pointe magnétique-billes superparamagnétiques, de préférence préalablement au test de l’échantillon d’intérêt.
Cette calibration peut être réalisée en suivant un protocole consistant à placer les billes dans une solution de viscosité connue. Lorsque la pointe magnétique est placée dans la solution, les billes se déplacent à une vitesse qui permet de calculer la force de friction visqueuse de Stokes (F=67tr|RV, Î] : viscosité du liquide, R rayon de la bille, V vitesse de la bille) qui équilibre la force magnétique. Cette méthode, implique ainsi l’utilisation de liquides de viscosité calibrée, tels que des solutions diluées de sucrose (52%, 12cp ; 54% 20cP), de Glycérol (68%, 15cP ; 71% ; 20cP, 80%, 80cP), de Méthyl Cellulose 15 (2%, 15cP ), ou de Méthyl Cellulose 400 (1,18%, 39cP; 1,60%, 124cP ; 2%, 400cP). Les billes magnétiques diluées sont placées en suspension dans une chambre à flux sur un microscope. Les billes sont alors mises en mouvement par l’approche de la pointe magnétique dans la solution, et la distance entre la pointe et la billes, ainsi que la vitesse de la bille sont enregistrées par vidéomicro scopie. Des scripts d’analyse d’images établis dans le cadre de cette invention, permettent d’extraire les paramètres importants (distances et vitesses) et donnent ainsi la valeur de la force en fonction de la position et de l’axe de la bille par rapport à la pointe. Pour une même pointe, cette calibration peut être effectuée pour différents types de billes. Ainsi, une fois la calibration effectuée, le script permet d’extraire la valeur et la direction de la force de manière automatique, pendant une expérience sur des échantillons vivants.
Avec ce système, la force peut être modulée en modifiant la position de la pointe magnétique dans le cas d’un aimant permanent ou en modifiant l’intensité électrique dans le cas d’un électroaimant.
Introduction des billes magnétiques
La méthode selon l’invention comprend une étape comprenant ou consistant en l’introduction de billes superparamagnétiques dans une cellule, un tissu, un organe ou un embryon, notamment tel que décrit ci-dessus, lesdites billes comprenant un revêtement permettant d’adresser
spécifiquement les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment donné, ou de pénétrer une cellule ou un groupe de cellules.
Cette étape peut notamment s’appuyer sur l’utilisation de micro-injecteurs classiques, disponibles dans les laboratoires de biologies, tel que des micro-injecteurs 3D.
Pour injecter des billes au sein d’une cellule ou d’un tissu, les éléments à optimiser incluent, par exemple, la taille de l’ouverture du micro-capillaire, la pression d’injection, la pression de compensation et la durée d’injection. Par exemple, l’injection in vivo d’une solution de billes magnétiques de 800nm à 5mg/ml est réalisée avec les paramètres suivants : Ouverture du capillaire : 5 à 15 micromètres, Pression de compensation : 5 à 30 hectoPascals, Pression d’injection : 15 à 90 hectoPascals, et durée d’injection : 100 à 500 millisecondes. Ces protocoles ont été affinés dans le cadre de cette invention.
Pour les mesures en surfaces des cellules, l’adressage des billes comprenant un revêtement biologique est réalisé le plus souvent en ajoutant les particules magnétiques dans le milieu et en les laissant se coller à la surface cellulaire externe.
Selon un mode de réalisation, les billes sont introduites dans l’échantillon biologique par microinjection, par une voie de transport cellulaire (telle que l’endocytose cellulaire), par perméabilisation de la membrane de l’échantillon biologique d’intérêt, par biolistique ou par bombardement, de préférence par microinjection, préférentiellement par microinjection pneumatique ou hydraulique.
En particulier, deux systèmes d’injection pneumatiques peuvent être utilisés de manière indifférenciée : le FemtoJet4 (Eppendorf) et la PicoPump PV820 (WPI). Ces deux systèmes ont l’avantage de pouvoir contrôler précisément la pression d’injection et de compensation ainsi que la durée de l’injection.
Alternativement, le système hydraulique CellTram4r Oil (Eppendorf) permet de travailler confortablement dans des gammes de pression plus élevés (>500hPa) notamment en réduisant l’inertie lors de l’injection.
Le choix entre les systèmes s’effectue en fonction du type d’échantillon, du type d’aiguille et du type de suspension à injecter. Par exemple, le système d’injection hydraulique peut être utilisé pour les expériences dans des échantillons multicellulaires et plus particulièrement dans des embryons non humains, tels que des embryons de drosophile.
Selon un mode de réalisation l’injection des billes dans la cellule est réalisée par biolistique ou bombardement. Cette technique consiste à propulser les billes superparamagnétiques d'intérêt dans les cellules à l'aide d'un canon à particules (par exemple Biolostic - Biorad PDS-1000/He).
Selon un mode de réalisation, l’introduction des billes dans l’échantillon d’intérêt est réalisée par l’introduction d’une aiguille d’injection.
Les aiguilles d’injection sont de préférence préparées à partir de capillaires en verre borosilicaté en utilisant une étireuse, par exemple l’étireuse P- 1000 de Sutter Instruments. Les capillaires peuvent être traités au préalable avec une solution de siliconisation, par exemple la solution Sigmacote de Sigma.
De préférence, les aiguilles ont un diamètre compris entre 1 pm et 1 mm de diamètre et sont particulièrement adaptées au diamètre des billes à injecter. Les aiguilles sont de préférence aiguisées selon un angle de 10° à 30° +/- 2°, de préférence d’environ 30° jusqu’à obtenir une ouverture, par exemple à l’aide d’une biseauteuse (EG-40, Narishige). Le diamètre de l’ouverture de l’aiguille d’injection peut être comprise entre 1 pm et 1 mm, de préférence entre 5 et 15 micromètres.
De préférence 1 à 5 microlitres de solution d’injection comprenant les billes superparamagnétiques aux concentrations de préférence de 0,5 à 5 mg/ml pour les billes comprenant le revêtement biologique dans la solution d’injection, de préférence dans du tampon phosphate, et de 5 à 20 mg/ml pour les billes comprenant le revêtement hydrophobe dans l’huile, sont introduits, à l’arrière de l’aiguille, juste avant le montage sur le système d’injection.
Selon un aspect, plusieurs billes sont injectées lors de l’étape a) de la méthode selon l’invention dans au moins un compartiment cellulaire de l’échantillon biologique.
Selon un autre aspect, l’introduction de billes superparamagnétiques est réalisée dans une cellule unique de l’échantillon biologique.
Application et mesure de forces au sein d’échantillons vivants.
La méthode selon l’invention comprend une étape comprenant ou consistant en l’application d’un champ magnétique sur lesdites billes superparamagnétiques, de manière à appliquer une force sur l’échantillon biologique. Ceci permet d’évaluer et/ou mesurer des propriétés mécanobiologiques de l’élément ou compartiment cellulaire dans l’échantillon biologique.
Le système de pointe magnétique est compatible avec différents types de microscopie, permettant de visualiser l’application de la pointe magnétique à proximité des billes et le déplacement des billes superparamagnétiques.
Le tissu ou la cellule en question sont imagés sur un système de microscopie inversé ou droit, et après injection ou positionnement des billes magnétiques, la pointe magnétique est amenée dans le voisinage de l’échantillon pour appliquer une force et un champ magnétique. La position et/ou l’orientation de la pointe sont contrôlées par le biais d’un micromanipulateur, par exemple tel qu’un micromanipulateur 3D commercial. Les images de microscopie prises doivent contenir la pointe et la ou les particules magnétiques et permettent par le biais de scripts informatiques, de calculer la force exacte en fonction de la taille de la particule, de la distance entre la pointe magnétique et les billes, et de la calibration mentionnée ci-dessus. Suivant le procédé, le suivi par vidéomicro scopie de la déformation de la surface tissulaire, cellulaire ou nucléaire, ou du mouvement d’une organite, permet de calculer in fine, les propriétés mécanobiologiques de l’élément étudié (constante de rigidité élastique, seuil de rupture, friction visqueuse, ou échelle de temps visco-élastique).
En particulier, la distance entre la pointe magnétique et l’échantillon biologique est comprise entre 10 micromètres et 1 millimètre.
Selon un mode de réalisation, le microscope utilisé est un microscope fluorescent à champ large ou un microscope confocal. Le microscope peut être équipé d’une caméra. Le microscope peut également être piloté par Micro-Manager (Open Imaging).
De préférence, les images sont prises à température ambiante (18-20°C).
Afin d’obtenir les informations les plus robustes possible, la force appliquée sur la cellule par le biais de la pointe magnétique et des billes superparamagnétiques doit être constante et stable pendant un instant t. La position de la pointe doit ainsi être maintenue de façon stable à proximité des billes.
Selon un mode de réalisation, la pointe est positionnée entre 10 et 500 pm de la cellule ou de l’élément ou compartiment cellulaire d’intérêt. Selon un mode de réalisation, la pointe est positionnée entre 10 et 500 pm à distance de la surface des billes superparamagnétiques.
De préférence, la distance entre la pointe et l’échantillon multicellulaire est comprise entre 10 micromètres et 1 millimètre. Cette distance peut être adaptée en fonction de la taille de l’échantillon biologique et de la force à appliquer sur celui-ci.
Selon un aspect, la force appliquée sur l’échantillon biologique est comprise entre 0,001 pN et 5000 nN, entre 0,001 pN et 1000 nN, entre 0,001 pN et 200 nN, entre 0,001 pN et 20 nN, entre 0,001 nN et 5000 nN, entre 0,01 nM et 1000 nN, entre 0,001 nN et 200 nN, entre 0,001 nN et 20 nM, entre 0,1 nN et 200 nN, entr 0,1 nN et 20 nN, entre 0,5 nN et 200 nN, entre 0,5 nN et 20 nN, entre 0,5 nN et 10 nN, entre 0,5 nN et 5 nN, entre 1 nN et 200 nN, entre 1 nN et 20 nN, entre 1 nN et 5 nN, entre 5 nN et 50 nN, ou entre 10 nN et 1000 nN, entre 50 nN et 500 nN, 0,001 pN et 100 nN, préférentiellement entre 0,5 pN et 1,5 nN, de manière toute préférée entre 0,5 nN et 1,5 nN.
En particulier, la force appliquée sur l’échantillon biologique est comprise entre 0,001 pN et 1000 nN, de préférence entre 0,001 pN et 200 nN, préférentiellement entre 0,5 pN et 1,5 nN.
De manière préférée, la force appliquée sur l’échantillon biologique est comprise entre 10 nN et 1000 nN.
Champ d’application de la méthode
L’utilisation des billes superparamagnétiques et de la pointe magnétique permettent d’explorer l'impact de l'environnement mécanique (stimulus) sur les cellules, d’étudier la perception de stimulus et les mécanismes de réponse des cellules et leur participation aux processus mécaniques et biologiques.
Selon un aspect particulier, la méthode porte sur un échantillon biologique multicellulaire et permet de caractériser au moins un compartiment cellulaire, une cellule ou un groupe de cellules.
Selon un autre aspect, la méthode permet de caractériser l’au moins un élément ou l’au moins un compartiment cellulaire de l’échantillon biologique multicellulaire.
L’invention concerne l’utilisation de la méthode selon l’invention pour :
(i) caractériser les propriétés mécanobiologiques d’une cellule ou de l’un de ses éléments ou compartiments, d’un ensemble cellulaire et/ou
(ii) caractériser l’impact d’une drogue ou d’un médicament sur une cellule, un tissu, un organe ou un embryon ou de l’un de ses éléments ou compartiments, et/ou
(iii) identifier et caractériser des cellules ou tissus endommagés, par exemple des cellules cardiaques endommagées dans le cadre de maladies cardiaques ou génétiques, et/ou
(iv) identifier et caractériser des cellules tumorales dans un échantillon, lesdites cellules tumorales présentant des caractéristiques mécanobiologiques différentes des cellules normales, et/ou
(vi) comprendre l’interaction mécanique des cellules entre elles ou avec la matrice qui les entoure qui leur permet de former des tissus cohérents, et/ou
(vii) étudier la mécanotransduction, c’est-à-dire la façon dont la cellule intègre le signal mécanique et le transforme en signal biochimique lui permettant de réagir, de s’adapter et même de modifier l’expression de ses gènes. La mécanotransduction est impliquée dans de nombreuses fonctions cellulaires comme le changement de forme, la différenciation, la croissance, la prolifération et l'apoptose. Trois types de mécanotransduction sont actuellement décrits en fonction de la transduction qu'emploie la cellule pour adapter sa réponse aux facteurs environnementaux. La première est l'ouverture de canaux ioniques suite au stress mécanique, la seconde est l'initiation d'une cascade de signalisation et la troisième emprunte un pont physique entre les points focaux et la chromatine.
Kit et utilisation du kit
La présente invention concerne finalement un kit permettant de réaliser la méthode selon l’invention.
Selon un aspect, le kit comprend : a) une pointe magnétique comprenant un cœur magnétique comprenant une superposition d’aimants millimétriques ou submillimétriques prolongé par une pointe d’acier, b) des billes superparamagnétiques comprenant un revêtement apte à adresser les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt ou à pénétrer une cellule ou un groupe de cellules, c) optionnellement une solution permettant la mise en suspension et l’injection des billes superparamagnétiques dans une cellule ou un tissu cellulaire, et d) optionnellement au moins une solution de calibration des billes superparamagnétiques et de la pointe magnétique.
Selon un aspect, le revêtement est un revêtement hydrophobe, de préférence un octadecyl, la solution étant une huile biocompatible apte à faire pénétrer les billes superparamagnétiques dans une cellule ou un groupe de cellules.
Selon un autre aspect les billes superparamagnétiques comprennent un revêtement biologique apte à adresser spécifiquement les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, le revêtement des billes superparamagnétiques étant de préférence un revêtement protéique, préférentiellement un anticorps ou une lectine, la solution étant une solution tampon, de préférence un tampon phosphate.
En particulier, le kit comprend : a) une pointe magnétique, de préférence telle que décrite ci-dessus dans le paragraphe « pointe magnétique », b) des billes superparamagnétiques adaptées à l’adressage spécifique et à la fixation desdites billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire donné, de préférence telles que décrites ci-dessus dans le paragraphe « billes superparamagnétiques », c) optionnellement une solution permettant la fonctionnalisation des billes superparamagnétiques, par exemple comprenant des anticorps ou une protéine appât, d) optionnellement, une ou plusieurs solutions destinées à la calibration des billes et de la pointe magnétique, e) optionnellement une solution permettant la mise en suspension et l’injection des billes superparamagnétiques dans une cellule ou un tissu cellulaire ; f) optionnellement, un instrument permettant l’injection des billes, de préférence un microinjecteur ou une aiguille d’injection préparée à partir de capillaires en verre borosilicaté.
En particulier, le kit comprend : a) une pointe magnétique, de préférence telle que décrite ci-dessus dans le paragraphe « pointe magnétique », b) des billes superparamagnétiques comprenant un revêtement hydrophobe, de préférence telles que décrites ci-dessus dans le paragraphe « billes superparamagnétiques », d) optionnellement, une ou plusieurs solutions destinées à la calibration des billes et de la pointe magnétique, e) une huile permettant la mise en suspension et l’injection des billes superparamagnétiques dans une cellule ou un tissu cellulaire, de préférence telle que décrite dans le paragraphe « billes superparamagnétiques » ;
f) optionnellement, un instrument permettant l’injection des billes, de préférence une aiguille d’injection préparée à partir d’un capillaire en verre ou un microinjecteur.
Les kits selon l’invention peuvent en outre comprendre un ou plusieurs consommables tels qu’un milieu de culture ou un milieu de préservation pour les tissus ou cellules, ou encore une notice explicative.
De préférence, l’invention a trait à un kit pour caractériser au moins une propriété mécanobiologique d’un élément ou compartiment cellulaire dans un échantillon biologique comprenant : a) une pointe magnétique comprenant un cœur magnétique comprenant une superposition d’aimants millimétriques ou submillimétriques prolongé par une pointe d’acier b) des billes superparamagnétiques comprenant un revêtement biologique apte à adresser spécifiquement les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire d’intérêt, le revêtement des billes superparamagnétiques étant de préférence un revêtement protéique, préférentiellement un anticorps ou une lectine, c) optionnellement une solution permettant la mise en suspension et l’injection des billes superparamagnétiques dans une cellule ou un tissu cellulaire, et d) optionnellement au moins une solution de calibration des billes superparamagnétiques et de la pointe magnétique. et caractérisé en ce que ledit échantillon biologique est une cellule, multicellulaire, un tissu, un organe, un embryon et ledit échantillon biologique n’étant pas un échantillon biologique d’origine embryonnaire humain.
Préférentiellement, le kit comprend : a) une pointe magnétique comprenant un cœur magnétique comprenant une superposition d’aimants millimétriques ou submillimétriques en néodyme prolongé par une pointe d’acier usinée avec un rayon de courbure compris entre 5 et 100 micromètres, b) des billes superparamagnétiques comprenant un revêtement permettant d’adresser spécifiquement les billes superparamagnétiques à un élément ou compartiment cellulaire donné, le revêtement des billes superparamagnétiques étant un revêtement protéique, de préférence un anticorps ou une lectine,
c) optionnellement une solution permettant la mise en suspension et l’injection des billes superparamagnétiques dans une cellule ou un tissu cellulaire, et d) optionnellement, un instrument permettant l’injection des billes, de préférence une aiguille d’injection préparée à partir de capillaires en verre borosilicaté.
En particulier, le cœur magnétique de la pointe, la longueur de la pointe et le rayon de courbure de la pointe sont adaptés de façon à permettre d’appliquer une force sur l’échantillon biologique comprise entre 10 nN et 1000 nN.
En particulier, la pointe d’acier a une longueur comprise entre 1 et 30 mm et/ou le rayon de courbure de la pointe d’acier est compris entre 5 et 100 micromètres.
Selon un aspect, l’aimant du cœur magnétique est en néodyme, en ticonal, en alnico, en Neodyme Fer Bore (NdFeB) ou en Samarium Cobalt (SmCo), préférentiellement en néodyme.
L’invention concerne finalement l’utilisation du kit tel que décrit ci-dessus, pour
(i) caractériser les propriétés mécanobiologiques d’une cellule ou de l’un de ses éléments ou compartiments, et/ou
(ii) caractériser l’impact d’une drogue ou d’un médicament sur une cellule, un tissu, un organe ou un embryon, en particulier un embryon non humain, ou de l’un de ses éléments ou compartiments, et/ou
(iii) identifier les cellules tumorales dans un échantillon, lesdites cellules tumorales présentant des caractéristiques mécanobiologiques différentes des cellules normales,
(iv) identifier et caractériser des cellules ou tissus endommagés, et/ou
(vi) étudier l’interaction mécanique des cellules entre elles ou avec la matrice qui les entoure, et/ou
(vii) étudier la mécanotransduction, c’est-à-dire la façon dont la cellule intègre le signal mécanique et le transforme en signal biochimique lui permettant de réagir, de s’adapter et même de modifier l’expression de ses gènes.
EXEMPLES
MATERIEL ET METHODES
Fabrication des pointes magnétiques
Les pointes magnétiques sont composées d’un cœur magnétique fait d’une superposition d’aimants submillimétriques ou millimétriques en néodyme, dont la géométrie et la
magnétisation peuvent être modulées. Ce cœur est prolongé par une pointe d’acier usinée avec un rayon de courbure pouvant aller de 5-100 micromètres. Les pointes plus fines permettent une précision spatiale plus fine, et les plus larges une gamme de forces plus grandes. Pour stabiliser les pointes vis-à-vis de l’oxydation dans les milieux de cultures, et ainsi abolir les effets toxiques sur les cellules, les pointes sont recouvertes d’une fine couche d’or, en particulier d’une épaisseur de 0.5 à 1 micromètre par « electro sputting ». Les paramètres « d’electrosputting » sont à adapter pour chaque taille de pointes et chaque alliage métallique utilisés afin d’obtenir une couche d’or continue. Les pointes peuvent notamment être en acier. Des pointes ainsi fabriquées peuvent être conservées à l’abri de la poussière pendant plusieurs années.
Préparation et choix des particules magnétiques.
La méthode est compatible avec toutes sortes de particules super-paramagnétiques, présentant une gamme de chimie de surface modulable, exploitant notamment des liaisons avidin-biotin, ou des réactions de sulfonation de groupement carboxyle. Les inventeurs ont notamment testé et validé la méthode de l’invention avec une dizaine de marques de billes différentes, sans aucun signe de défaut ou de limite de l’approche. Le choix des particules et de la modification de leur chimie de surface permettant un champ très large d’applications.
L’adressage des particules magnétiques à une localisation subcellulaire spécifique peut être contrôlé par l’ajout de protéines « hameçons » (ayant une affinité spécifique à un compartiment/structure) à la surface des particules. Dans la plupart des cas ces protéines sont biotynilées pour un couplage efficace avec le groupement streptavidin présent à la surface des particules magnétiques.
En pratique, dans un premier temps, les particules sont lavées dans une solution à IM NaCl, 1% Tween puis re-suspendues dans du PBS (Phosphate Buffer Saline). Si nécessaire, les particules sont ensuite incubées de 15 à 60 min dans une solution contenant la protéine « hameçon » requise. Par exemple, pour un adressage à l’enveloppe nucléaire, un anticorps biotinylé dirigé contre les pores nucléaire (mouse anti-NPC antibody - SantaCruz sc-58815) a été utilisé et validé (figure 5). L’excès de protéine est éliminé par un lavage dans du PBS. Facultativement, pour les particules non fluorescentes, une seconde incubation avec un fluorophores biotynilé (Atto-biotin, Sigma) peut être réalisée à cette étape si la visualisation des particules en microscopie à fluorescence est nécessaire. Les particules sont finalement re-
suspendues dans du PBS à une concentration comprise entre 0.5 et 5 mg/ml. Cette solution d’injection peut être utilisée pendant plusieurs heures.
Des exemples de protéines « hameçons » pouvant être utilisées pour adresser les particules à la membrane plasmique ou l’enveloppe nucléaire sont notamment décrits dans le Tableau 1.
Pour les anticorps n’étant pas disponibles en version biotinylés, l’utilisation préalable d’un kit de biotinylation est requise (ex : EZ-link NHS-biotin, Sigma).
Les inventeurs ont notamment utilisé et validé des protocoles utilisant (i) des billes de 800nm de la marque NanoLink (Solulink), qui présentent des propriétés d’agrégation et de collages aspécifiques à différentes structures biologiques comme le noyau, les centrosomes du fuseau mitotique ou la surface de certaines cellules (Figure 3A-3B). (ii) Des billes de lOOnm couverte de streptavidine (Chemicell) ne présentant pas d’interactions spécifiques avec les structures cellulaires utilisé pour la calibration et les expériences contrôles, (ii) Des Quantum dots magnétiques streptavidine de 200nm (Nvigen) recouverts par des moteurs moléculaires purifiés (dynéines) permettant un adressage plus précis à certaines structures intracellulaires, (iii) Des billes passivées à la BSA (Bovine Serum Albumin) de 1 pm de diamètre (Dynabeads) permettant un déplacement inerte dans le cytoplasme des cellules (Figure 3C). (iv) Des billes de 30-50 pm (Magne) permettant de déformer des portions larges d’un tissus au sein du cœur d’un embryon de poisson zèbre (Figure 3D), (v) Des billes de 1 pm de diamètre (Dynabeads) associées à un anticorps anti -pores nucléaires (anti-NPC) permettant l’adressage à l’enveloppe nucléaire et la déformation du noyau (Figure 4).
Calibration de la force appliquée
Pour connaitre la force précise appliquée sur une bille par la présence de la pointe magnétique, il est nécessaire de calibrer le couple pointe magnétique-billes (Figure 2). Cette calibration permet de connaitre la force exacte en fonction de la distance entre la bille et la pointe magnétique. Pour cela une suspension de billes diluée (1.25%) est placée dans une solution de viscosité connue. Les agents visqueux dilués dans l’eau ayant été testés et validés sont : Glycerol (Sigma) 60% de viscosité 15 cP (or mPa.s), sucrose (Sigma) 65%, viscosité 15cP ; Methycellulosel5 2% (Fisherscientific); viscosité 15cP ; Glycerol 65%, viscosité, 20cP ; sucrose 80%, viscosité 20cP ; Polyéthylèneglycol 8000 (Sigma), viscosité 20cP ; Methylcellulose 400 2% (Fisherscientific), 400cP (Figure 2B). Lorsque la pointe magnétique est placée dans la solution, les billes se déplacent à une vitesse qui permet de calculer la force de friction visqueuse de Stokes (F=67tr|RV, r] : viscosité du liquide, R rayon de la bille, V vitesse
de la bille) qui équilibre la force magnétique. Un script d’analyse d’image développé sur le logiciel Matlab (Mathworks), permet : (i) le suivi dynamique de la particule, et le calcul de sa vitesse, et (ii) de positionner précisément le centre de la pointe comme référence. Ce script extrait ainsi directement la relation force magnétique-distance à la pointe magnétique, ainsi que des raffinements de cette force suivant l’angle entre la trajectoire de la bille et l’axe principale de rotation de la pointe magnétique. Pour une même pointe, cette calibration peut être effectuée pour différents types de billes. Ainsi, une fois la calibration effectuée, le script permet d’extraire la valeur et la direction de la force de manière automatique, pendant une expérience au sein d’échantillons vivants. Ceci est notamment décrit dans la publication de Tanimoto et al., Nature Physics 2018.
Injection des billes magnétiques
Cette étape implique l’utilisation de micro-injecteurs classiques disponibles dans les laboratoires de biologie. Pour injecter des billes au sein d’une cellule ou d’un tissu, les éléments à optimiser incluent, la taille de l’ouverture du micro-capillaire d’injection, les pressions et durée d’injection. Pour les mesures en surface des cellules ou tissus, les méthodes sont plus directes et consistent le plus souvent à ajouter les particules magnétiques dans le milieu et les laisser se coller à la surface cellulaire.
Les aiguilles d’injection sont préparées à partir de capillaires en verre borosilicaté (diamètre 1 mm) en utilisant une étireuse (P- 1000 ; Sutter Instruments). Les capillaires sont traités au préalable avec une solution de siliconisation (Sigmacote, Sigma). Les aiguilles sont aiguisées selon un angle de 30° jusqu’à obtenir une ouverture de 5-10 micromètres à l’aide d’une biseauteuse (EG-40, Narishige). 2 à 3 microlitres de solution d’injection sont introduits, à l’arrière de l’aiguille, juste avant le montage sur le système d’injection.
L’injection de larges billes (20-60pm) au sein des tissus cardiaques de l’embryon de poisson zèbre se fait en incisant les tissus entre le sinus et l’atrium et en poussant la bille au sein de l’atrium à l’aide d’une aiguille placée sur micromanipulateur sous le microscope.
Les embryons d’oursin sont injectés dans une chambre à fond en verre contenant de l’eau de mer. Le verre est préalablement traité avant une solution de protamine 1% (Sigma) pour assurer l’adhésion de l’échantillon. L’aiguille d’injection est contrôlée par un micromanipulateur motorisé (Injectman 4, Eppendorf) et une pompe d’injection (FemtoJet, Eppendorf).
Les embryons de drosophile sont récoltés Ih maximum après la ponte et dechorionés dans une solution d’eau de javel 50%. Ils sont ensuite légèrement asséchés puis collés sur une lamelle de
verre. Ils sont immédiatement recouverts d’une goutte d’huile perméable à l’oxygen (Oil 10S Voltalef). L’injection est réalisée grâce à un micromanipulateur hydraulique (Narishige) à l’extrémité antérieure de l’embryon avant la phase de cellularisation. Le contrôle de la pression d’injection est effectué manuellement à l’aide d’un micro-injecteur (CellTram, Eppendorf).
Injection des billes mélangées à l’huile
Pour mesurer les propriétés du cytoplasme à l’échelle de grands objets passifs des gouttelettes d'huile « magnétisées » dans le cytoplasme sont utilisées. Pour cela, des œufs d’oursin non fécondés sont placés sur des boite de pétri de culture cellulaire avec un fond en verre, préalablement recouvertes d’une solution de protamine. Pour injecter les gouttelettes d'huile « magnétisées » dans le cytoplasme, une suspension de 10 pl de billes superparamagnétiques hydrophobes de diamètre de 1,2 pm (Magtivio, MagSi-proteomics Cl 8) est lavée dans 100 pl de solution d'éthanol à 30, 50 puis 70 %. Cette solution est ensuite séchée sous vide pendant 20 minutes et remise en suspension dans 5 pl d'huile de soja (Huile de soja, Naissance). Les capillaires en verre pour l’injection sont étirés avec un étireur de capillaire (P-1000, Sutter Instrument) et usinées avec un angle de 40° sur une roue en diamant (EG-40, Narishige) pour obtenir une ouverture de 10 pm. Les capillaires d’injection sont remplies de 2 pL de solution d’huile et permettent d’injecter plusieurs cellules, et ne sont pas réutilisés. Le temps d’injection définit la taille de la goutte formée dans le cytoplasme. Après injection, la pointe magnétique est approchée de la cellule et les billes à l'intérieur de l'huile forment des agrégats, qui se déplacent dans un premier temps lentement vers l'aimant pendant que la gouttelette d'huile reste stationnaire. Lorsque l’agrégat entre en contact avec l'interface huile-cytoplasme face à la pointe de l'aimant, la force magnétique est transmise à la goutte et la déplace au sein de la cellule. Les gros agrégats sont plus propices à la méthode, car ils ne peuvent généralement pas traverser l'interface en raison de la tension superficielle de l'huile, et des propriétés hydrophobes des billes. La calibration de la force se fait par le biais de la mesure de la taille de l’agrégat obtenu par vidéomicroscopie.
Culture cellulaire et tissulaire
Les oursins adultes (Paracentrotus lividu.s) proviennent des stations marines de Roscoff et Villefranche sur mer (France) et sont conservés plusieurs semaines dans des aquariums d’eau de mer artificielle maintenus à 16C°. Les gamètes sont obtenus par injection intracoelomique de KCL 0.5M. Les œufs sont conservés dans l’eau de mer à 16C° pendant maximum 12h. Le sperme peut être conservé non dilué pendant 1 semaine à 4C°. La gangue des œufs est retirée
en les passant dans un maillage de 80 micromètres. Avant chaque expérience le sperme est activé par dilution et mis en contact avec les œufs pour la fécondation.
Les Drosophiles (Drosophila melanogastef) sont maintenues à 25C° dans des tubes contenant un milieu nutritif. Pour la collecte des embryons, les drosophiles sont transférées dans des pondoirs contenant un milieu gélosé supplémenté en levure fraiche. Les pondoirs sont remplacés toutes les 30-60 minutes et les embryons sont collectés en rinçant les pondoirs à l’eau et en séparant les embryons de la levure à l’aide d’un tamis. Les embryons étant en cours de développement, ils sont préparés pour l’injection immédiatement.
Les embryons de Poisson Zèbre (Danio Rerio) sont cultivés dans un milieu standard enrichi (https://zfin.org/zf info/zfbook/chaptl/L3.html); pendant 2-3 jours après fertilisation à ~28°C et préparés pour l’injection de billes (voir ci-dessus). Ils sont retournés pour que le cœur soit face à la lamelle sous une binoculaire, puis imagés directement au microscope muni de pointes magnétiques.
Protocoles testés et validés
(i) Injection et déplacement de particules de 100 nm couvertes de streptavidine (Chemicell) ne présentant pas d’interactions spécifiques avec les structures cellulaires utilisées pour la calibration et les expériences contrôles (Figures 2 et 3).
(ii) Injection et déplacement de particules magnétiques couplées à des Quantum dots et à la streptavidine de 200 nm (Nvigen) recouvertes par des moteurs moléculaires purifiés (dynéines) permettant un adressage aux microtubules et au centrosome.
(iii) Injection et déplacement de particules passivées à la BSA (Bovine Serum Albumin) de 1 pm de diamètre (Dynabeads) permettant un déplacement inerte dans le cytoplasme des cellules (Figure 3).
(iv) Injection et déplacement de billes de Ipm de diamètre (Dynabeads) associées à un anticorps anti -pores nucléaires (anti-NPC) permettant l’adressage à l’enveloppe nucléaire et la déformation du noyau. Elles ont notamment été utilisées pour déformer la membrane nucléaire et mesurer ses propriétés (Figure 4).
(v) Injection et déplacement de billes de 800 nm de la marque NanoLink (Solulink), qui présentent des propriétés d’agrégation et d’adhésion aspécifiques à différentes structures biologiques. Elles ont notamment été utilisées pour déformer la membrane cellulaire et mesurer ses propriétés (Figure 5).
(vi) Injection et déplacement de très larges billes de 30-50pm (Magne) permettant de déformer des portions larges d’un tissus au sein du cœur d’un embryon de poisson zèbre (Figure 6).
Imagerie
Le système de pointes magnétiques est compatible avec différents types de microscopie. Les images présentées Figures 2A, 3A-3C, 4 et 6 ont été prises sur un microscope fluorescent à champ large (TLEclipse; Nikon) équipé d’un camera CMOS (Orca-flash4.0LT; Hamamatsu). Les échantillons ont été imagés avec un objectif 20x sec (NA, 0.75; Apo; Nikon) et un grossisseur 1.5x. Le microscope est piloté par Micro-Manager (Open Imaging). Les Figures 3B et 3C ont été prises sur un système de microscopie confocal à tête « spinning », yokogawa XI, monté sur un statif Nikon Ti, muni d’une caméra EM-CCD. Les cellules sont imagées avec un objectif Nikon 60X 1.4 NA Plan Apo à eau. Les images sont prises à température ambiante (18-20°C).
RESULTATS
Une nouvelle méthode pour appliquer de larges forces aux surfaces cellulaires ou nucléaires au sein de tissus vivants.
A ce jour, les méthodes commerciales d’applications de forces sur cellules vivantes, telles que l’AFM (Microscopie à Force Atomique) ou les pointes optiques, restent peu adaptées à des échantillons profonds, comme des tissus ou des embryons, notamment à cause d’une gamme de force limitée (souvent en dessous ou autour du pN), et du manque d’accès en profondeur des échantillons. Les inventeurs proposent ici une méthode fondée sur l’utilisation de pointes magnétiques, permettant d’appliquer des forces calibrées sur des particules magnétiques associées à la surface d’un tissu, d’une cellule unique, ou d’un noyau au sein d’une cellule (Figure 1).
Pour établir les possibilités d’application du système de pointes magnétiques, les forces applicables ont été calibrées en fonction de différentes billes magnétiques, pour des distances allant de la dizaine à la centaine de microns, correspondant aux échelles associées aux échantillons biologiques, depuis la cellule unique jusqu’aux ensembles multicellulaires. Pour cela, une pointe magnétique est couplée à un micromanipulateur en 3D et immergée dans un liquide visqueux de viscosité connue. Des billes magnétiques fluorescentes sont mises en solution, et des séquences d’images (films) sont enregistrées pour mesurer la vitesse des particules en fonction de leur distance à la pointe magnétique (Figure 2A). Différents milieux avec des valeurs de viscosité différentes, permettent d’étendre la gamme de calibration sur des
distances allant jusqu’à plusieurs centaines de microns (Figure 2B). La vitesse de la particule en fonction de sa distance à la pointe est extraite par le biais d’un script d’analyse d’image ad- hoc, et permet de calculer la force magnétique en utilisant la loi de Stokes : F=67tr|RV, avec Î la viscosité du liquide, R, le rayon de la bille et V la vitesse de la bille. En utilisant différentes billes ayant des tailles allant de 1-50 pm, une gamme de force allant de la fraction du pN jusqu’à la centaine de nN, couvrant une gamme d’amplitude sur 5-6 ordres de grandeur, est démontrée, établissant ainsi la versatilité en termes d’amplitude de forces applicables par ce système (Tableau 1).
Pour valider l’applicabilité de cette méthode au sein d’échantillon profond, des billes magnétiques ont ensuite été injectées au sein d’échantillons unicellulaires et multicellulaires ayant des tailles caractéristiques de l’ordre de 100 microns (Figure 3A-3B). Ces expériences montrent que des billes injectées au sein de ces cellules ou dans le lumen de larges embryons peuvent être déplacées facilement. Par ailleurs, en suivant par vidéomicroscopie les divisions cellulaires ou le développement des embryons sur plusieurs heures (Figure 3C-3D), les cellules injectées vont pouvoir se diviser, et les tissus se développer normalement, suggérant que l’injection et la manipulation de billes n’affectent pas la physiologie des cellules et tissus.
Application à des mesures mécaniques de la surface du noyau cellulaire.
Une des premières applications de la méthode selon l’invention est d’aller sonder les propriétés mécaniques de la surface du noyau, au sein d’une cellule vivante. Cette application de force en profondeur est totalement incompatible avec les méthodes commerciales disponibles mentionnées ci-dessus. Ces informations quantitatives sont pourtant très précieuses, car les propriétés du noyau ont été suggérées comme marqueurs de nombreux processus comme la différentiation cellulaire, fortement dérégulées dans les cellules cancéreuses (Kirby and Lammerding, 2018). Néanmoins, mesurer ces propriétés au sein d’une cellule vivante est une tâche difficile et n’a jamais été rapportée dans la littérature. Pour valider cette approche, un protocole a été établi pour attacher à la surface des billes magnétiques des anticorps contre les pores nucléaires, des protéines hautement conservées chez les eucaryotes. Ces billes injectées au sein d’une cellule peuvent se lier et s’accumuler spécifiquement à la surface du noyau et permettent par l’approche d’une pointe magnétique de déformer le noyau. La mesure de la déformation en fonction de la force appliquée permet de calculer directement une élasticité (rigidité) de l’enveloppe nucléaire. Ainsi, par exemple, dans l’expérience présentée dans la Figure 4, une force de 560.4 pN est appliquée et la déformation résultante est de ~8.7pm ; ce
qui permet d’obtenir une rigidité effective de l’enveloppe nucléaire 62.2 pN/ pm directement au sein d’une cellule vivante.
Application à des mesures mécaniques sur la surface cellulaire sur cellule unique.
Une seconde application de la méthode est dans le calcul de la rigidité de la surface cellulaire. La surface cellulaire est limitée par la membrane plasmique qui contient en dessous un cortex fait d’actine et de myosine qui est important pour l’intégrité de surface. Les propriétés de ce cortex sont également essentielles pour des processus comme la migration ou la division cellulaire qui peuvent être dérégulés dans les cellules tumorales et métastatiques, par exemple. A ce jour, les propriétés mécaniques du cortex constituent ainsi une cible d’étude de la mécanobiologie fondamentale et appliquée à la médecine. Ces propriétés restent difficiles à mesurer précisément, notamment au sein de tissus profonds. En injectant des billes magnétiques au sein d’une cellule et en les approchant de la surface cellulaire, des forces peuvent être directement appliquées pour déformer le cortex et en mesurer ses propriétés visco-élastiques. Ainsi, à partir de l’expérience présentée dans la figure 5, une rigidité de 16.7 pN/pm et une viscosité effective de 1008,5 pN/pm de la membrane cellulaire sont mesurées.
Application à des mesures mécaniques de tissus multicellulaires.
Une autre application importante du système de pointe magnétique est de pouvoir aller sonder des forces au sein de tissus à des profondeurs de l’ordre de la centaine de micromètres. Cet aspect est essentiel, car les modèles modernes d’étude de maladies (e.g. organoïdes, embryoïdes, sphéroïdes cancéreux) sont des modèles 3D avec des échelles de tailles de centaines de microns, où le besoin de sonder les propriétés des tissus en profondeur est important. Pour cela, les inventeurs démontrent ici la possibilité d’injecter de larges billes magnétiques au sein du lumen des tissus cardiaques d’un embryon de modèle vertébré (Poisson zèbre). Ces billes permettent d’appliquer des forces de tension de l’ordre de plusieurs dizaines de nN. Lorsque les billes sont déplacées par la pointe magnétique, elles viennent compresser le tissu et aussi le déformer. Ces expériences permettent ainsi de mesurer des constantes mécaniques de rigidité de compression de 16.3 mN/m et une élasticité de surface du tissu de 12.1 mN/m, correspondant à une élasticité de ~1.7 kPa, correspondant à un ordre de grandeur typique pour des tissus cardiaques mesuré par d’autres moyens (Kshitiz et al., 2012).
DISCUSSION
Les inventeurs présentent ici une méthode simple, versatile et robuste d’application de forces magnétiques adaptée à des échantillons larges comme des tissus ou des embryons. Le premier
avantage de cette méthode par rapport aux méthodes commerciales actuelles, est qu’elle est à priori compatible avec tous types de microscopes et de micromanipulateurs disponibles dans des laboratoires standards de recherche et développement. Le second avantage est qu’elle couvre une gamme de forces et de distances bien supérieure aux autres approches, s’étalant sur 5-6 ordres de grandeur, et avec des distances de travail allant jusqu’à plusieurs centaines de micromètres. Ce point donne une unicité à l’approche présentée ici, car elle ouvre l’accès à des mesures dans le volume d’échantillons profonds comme les embryons en développement, les expiants de tissus et les organoïdes qui servent de nouveaux standards dans la recherche biomédicale (Simian and Bissell, 2017).
Les inventeurs démontrent une série d’applications potentielles pour mesurer et étudier la mécanique de la surface d’un noyau d’une cellule, d’une cellule individuelle et celle d’un tissu. Cette versatilité est rendue possible par l’utilisation de différentes particules magnétiques de tailles différentes, et par des modulations de leur recouvrement de surface. Ces méthodes apportent des quantifications au sein de cellules ou de tissus vivants, qui ne peuvent pas être obtenues par les méthodes disponibles dans le commerce. La simplicité et la versatilité du système promet son application dans des criblages thérapeutiques ou du diagnostic de routine. Par exemple, dans le cadre de criblages thérapeutiques, il est possible de mesurer directement l’effet d’un composé ou d’une drogue sur la mécanobiologie d’un échantillon cellulaire vivant. Pour conclure, cette méthode de mesure, au vu de sa gamme d’applicabilité, sa souplesse et sa simplicité, pourrait servir en routine autant pour étudier les fondamentaux de la mécanobiologie que pour le développement de méthodes de diagnostics standards pour la médecine.
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