Description
Titre : COMPOSITION PROTEIQUE DE FEVEROLE
Domaine technique
[1] L’invention relève du domaine des isolats protéiques de légumineuses, et en particulier des isolats protéiques de féveroles.
Technique antérieure
[2] Les féveroles, ou féverolles (selon l’ancienne orthographe), sont des plantes annuelles de l'espèce Vicia faba. Ce sont des légumineuses de la famille des Fabaceae, sous-famille des Faboideae, tribu des Fabeae.
[3] Il s'agit de la même espèce que la fève, plante utilisée depuis l'antiquité pour l'alimentation humaine. Le mot fève désigne alors à la fois la graine et la plante.
[4] Il est connu de l’art antérieur plusieurs procédés de production permettant, en partant de graines de féverole, de produire un isolat protéique.
[5] « Potential of Fava Bean as future protein supply to partially replace méat intake in the human diet.” (Multari & al., in Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety Vol.14, 2015) donne une excellente revue des connaissances actuelles sur ce sujet.
[6] Le procédé classique s’initie par un broyage des féveroles afin d’obtenir une farine. Celle-ci est ensuite délayée dans de l’eau afin de subir une extraction alcaline visant à solubiliser les protéines de féverole. La solution subit ensuite une séparation liquide/solide afin d’obtenir d’une part une solution brute protéique et d’autre part une fraction solide enrichie en amidon et fibres. Les protéines sont extraites via une précipitation à pH isoélectrique des protéines, elles sont séparées de la solution aqueuse et séchées.
[7] L’isolat protéique ainsi obtenu possède une richesse protéique d’au moins 80% (exprimé en azote total multiplié par le coefficient 6,25, sur la matière sèche
totale, méthode de calcul décrite dans le document disponible à l’adresse suivante : http://www.favv- afsca.fgov.be/laboratories/methods/fasfc/_documents/METLFSAL003Proteinebrut ev10.pdf). Celui-ci est d’intérêt industriel connu de long terme, surtout en alimentation humaine et animale. En effet, ses propriétés nutritionnelles et fonctionnelles permettent de l’inclure dans un grand nombre de recettes et formulations.
[8] Il subsiste cependant deux problèmes techniques majeurs auxquels l’Homme du métier doit encore faire face à ce jour.
[9] Tout d’abord, l’isolat protéique obtenu est systématiquement caractérisé d’une coloration sombre grisée, voire noire. Celle-ci provient majoritairement des tanins et polyphénols présents dans les fibres externes, entraînées avec les protéines lors du procédé de fabrication dudit isolat protéique.
[10] Malgré un soin extrême, les procédés traditionnels de décorticage de la fibre externe (dits « dehulling » en anglais) ne permettent pas de retirer suffisamment de tanins et polyphénols, et la coloration sombre apparente limite le nombre d’applications possibles.
[11] Des procédés optimisés ont été développés. Le procédé décrit par exemple dans « Technological-scale dehulling process to improve the nutritional value of faba beans » (Meijer & al., in Animal Feed Science and Technology, 46, 1994) embarque deux broyages, deux filtrations et une turboséparation (classification des particules selon leur densité à l’aide d’un courant d’air ascendant). Ces raffinements technologiques sont complexes et donc coûteux.
[12] Les tanins et polyphénols étant solubles à pH alcalins, une stratégie consiste également à ne pas réaliser l’extraction alcaline citée ci-dessus. Hélas, si la solubilisation de ces composés est ainsi limitée et permet de limiter la coloration sombre, le rendement d’extraction est fortement limité. En effet, les protéines de féverolles étant plus solubles à pH alcalins, une extraction à pH neutre ou acide limite le rendement d’extraction.
[13] En second lieu, l’isolat protéique de féverole selon l’art antérieur possède une rétention d’eau inférieure à 3 grammes par gramme de protéines. La rétention d’eau consiste en la mesure de la quantité d’eau susceptible d’être absorbée par l’isolat protéique après exposition de celui-ci à un solvant aqueux dans des conditions définies dans le Test A, décrit en détail dans les pages suivantes de cette description.
[14] Par exemple, dans l’article « Nutritional and functional properties of Vicia Faba protein isolâtes related fractions. » (Vioque, Food Chemistry, 132, 2012), la capacité de rétention d’eau de l’isolat est de 2,55 grammes par gramme de protéines (cf. Table 3 de l’article). De même, dans“Composition and functional properties of protein isolâtes obtained from commercial legumes grown in northern Spain” (Fernandez-Quintela, in Plant Foods for Human Nutrition, 51 ,1997), la capacité de rétention d’eau de l’isolat est de 1 ,8 grammes par gramme de protéines (cf. Table 4 de l’article).
[15] Ces valeurs convenant à certaines applications industrielles peuvent être limitantes pour d’autres.
[16] Il est donc d’intérêt pour la technique de connaître un procédé simple et efficace, permettant d’accéder à un isolat de féverole le plus clair possible en coloration et possédant une rétention d’eau supérieure à 3 grammes d’eau par grammes d'isolat.
[17] Il est du mérite de la demanderesse d’avoir trouvé un tel procédé et un tel isolat. Cette invention sera décrite dans la section suivante.
Description de l’invention
[18] Il est proposé selon la présente invention une composition protéique de féverole dont la couleur est caractérisée par une composante L supérieure à 70 selon la mesure L*a*b et la rétention d’eau est supérieure à 3 grammes d’eau par gramme d'isolat.
[19] Selon un autre aspect, il est proposé un procédé de production d’une composition protéique de féverole selon l’invention, caractérisé en ce qu’il comporte les étapes suivantes : 1 ) Mise en œuvre de graines de féverole ; 2)
Broyage des graines de féverole à l’aide d’un moulin à pierre, suivi d’une séparation du broyât obtenu en deux fractions dites légère et lourde à l’aide d’un flux d’air ascendant, puis d’un second broyage de la fraction lourde avec un moulin à couteaux ; 3) Broyage final de la fraction lourde à l’aide d’un broyeur à rouleaux pour obtenir une farine; 4) Mise en suspension de la farine dans un solvant aqueux ; 5) Elimination des fractions solides de la suspension par centrifugation et obtention d’une fraction liquide; 6) Isolement par précipitation par chauffage au pH isoélectrique des protéines de féverole contenues dans la fraction liquide ; 7) Dilution des protéines de féveroles précédemment obtenues à 15-20% en poids de matière sèche et neutralisation du pH compris entre 6 et 8 , préférentiellement 7, pour obtenir la composition protéique de féveroles ; 8) Séchage de la composition protéique de féveroles.
[20] Selon un dernier aspect, il est proposé les utilisations industrielles, en particulier en alimentation humaine ou animale, en cosmétique, en pharmacie, de l’isolat protéique de féverole selon l’invention.
[21] L’invention et les variantes de celle-ci peuvent permettre, de manière générale, de proposer une solution pratique et efficiente pour répondre aux besoins de l’industrie de disposer d’un isolat protéique de féverole dont la couleur est caractérisée par une composante L supérieure à 70 selon la mesure L*a*b et la rétention d’eau est supérieure à 3 grammes d’eau par gramme d'isolat, de son procédé de production et des utilisations industrielles idoines.
[22] L’invention sera mieux comprise à l’aide de la description, présentée dans les chapitres suivants.
Brève description des dessins
[23] D’autres caractéristiques, détails et avantages de l’invention apparaîtront à la lecture de la description détaillée ci-après, et à l’analyse des dessins annexés, sur lesquels :
Fig. 1
[24] [Fig. 1 ] montre un procédé classique de séparation des fibres externes et des cotylédons de graines de féveroles;
Fig. 2
[25] [Fig. 2] montre un procédé selon l’invention de séparation des fibres externes et des cotylédons de graines de féveroles;
Description détaillée de l’invention
[26] Comme mentionné ci-dessus, il est tout d’abord proposé selon la présente invention une composition protéique de féverole dont la couleur est caractérisée par une composante L supérieure à 70, préférablement supérieure à 75, encore plus préférentiellement supérieure à 80, selon la mesure L*a*b et la rétention d’eau selon le test A est supérieure à 3 grammes, préférentiellement supérieure à 3,5 grammes d’eau par gramme d'isolat.
[27] Par « féverole », on entend le groupe des plantes annuelles de l'espèce Vicia faba, appartenant au groupe des légumineuses de la famille des Fabaceae, sous-famille des Faboideae, tribu des Fabeae. On distingue les variétés Minor et Major. Dans la présente invention, les variétés sauvages et celles obtenues par génie génétique ou sélection variétales sont toutes d’excellentes sources.
[28] Par « composition protéique », on entend toute composition riche en protéines, obtenue par extraction d’une plante et purification si nécessaire. On distingue les concentrâts dont la richesse exprimée en % de protéines sur matière sèche est supérieure à 50%, des isolats dont la richesse exprimée en % de protéines sur matière sèche est supérieure à 80%.
[29] Par « mesure L*a*b », on entend l’évaluation de la coloration selon la méthodologie d’espace chromatique CIE (Commission Internationale de l’Eclairage) présentée dans la publication « Colorimetry » (n° 15, 2ème Ed., p. 36, 1986), à l’aide d’un spectrophotomètre adapté, qui la convertit en 3 paramètres : la clarté L qui prend des valeurs entre 0 (noir) et 100 (blanc de référence) ; le paramètre a représente la valeur sur un axe vert rouge et le paramètre b représente la valeur sur un axe bleu jaune. La mesure de cette coloration est préférentiellement réalisée à l’aide des spectrophotom êtres DATA COLOR -DATA FLASH 100 ou KONIKA MINOLTA CM5, avec l’aide de leurs manuels d’utilisation.
[30] Par « rétention d’eau », on entend la quantité d’eau en grammes qu’un gramme de protéines est susceptible d’absorber.
[31] Afin de mesurer cette capacité de rétention d’eau, on utilise le test A dont le protocole est décrit ci-dessous.
[32] Peser 20 g d’échantillon à analyser dans un bêcher, ajouter de l’eau potable à température ambiante (20°C +/- 1 °C) jusqu’à submersion complète de l’échantillon, laisser en contact statique pendant 30 minutes, séparer l’eau résiduelle et l’échantillon à l’aide d’un tamis et peser le poids final réhydraté P de l’échantillon en grammes.
[33] Le calcul suivant est ensuite appliqué pour obtenir la Capacité de rétention d’eau (en g) = ( P - 20 ) / 20
[34] De manière préférée, l’isolat selon l’invention est caractérisé par une richesse en protéine supérieure à 70% exprimée en pourcentage en poids de protéines sur matière sèche, préférentiellement supérieure à 80% en poids, encore plus préférentiellement supérieure à 90% en poids.
[35] De manière préférée, la composition protéique selon l’invention possède une matière sèche supérieure à 80% en poids, préférentiellement supérieure à 85% en poids, encore plus préférentiellement supérieure à 90% en poids. Toute méthode pour mesurer la teneur en eau est utilisable pour quantifier cette matière sèche, la technique gravimétrique évaluant la perte d’eau par dessiccation est préférée.
Elle consiste à déterminer la quantité d’eau évaporée par chauffage d’une quantité connue d’un échantillon de masse connue.
- On pèse l’échantillon au départ et on mesure une masse m1 en g.
- On évapore l’eau en plaçant l’échantillon dans une enceinte chauffée jusqu’à stabilisation de la masse de l’échantillon, l’eau étant complètement évaporée. De préférence, la température est de 105°C sous pression atmosphérique
- On pèse l’échantillon final et on mesure une masse m2 en g
- Matière sèche = ( m2 / m1 ) * 100.
[36] Un second aspect de l’invention consiste en un procédé de production d’une composition protéique de féverole selon l’invention caractérisé en ce qu’il comporte les étapes suivantes : 1 ) Mise en œuvre de graines de féverole ; 2) Broyage des graines de féverole à l’aide d’un moulin à pierre, suivi d’une séparation du broyât obtenu en deux fractions dites légère et lourde à l’aide d’un flux d’air ascendant, puis d’un second broyage de la fraction lourde avec un moulin à couteaux ; 3) Broyage final de la fraction lourde à l’aide d’un broyeur sélectionné parmi les broyeurs à rouleaux et les broyeurs à couteaux pour obtenir une farine; 4) Mise en suspension de la farine dans un solvant aqueux ; 5) Elimination des fractions solides de la suspension par centrifugation et obtention d’une fraction liquide; 6) Isolement par précipitation par chauffage au pH isoélectrique des protéines de féverole contenues dans la fraction liquide ; 7) Dilution des protéines de féveroles précédemment obtenues à 15-20% en poids de matière sèche et neutralisation du pH compris entre 6 et 8 , préférentiellement 7, pour obtenir la composition protéique de féveroles ; 8) Séchage de la composition protéique de féveroles.
[37] Par « moulin à pierre », on entend un système composé de deux cylindres en pierre superposés en laissant un espace égal environ à la taille de la graine. Un des cylindres est statique, tandis que l’autre est en rotation. Les graines sont introduites entre ces deux cylindres, et leur mouvement relatif va imposer une contrainte physique à ces graines.
[38] Par « moulin à couteaux », on doit comprendre un système constitué d’une chambre équipée d’une entrée supérieure pour introduire les graines, de plusieurs couteaux disposés sur un axe destiné à les mettre en rotation dans ladite chambre et d’une sortie inférieure équipée d’un tamis pour ne laisser sortir que les graines d’une granulométrie désirée.
[39] La première étape consiste en la mise en œuvre de graines de féverole. Celles-ci comportent encore leurs fibres externes protectrices, appelées également « hulls » en anglais. Les graines peuvent subir un pré-traitement susceptible de comporter des étapes de nettoyage, de tamisage (séparation des graines des cailloux par exemple), de trempage, de blanchiment, de toastage. De
manière préférée, si un blanchiment est effectué, le barème du traitement thermique sera de 3 minutes à 80°C. Des exemples non-limitatifs de variétés sont par exemple les variétés Tiffany, FFS ou YYY. De manière préférentielle, on utilisera des variétés de graines de féverolles dont la teneur en tanins et/ou polyphénols est naturellement basse telles que la variété Organdi. De telles variétés sont connues et susceptibles d’être obtenues par croisement variétal et/ou modifications génétiques.
[40] La seconde étape vise la séparation la plus efficace possible des fibres externes et des cotylédons. Elle est initiée par un premier broyage des graines de féverole à l’aide d’un moulin à pierre. Un exemple particulier et particulièrement approprié d’un tel moulin à pierre est par exemple commercialisé par la société Alma®. Comme précédemment décrit, la graine va être introduite dans un espace constitué de deux disques en pierre, dont l’un est en rotation. La demanderesse s’est aperçue que cette technique est particulièrement d’intérêt car elle va provoquer une séparation très efficace des fibres externes et des cotylédons des graines. De manière préférée, l’espace inter-disque est ajustée entre 0,4 et 0,6 mm.
[41] Le broyât obtenu subit ensuite l’application d’un flux d’air ascendant, à contre-courant. Les différentes particules solides vont être classifiées selon leur densité. Typiquement, après équilibre, on obtient deux fractions : une fraction légère contenant majoritairement les fibres externes ou « hulls » et une fraction « lourde » contenant majoritairement les cotylédons. Un exemple particulier et particulièrement approprié d’un appareillage adéquat est par exemple le MZMZ 1 - 40 commercialisé par la société Hosokawa-alpine®.
[42] La fraction lourde, enrichie en cotylédons, va ensuite être broyée à l’aide d’un moulin à couteaux. Un exemple particulier et particulièrement approprié d’un tel moulin à couteaux est par exemple le SM300 commercialisé par la société Retsch®.
[43] La succession des trois opérations ci-dessus citées au sein de la seconde étape vise à séparer de manière très fine les fibres externes et les cotylédons, en évitant de dégrader ces deux parties et mélanger celles-ci. Les procédés de l’art
antérieur sont, soit trop simplistes et ne parviennent pas à une séparation efficace des fibres externes, soit compliqués et donc difficiles à opérer d’un point de vue industriel. Le procédé décrit par exemple dans « Technological-scale dehulling process to improve the nutritional value of faba beans » (Meijer & al., in Animal Feed Science and Technology, 46, 1994) embarque deux broyages, deux filtrations et une turboséparation (par courant d’air ascendant). Ce procédé permet l’obtention d’une fraction de cotylédon qui contient encore 1 ,2% de fibres externes dans les cotylédons. Notre invention simplifie le procédé (deux broyages utilisant des types de broyeurs de technologies différentes, avec une turboséparation entre les deux broyages) et permet de réduire la teneur en fibres externes à une valeur de 1 %, voire inférieure.
[44] La troisième étape vise à réduire la granulométrie de la fraction lourde enrichie en cotylédons par leur broyage à l’aide d’un broyeur sélectionné parmi les broyeurs à rouleaux et les broyeurs à couteaux, notamment un broyeur à rouleaux. Un exemple particulier et particulièrement approprié, pour un broyage dit « à sec » c’est-à-dire sans solvant, d’un tel broyeur à rouleaux est par exemple le MLU 202, commercialisé par la société Bühler®. Il est ici utilisé afin de réduire la granulométrie de la farine de manière globale, afin d’obtenir une poudre homogène et suffisamment fine afin de permettre à l’étape 4 suivante d’être facilitée. La granulométrie préférée est comprise entre 200 et 400 microns, préférentiellement 300 microns. Afin de mesurer cette granulométrie, on utilise préférentiellement un appareil de granulométrie laser, bien que toute méthode soit possible telle que le tamisage.
[45] De manière alternative, l’étape de réduction de la granulométrie de la fraction lourde enrichie en cotylédons, appelée aussi broyage final de la fraction lourde, peut être réalisée en présence de solvant aqueux, préférentiellement de l’eau. Dans ce cas, la quatrième étape ci-dessous est fusionnée avec la troisième étape qui sont alors réalisées de manière concomitante. Dans ce cas, un broyeur adapté est par exemple le broyeur à couteaux Hurschel® Comitrol 3000.
[46] La quatrième étape vise à mettre en suspension la poudre obtenue dans la troisième étape précédente dans un solvant aqueux, préférentiellement dans de
l’eau. Le but est ici de réaliser une extraction sélective de certains composés, majoritairement les protéines ainsi que les sels et les sucres, en les solubilisant. Le pH de la solution est avantageusement rectifié vers un pH alcalin afin de maximiser la solubilisation des protéines. Cette rectification de pH peut être effectuée avant et/ou après suspension de la poudre dans le solvant aqueux.
[47] Le solvant aqueux est préférentiellement de l’eau. Celle-ci peut néanmoins être additivée, par exemple avec des composés permettant de faciliter la solubilisation. Le pH du solvant aqueux est ajusté entre 8 et 10, préférentiellement 9. Tout réactif basique tel que la soude, la chaux, est envisageable, mais la potasse est préférée. La température est ajustée entre 2°C et 30°C, préférentiellement entre 10°C et 30°C, préférentiellement entre 15°C et 25°C, encore plus préférentiellement à 20°C. Cette température est régulée tout au long de la réaction d’extraction.
[48] Le pH alcalin est efficace pour maximiser la solubilisation des protéines. Malheureusement, les tanins et/ou polyphénols sont également solubilisés à un pH alcalin. Certains procédés d’extraction de féverole évitent cette rectification au pH basique, privilégiant la limitation du rendement à la contamination par les polyphénols. Notre procédé particulier réalisé en seconde étape permet de mettre en œuvre cette extraction alcaline, sans solubiliser de manière excessive les polyphénols.
[49] La poudre obtenue est délayée afin d’obtenir une suspension comprise entre 5% et 25%, préférentiellement entre 5% et 15%, préférentiellement entre 7% et 13%, encore plus préférentiellement entre 9% et 11 %, le plus préféré étant 10%, le pourcentage étant exprimé en poids de poudre par poids total de suspension eau/poudre. La suspension est agitée à l’aide de tout appareillage bien connu de l’Homme du métier, par exemple une cuve équipée d’un agitateur, équipé de pales, d’hélices marines, ou de tout équipement permettant une agitation efficace. Le temps d’extraction, préférentiellement sous agitation, est compris entre 5 et 25 minutes, préférentiellement entre 10 et 20 minutes, encore plus préférentiellement 15 minutes.
[50] La cinquième étape vise à séparer par centrifugation la fraction soluble et la fraction solide obtenues lors de la quatrième étape. On peut retrouver le principe industriel préféré dans la demande de brevet EP 1400537 qui est incorporée ici par référence. Le principe de ce procédé est de commencer en utilisant un hydrocyclone afin d’extraire une fraction enrichie en amidon, puis d’utiliser une décanteuse horizontale afin d’extraire une fraction enrichie en fibres internes. Néanmoins, il est possible d’utiliser une centrifugeuse industrielle qui va extraire une fraction enrichie en amidon et en fibres internes. Dans tous les cas, on obtient des fractions solides et une fraction liquide qui concentre la majorité des protéines.
[51] La sixième étape vise à acidifier au pH isoélectrique des protéines de féverole, autour de 4,5, puis de faire subir à la solution un chauffage afin de faire coaguler les protéines dites globulines, qui seront séparées par centrifugation.
[52] L’acidification est réalisée à un pH entre 4 et 5, préférentiellement 4,5. Celle-ci est réalisée préférentiellement avec de l’acide chlorhydrique à 7% massique environ, mais tous types d’acides, minéraux ou organiques, sont utilisables tels que l’acide citrique. De manière encore plus préférentielle, l’utilisation d’acide ascorbique pur ou en combinaison avec un autre acide minéral ou organique, est également possible. L’utilisation d’acide ascorbique pour acidifier permet une amélioration de la coloration finale. Tout moyen de chauffage est ensuite possible, par exemple au moyen d’une cuve agitée équipée d’une double enveloppe et/ou serpentin ou un cuiseur en ligne par injection de vapeur (« jet cooker » en anglais). La température de chauffage est avantageusement comprise entre 45°C et 75°C, préférentiellement entre 50°C et 70°C, encore plus préférentiellement entre 55°C et 65°C, le plus préféré étant 60°C. Le temps de chauffage est avantageusement compris entre 5 minutes et 25 minutes, préférentiellement entre 10 et 20 minutes, le plus préféré étant 10 minutes.
[53] La composition protéique, majoritairement de la globuline, va coaguler et précipiter au sein de la solution. Elle sera séparée par toute technique de centrifugation, comme par exemple le Sédicanteur Flottwegg®. La solution
résiduelle obtenue concentre sucres, sels et albumines, elle est appelée solubles de féverole. Elle sera traitée à part, préférentiellement évaporée et/ou séchée.
[54] Il est à noter que l’art antérieur de l’extraction protéique de la féverole enseigne exclusivement une précipitation isoélectrique, sans chauffage. La combinaison des deux étapes selon l’invention permet l’obtention de l’isolat selon l’invention, mais aussi d’obtenir des solubles de féverole (nom du surnageant obtenu après précipitation et centrifugation) stables à la température. En effet, les solubles de féverole obtenus par précipitation isoélectrique lorsqu’ils sont exposés à une température élevée, par exemple dans un évaporateur, vont précipiter. Ce précipité est un désavantage majeur car il mène à un encrassement des installations industrielles.
[55] En revanche, la combinaison de la précipitation isoélectrique avec un chauffage contrôlé proposé par l’invention permet l’obtention :
- d’un floc de protéines coagulées, donnant après traitement requis le produit revendiqué dans la présente demande, et
- de solubles résiduels contenant entre autres des protéines solubles (albumines), sels et sucres
La deuxième fraction peut être typiquement valorisée dans les industries de la fermentation et/ou de la nutrition animale. Pour ce faire, elle doit être concentrée afin d’être stabilisée d’un point de vue bactériologique. Pour ce faire, une opération de concentration par évaporation sous vide est classique, effectuée à l’aide d’un deuxième chauffage distinct de celui ayant permis de coaguler le floc. Lors de cette opération, et en cas de simple précipitation isoélectrique lors de la séparation floc/solubles, un dépôt de protéines coagulées va s’accumuler dans l’évaporateur.
[56] Dans une septième étape, la composition protéique est ensuite diluée à environ 15-20% en poids de matière sèche et neutralisée à pH compris entre 6 et 8, préférentiellement 7, à l’aide de tout type d’agent basique, préférentiellement de la potasse à 20% massique.
[57] La composition protéique peut ensuite subir un traitement thermique, préférentiellement à une température de 135°C par injection directe de vapeur par tuyère et refroidissement par effet flash sous-vide à 65°C.
[58] La composition protéique obtenue peut être utilisée directement par exemple en étant hydrolysée par une protéase ou bien texturée par une extrudeuse.
[59] Dans une huitième étape, la composition protéique selon l’invention est séchée. Le mode préféré de séchage est l’atomisation, en particulier à l’aide d’un atomiseur à multiple effets. Les paramètres typiques sont une température d’entrée de 200°C et une température des buées à 85-90°C.
[60] Selon un dernier aspect, il est proposé les utilisations industrielles, en particulier en alimentation humaine ou animale, en cosmétique, en pharmacie, de l’isolat protéique de féverole selon l’invention. La composition de fèverole obtenue selon l’invention possède une très haute richesse en protéines ainsi qu’une coloration très blanche, permettant ainsi d’être incluse dans un nombre important de recettes dont en particulier les boissons, et en particulier les analogues de laits végétaux. De plus, comme il le sera exemplifié ci-dessous, la composition protéique selon l’invention possède une action inhibitrice de la DPP-IV qui lui permet d’apporter un effet satiétogène lors de la consommation.
[61] Plus particulièrement, l’invention concerne l'application de l’isolat de fèverole dans des formulations nutritionnelles telles que:
- les boissons, notamment par le biais de mélanges de poudres à reconstituer, notamment pour la nutrition diététique (sport, minceur), boissons prêtes-a-boire pour la nutrition diététique ou clinique, liquides (boissons ou poches entérales) pour la nutrition clinique, boissons végétales,
- les laits fermentés de type yaourts (brassés, à la grecque, à boire...)
- en crèmes végétales (telle que la crème pour café ou « coffee whitener » ), crèmes desserts, desserts glaces ou sorbets.
- les biscuits, muffins, pancakes, barres nutritionnelles (destinées à la nutrition spécialisée minceur ou pour les sportifs), pains, notamment les pains sans gluten
enrichis en protéines, céréales hyper protéinées, obtenues par cuisson extrusion (« crisps » pour inclusion, céréales petit déjeuner , « snacks »),
- les fromages,
- les analogues de viandes, analogues de poissons, sauces, en particulier la mayonnaise.
[62] L’isolat selon l’invention est d’intérêt pour les yaourts. Un yaourt, yogourt ou yoghourt est un lait ensemencé par des ferments lactiques afin de l'épaissir et de le conserver plus longtemps. Pour s'appeler yaourt il doit contenir obligatoirement, et uniquement, deux ferments spécifiques, le Lactobacillus delbrueckii subsp bulgaricus et le Streptococcus thermophilus, qui lui donnent sa spécificité de goût, sa texture et apportent aussi certains bénéfices nutritionnels et de santé. D'autres laits fermentés (à texture de yaourt) ont été créés au cours des dernières années. Ils peuvent contenir ou pas ces deux bactéries, et en plus des souches telles que Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus casei, Bifidobacterium bifidum, B. longum, B. infantis et B. brève. Les yaourts sont ainsi une excellente source de probiotiques, c'est à dire de microorganismes vivants qui, lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent des effets positifs sur la santé, au-delà des effets nutritionnels traditionnels. Qu'il soit ferme, brassé ou liquide, il conserve son appellation de yaourt, car c'est en effet, outre les définitions de la Réglementation, sa fabrication qui conditionne sa texture finale. Ainsi, pour obtenir un yaourt ferme, on ensemence directement le lait dans le pot. Tandis que dans le cas du yaourt brassé (dit aussi « bulgare »), le lait est ensemencé dans une cuve, puis brassé avant d'être versé dans son pot. Enfin, le yaourt liquide, dit aussi yaourt à boire, est brassé puis battu jusqu'à l'obtention de la texture adéquate et versé dans des bouteilles. Mais il existe également d'autres types de yaourts nature, comme les yaourts à la grecque, de texture plus épaisse. Le pourcentage en matières grasses peut également jouer sur la texture du yaourt, qui peut être fabriqué à base de lait entier, demi-écrémé ou écrémé (une étiquette ne comportant que le mot « yaourt » désigne obligatoirement un yaourt réalisé avec du lait demi-écrémé). Dans tous les cas, sa Date Limite de Consommation (D.L.C)
ne peut excéder 30 jours et il doit toujours être conservé au réfrigérateur entre 0° et 6° .
[63] On distingue ainsi trois principales classes de yaourt :
- Yaourt brassé : Plus liquide, il est souvent plus acidulé que le yaourt nature.
Seule sa texture diffère. On le nomme aussi yaourt bulgare - en référence aux origines supposées du yaourt et au Lactobacillus bulgaricus, l'un des deux ferments à l'œuvre dans la transformation du lait en yaourt. Il est fabriqué en cuve avant d'être conditionné en pots. Il est particulièrement adapté à la réalisation de boissons, comme les lassis, les cocktails de fruits...
- Yaourt à la grecque : Particulièrement épais, c'est un yaourt nature très égoutté (technique traditionnelle) ou enrichi de crème. Gourmand, très savoureux, il est indispensable à la réalisation du tsatsiki et pour tous les plats d'Europe de l'Est, et tout simplement mélangé à des fines herbes, c'est un délicieux dip d'apéritif. A froid, il peut se substituer à la crème fraîche épaisse,
- Yaourt à boire : S'il existe nature, il est le plus souvent sucré et aromatisé, et fabriqué avec un yaourt brassé battu. Imaginé en 1 974, il a permis aux adolescents de renouer avec le plaisir du lait, en dégustant le yaourt sans cuillère, à même la bouteille. Il existe depuis peu également en « yaourt à verser », en brique de 950 g, pour ceux qui veulent associer céréales et yaourts au petit déjeuner. Peu énergétique - de 52 kcal pour un yaourt à 0% fabriqué à partir de lait écrémé ; à 88 kcal pour un yaourt au lait entier - le yaourt « nature » est naturellement peu riche en matières grasses et en glucides, mais contient des protéines en quantité intéressante. C'est également une source de micronutriments (notamment calcium et phosphore) ainsi que de vitamines B2, B5, B12 et A. Constitué à 80% d'eau, le yaourt participe activement à l'hydratation du corps.
[64] La consommation régulière de yaourt est ainsi reconnue pour améliorer la digestion et l'absorption du lactose (avis du 19 octobre 2010 de l'EFSA). D'autres études montrent des bénéfices potentiels sur l'amélioration des diarrhées des
enfants, et du système immunitaire chez certaines personnes comme les personnes âgées. Toutefois, la consommation de lait de vache est de plus en plus critiquée, remise en question et on assiste à un nombre croissant de personnes qui décident tout simplement de l'éliminer de leur alimentation, pour des raisons par exemple d'intolérance au lactose, ou des problèmes d'allergénicité. Des solutions de yaourts base laits végétaux ont donc été proposées, car les laits végétaux sont beaucoup plus digestes que le lait de vache, sont riches en vitamines, minéraux et en acides gras non saturés. Dans la suite de notre exposé, par souci de simplicité, nous continuerons à employer le terme « yaourt » même si l'origine des protéines n'est pas laitière (officiellement, les « yaourts » qui sont fabriqués à partir d'ingrédients autres que du lait fermenté, des ingrédients laitiers, ou des ferments classiques de type Lactobacillus delbrueckii subsp bulgaricus et Streptococcus thermophilus n'ont pas le droit à cette appellation). La source végétale la plus usitée est le soja. Cependant, même si le lait de soja présente la plus grande richesse en calcium et en protéines, il est également très indigeste ; c'est pourquoi il est déconseillé pour les enfants. De plus, il n'est pas non plus conseillé d'abuser des produits à base de soja car leurs effets sur la santé peuvent être contre-productifs lorsqu'ils sont consommés en grande quantité. Par ailleurs, il est communément admis que 70 % de la production mondiale du soja est OGM.
[65] L’isolat selon l’invention est également d’intérêt pour le lait et les boissons laitières ainsi que les boissons végétales. Le lait est un aliment qui contient une source de protéines non négligeables et de haute qualité biologique. Pendant longtemps, les protéines animales ont été plébiscitées pour leurs excellentes qualités nutritionnelles car elles contiennent tous les acides aminés essentiels en proportions adéquates. Cependant, certaines protéines animales peuvent être allergènes, entraînant des réactions très gênantes, voire même dangereuses au quotidien. L'allergie aux produits laitiers est une des réactions allergiques les plus répandues. Les études démontrent que 65 % des personnes qui souffrent d'allergies alimentaires sont allergiques au lait. La forme adulte de l'allergie au lait, appelée ici «allergie aux produits laitiers», est une réaction du système immunitaire qui crée des anticorps pour combattre l'aliment indésirable. Cette allergie est différente de l'allergie aux protéines du lait de vache (protéines
bovines), également appelée l'APLV, qui touche les nouveau-nés et les enfants. Les manifestations cliniques de cette allergie sont principalement gastro alimentaires (50 à 80% des cas), également cutanées (1 0 à 39% des cas) et respiratoires (19 % des cas). Au vu de tous les désavantages cités ci-dessus liés à la consommation des protéines laitières, il en résulte un grand intérêt pour l'emploi de protéines de substitution, également appelées protéines alternatives, parmi lesquelles se classent les protéines végétales. Les laits végétaux, obtenus à partir d'ingrédients végétaux peuvent être une alternative aux laits d'origine animale. Ils pallient et évitent les APLV. Ils sont exempts de caséine, de lactose, de cholestérol, sont riches en vitamines et en sels minéraux, sont également riches en acides gras essentiels mais pauvres en acides gras saturés. Certains possèdent également des taux de fibres intéressants. Outre le fait que certains laits végétaux sont pauvres en calcium, que d'autres du fait de leur rareté botanique sont indisponibles dans le commerce, il faut également mentionner gue certains laits végétaux sont également allergènes. C'est le cas par exemple des laits végétaux préparés à partir d'oléagineux, comme par exemple les laits de soja. Au vu de tous les désavantages des protéines laitières mais également du caractère allergène dangereux conféré par certaines protéines végétales, il existe une réelle demande de la part des consommateurs, non satisfaite à ce jour, pour des laits végétaux possédant une innocuité indiscutable et reconnue et pouvant de ce fait être consommés par toute la famille. Les fabricants traditionnels commencent également à chercher de nouvelles sources de protéines pour enrichir leurs produits.
[66] L’isolat selon l’invention est également d’intérêt pour les crèmes laitières pour crème à café, beurre, fromage, crèmes Chantilly, sauces, nappages, décoration de gâteaux. Les crèmes laitières sont des produits à plus de 30 % de matière grasse (MG) obtenus par concentration du lait, se présentant sous la forme d'une émulsion de gouttelettes d'huile dans le lait écrémé. Elles peuvent être utilisées pour différentes applications, soit directement comme produit de consommation (utilisée par exemple comme crème à café) ou comme matière première en industrie pour la fabrication d'autres produits tels que le beurre, le fromage, les crèmes Chantilly, les sauces, les crèmes glacées, ou encore les
nappages et la décoration de gâteaux. Il existe différentes variétés de crèmes : fraîche, allégée, liquide, épaisse, pasteurisée. Les crèmes se distinguent selon leur teneur en matière grasse, leur conservation et leur texture. La crème crue est la crème issue de la séparation du lait et de la crème, directement après l'écrémage et sans passer par l'étape pasteurisation. Elle est liquide et contient de 30 à 40% de matières grasses. Toujours de texture liquide, la crème pasteurisée a subi le processus de pasteurisation. Elle a donc été chauffée à 72° C pendant une vingtaihe de secondes afin d'éliminer les microorganismes indésirables pour l'homme. Cette crème se prête particulièrement bien au foisonnement. Elle prend ainsi une texture plus légère et volumineuse en étant battue pour y incorporer des bulles d'air. Elle est parfaite pour les chantilly par exemple. Certaines crèmes liquides vendues en magasins sont dites de longue conservation. Elles peuvent être stockées plusieurs semaines dans un endroit frais et sec. Pour se conserver aussi longtemps, ces crèmes ont été soit stérilisées, soit chauffées selon le procédé UHT. Pour la stérilisation, il s'agit de chauffer la crème pendant 15 à 20 minutes à 1 15 °C. Avec le procédé UHT (ou Ultra Haute Température), on chauffe la crème pendant 2 secondes à 1 50° C. La crème est ensuite rapidement refroidie, ce qui a pour résultat de mieux conserver ses qualités gustatives. La crème est naturellement liquide, une fois qu'elle est séparée du lait, après écrémage. Afin qu'elle prenne une texture épaisse, elle passe par l'étape de l'ensemencement. On incorpore ainsi des ferments lactiques qui, après maturation, donneront à la crème cette texture plus épaisse et ce goût plus acide et plus riche. À côté des technologies traditionnelles (millénaires ou centenaires) d'obtention de la crème à partir du lait, se sont développées depuis cette dernière décennie, des technologies d'assemblage ou de reconstitution de la crème à partir d'ingrédients laitiers. Ces technologies nouvelles de reconstitution des crèmes laitières présentent des avantages évidents dans les procédés industriels, par rapport à la crème fraîche : faible coût de stockage des matières premières, plus grande flexibilité dans la formulation, indépendance vis-à-vis de la saisonnalité de la composition du lait. Aussi, les crèmes laitières reconstituées peuvent bénéficier de l'image de naturalité généralement attribuée aux produits laitiers, puisque la réglementation exige pour leur fabrication l'utilisation exclusive d'ingrédients
laitiers avec ou non adjonction d'eau potable et les mêmes caractéristiques de produit fini que la crème de lait (Codex Alimentarius, 2007). Le développement du domaine des crèmes laitières reconstituées a ouvert de nouvelles possibilités dans la formulation des crèmes, et plus particulièrement celle de la naissance du concept des crèmes végétales. Les crèmes végétales sont des produits similaires aux crèmes laitières dont la matière grasse laitière est remplacée par la matière grasse végétale (Codex Alimentarius, codex Stan 192, 1995). Elles sont formulées au départ de quantités bien définies d'eau, de matières grasses végétales, de protéines laitières ou végétales, de stabilisants, d'épaississants et d'émulsifiants de faible poids moléculaire. Les paramètres physico-chimiques, tels que la granulométrie, la rhéologie, la stabilité et l'aptitude au foisonnement sont les caractéristiques qui intéressent au premier chef les industriels et les chercheurs du domaine de la substitution des crèmes laitières par des crèmes végétales. Par exemple, comme dans toute émulsion, la taille des gouttelettes dispersées (granulométrie) est un paramètre clé de la caractérisation des crèmes car il présente un impact non négligeable, d'une part, sur d'autres propriétés physico chimiques telles que la rhéologie et la stabilité, et d'autre part, sur les propriétés sensorielles telles la texture et la couleur des crèmes. L'influence du type d'émulsifiant inclut tant les émulsifiants de faible poids moléculaire tels les mono, diglycérides et phospholipides, que ceux de haut poids moléculaire comme les protéines, ainsi que des interactions protéines/émulsifiants de faible poids moléculaire. Il est ainsi connu que la concentration de l'émulsifiant lipidique influence également la taille des gouttelettes des crèmes. Dans les systèmes stabilisés par des protéines, une concentration très élevée de l'émulsifiant lipidique peut entraîner une forte augmentation de la taille moyenne des gouttelettes, du fait d'une forte agrégation des gouttelettes suite à la désorption des protéines. Le type de protéines utilisées dans la formulation peut également affecter la granulométrie des crèmes. En effet, dans les mêmes conditions d'émulsification, les crèmes à base de sources protéiques riches en caséines, telles la poudre de lait écrémé, présentent en général des diamètres moyens de gouttelettes plus petits que celles à base de sources protéiques riches en protéines de lactosérum, telles que la poudre de lactosérum . Les différences de granulométrie entre les crèmes
préparées à partir des deux sources protéiques (caséines ou protéines de lactosérum) sont liées aux différences de propriétés interfaciales à l'interface huile/eau, les caséines ayant une plus grande capacité d'abaissement de la tension interfaciale que les protéines de lactosérum. Par ailleurs, la concentration en protéines dans la formulation influence la granulométrie des crèmes. En effet, il a été démontré qu'à fraction massique d'huile constante, la taille des gouttelettes diminue avec la concentration en protéines jusqu'à une certaine concentration au- delà de laquelle la taille varie très peu. La présence simultanée des molécules amphiphiles de poids moléculaire faible (surfactif) et élevé (protéines) dans une formulation de crèmes se traduit généralement par une diminution de la taille des gouttelettes au cours de l'émulsification. Par ailleurs, l'adsorption compétitive à l'interface huile/eau entre tensioactifs et protéines conduit généralement au cours de la maturation à une désorption des protéines de la surface des gouttelettes, ce qui ce qui peut entraîner des modifications granulométriques.
Initialement, il apparaît que les conditions d'émulsification, le choix des ingrédients (tant protéiques que lipidiques) utilisés dans la formulation, ainsi que la température, influencent les propriétés finales des crèmes. Il apparaît que les crèmes végétales peuvent conduire à de nouvelles propriétés technofonctionnelles. Ainsi, la résistance à la congélation pouvant conférer une grande stabilité aux crèmes glacées en est un exemple. Elles peuvent également présenter une stabilité en liaison chaude ou froide, ce qui est un avantage considérable, puisque ces crèmes peuvent être utilisées indifféremment dans la préparation de plats chauds ou froids. Si les crèmes végétales peuvent apporter de nouvelles fonctionnalités et montrer des propriétés texturales comparables voire plus intéressantes que celles des crèmes laitières, il n'en demeure pas moins qu'elles peuvent présenter des défauts sensoriels, notamment par rapport à leur goût et leur odeur, même parfois après l'ajout d'arômes (cas des protéines de soja, ou des protéines de pois).
[67] L’isolat selon l’invention est également d’intérêt pour les fromages végétaliens. Le fromage est normalement un aliment obtenu à partir de lait coagulé ou de crème laitière, puis d'un égouttage suivi ou non de fermentation et
éventuellement d'affinage. Le fromage est ainsi fabriqué à partir de lait de vache principalement, mais aussi de brebis, de chèvre, de bufflonne ou d'autres mammifères. Le lait est acidifié, généralement à l'aide d'une culture bactérienne. Une enzyme, la présure, ou un substitut comme de l'acide acétique ou du vinaigre, est ensuite adjointe afin de provoquer la coagulation et former le lait caillé et le petit-lait. Il est connu de réaliser des alternatives végétaliennes au fromage (notamment des fromages de type mozzarella), en substituant les caséinates de lait par des amidons natifs et modifiés, plus particulièrement des amidons stabilisés acétates. Cependant, il est encore recherché à améliorer le caractère de « déchiquetabilité » (terme anglosaxon de « shredability »), la fonte, la stabilité au gel / dégel, la saveur (notamment aux Etats-Unis pour les préparations de pizza). Des essais ont été menés en combinant huile, amidons modifiés et protéines de pois sans donner pleine satisfaction.
[68] L’isolat selon l’invention est d’intérêt pour les crèmes glacées. Les crèmes glacées contiennent classiquement des graisses animales ou végétales, des protéines (protéines de lait, protéines d'œuf) et/ou du lactose. Les protéines jouent alors le rôle de texturant en plus d'apport er du goût à la crème glacée. Elles sont essentiellement produites par la pesée des ingrédients, leur pré-mélange, leur homogénéisation, pasteurisation, réfrigération à 4°C (permettant la maturation), puis la congélation avant emballage et stockage. De nombreuses personnes souffrent cependant d'une intolérance aux produits laitiers ou d'autres ingrédients d'origine animale qui les empêchent de consommer du lait ou de la crème glacée traditionnelle. Pour ce groupe de consommateurs, il n'y a jusqu'à présent pas d'alternative à la crème glacée contenant du lait ayant une valeur sensorielle comparable. Dans les préparations de crème glacée jusqu'ici connues présentant des ingrédients végétaux, principalement à base de soja, des tentatives ont été faites pour remplacer les émulsifiants animaux par des protéines végétales. Des protéines végétales séchées, obtenues dans les procédés classiques d'extraction aqueuse ou hydro-alcoolique et après le séchage sous forme de poudre ont été souvent utilisées. Ces protéines se révèlent être des mélanges hétérogènes de polypeptides, dont certaines fractions possèdent à des degrés variables des propriétés particulièrement bonnes comme émulsifiants ou agents de formation de
gel, comme agents de liaison de l'eau, de la mousse ou des agents améliorant la texture. Jusqu'à présent, les produits de protéines végétales ont été obtenus presque exclusivement à partir de fèves de soja, sans fractionnement en fonction de leurs propriétés fonctionnelles spécifiques. Par ailleurs, le goût des crèmes glacées préparées à partir desdites protéines de soja est rédhibitoire.
[69] L’isolat selon l’invention est d’intérêt pour les produits de biscuiterie, produits de pâtisserie, produits de panification et produits céréaliers hyperprotéinés Pour obtenir une allégation « riche en protéines » il faut, selon la réglementation en vigueur, que l'apport calorique lié aux protéines soit égal ou supérieur à 20 % de l'apport énergétique total du produit fini. Cela signifie que, dans les produits contenant une teneur en matière grasse conséquente comme les biscuits ou les cakes (entre 10 % pour les plus maigres à 25 % pour les plus riches avec une moyenne à 18 % de matière grasse), le taux d'incorporation des protéines pour atteindre l'allégation est important et est supérieur à 20 %.
[70] Dans le domaine de la substitution (totale ou partielle) des protéines laitières dans les produits alimentaires, il est recherché des protéines végétales dont les propriétés fonctionnelles sont équivalentes, voire améliorées par rapport aux protéines laitières. Le terme « propriétés fonctionnelles » signifie dans la présente demande toute propriété non nutritionnelle qui influence l'utilité d'un ingrédient dans un produit alimentaire. Ces diverses propriétés contribuent à l'obtention des caractéristiques finales désirées du produit laitier. Quelques-unes de ces propriétés fonctionnelles sont la solubilité, la viscosité, les propriétés moussantes, les capacités émulsifiantes. Les protéines jouent également un rôle important dans les propriétés sensorielles des matrices alimentaires dans lesquelles elles sont utilisées, et il existe une réelle synergie entre les propriétés fonctionnelles et les propriétés sensorielles. Les propriétés fonctionnelles des protéines ou fonctionnalités sont donc les propriétés physiques ou physico chimiques qui ont une incidence sur les qualités sensorielles des systèmes alimentaires générées au cours des transformations technologiques, de la conservation ou des préparations culinaires domestiques. On constate quelle que soit l'origine de la protéine qu'elle intervient sur la couleur, la flaveur et/ou la
texture d'un produit. Ces caractéristiques organoleptiques interviennent de façon déterminante dans le choix du consommateur et elles sont dans ce cas largement prises en compte par les industriels. La fonctionnalité des protéines est le résultat d'interactions moléculaires de ces dernières avec leur environnement (autres molécules, pH, température...). Ici, il s'agit des propriétés de surface qui regroupent les propriétés d'interaction des protéines avec d'autres structures polaires ou apolaires en phase liquide ou gazeuse : cela recouvre les propriétés émulsifiantes, moussantes...
[71] Au sein des applications alimentaires humaines, la composition protéique selon l’invention est particulièrement adaptée aux applications laitières. Plus particulièrement, l'invention concerne l'application de l’isolat de feverolle selon l’invention pour les laits fermentes de type yaourts (brassés, a la grecque, à boire) et en crèmes laitières ou végétales, crèmes dessert, desserts glaces ou sorbets ou en fromages.
[72] Les formulations nutritionnelles selon l'invention peuvent comprendre en outre d'autres ingrédients qui peuvent modifier les caractéristiques chimiques, physiques, hédoniques ou de transformation des produits ou servir de composants nutritionnels pharmaceutiques ou complémentaires lorsqu'elles sont utilisées pour certaine population ciblée. Beaucoup de ces ingrédients facultatifs sont connus ou autrement adaptés pour une utilisation dans d'autres produits alimentaires et peuvent également être utilisés dans les formulations nutritionnelles conformes à l'invention, à condition que ces ingrédients facultatifs soient surs et efficaces pour G administration orale et sont compatibles avec les ingrédients essentiels autres du produit sélectionné. Des exemples non limitatifs de tels ingrédients facultatifs comprennent des conservateurs, des antioxydants, des agents émulsifiants, des agents tampons, des agents actifs pharmaceutiques, des nutriments supplémentaires, des colorants, des arômes, des agents épaississants et des stabilisants, etc. Les formulations nutritionnelles en poudre ou liquide peuvent comprendre en outre des vitamines ou des nutriments lies, tels que la vitamine A, la vitamine E, la vitamine K, la thiamine, la riboflavine, la pyridoxine, la vitamine B12, les carotendides, la niacine, l'acide folique, l'acide pantothénique, la biotine,
la vitamine C, la choline, l'inositol, leurs sels et leurs dérivés, et des combinaisons de ceux-ci. Les formulations nutritionnelles en poudre ou liquide peuvent comprendre en outre des minéraux, tels que de phosphore, le magnésium, le fer, le zinc, le manganèse, le cuivre, le sodium, le potassium, le molybdène, le chrome, le sélénium, le chlorure, et des combinaisons de ceux-ci. Les formulations nutritionnelles en poudre ou liquide peuvent également comprendre un ou plusieurs agents masquant pour réduire par exemple les saveurs amères dans les poudres reconstituées. Des agents de masquage appropries comprennent des édulcorants naturels et artificiels, des sources de sodium, telles que le chlorure de sodium, et des hydrocolloïdes tels que la gomme de guar, la gomme xanthane, la carraghenane, et des combinaisons de ceux-ci. La quantité d'agent de masquage dans la formulation nutritionnelle en poudre peut varier en fonction de ('agent de masquage particulier sélectionné, les autres ingrédients de la formulation et d'autres variables de formulation ou de produits cibles.
[73] Ladite invention sera particulièrement mieux comprise à la lecture des exemples suivants.
Exemples
[74] Exemple 1 : Comparaison des procédés traditionnels et classiques de décorticage des fibres externes :
[75] Un même lot de graines de féverole de la variété Tiffany est traité afin de séparer les fibres externes et les cotylédons. Pour ce faire, deux procédés sont employés.
[76] Procédé de l’art antérieur : Les grains ont d’abord été traités à l’aide d’un broyeur à couteaux (SM300, Retsch®) dont la vitesse de rotation était de 700 tr/min. Le broyât a ensuite été traité par turboséparation à l’aide d’un système dit « zig-zag » (MZM 1 -40, Hosokawa-alpine®). La vitesse d’air était de 4.0 m.s 1 (23 m3.h 1). On obtient à la fin une fraction légère contenant les fibres externes et une fraction lourde contenant les cotylédons. La fraction lourde est ensuite broyée à l’aide d’un broyeur à rouleaux (MLU 202, Bühler®). On obtient finalement une farine dont la taille de particules est inférieure à 300 pm (la taille moyenne de
particules réalisée à l’aide d’un granulomètre laser est de 275 pm).. Le procédé est schématisé à la Figure 1.
[77] Procédé amélioré selon l’invention : Les grains ont d’abord été traités à l’aide d’un moulin à pierre (Alma®). Le broyât a ensuite été traité par turboséparation à l’aide d’un système dit « zig-zag » (MZM 1 -40, Hosokawa- alpine®). La vitesse d’air était de 4.0 m.s 1 (23 m3.h 1). On obtient à la fin une fraction légère contenant les fibres externes et une fraction lourde contenant les cotylédons. La fraction lourde est ensuite traitée à l’aide d’un moulin à couteaux (SM300, Retsch®) dont la rotation est de 700 tr/min et la sortie équipée d’une grille de 6 mm. La fraction lourde est ensuite broyée à l’aide d’un broyeur à rouleaux (MLU 202, Bühler®). On obtient finalement une farine dont la taille de particules est inférieure à 300 pm (la taille moyenne de particules réalisée à l’aide d’un granulomètre laser est de 285 pm). Le procédé est schématisé à la figure 2.
[78] On pratique une séparation manuelle des fibres externes (ou « hulls ») résiduelles dans la fraction lourde obtenue selon les deux procédés de l’art antérieur et selon l’invention décrits précédemment. Celle-ci consiste à prendre un échantillon de 200g de la fraction, puis de séparer manuellement les fibres externes encore présentes. Celle-ci sont ensuite pesées (Poids = m). Le pourcentage de fibres externes résiduelles est donné par le calcul suivant : ( m / 200 ) * 100
Pour le procédé selon l’art antérieur, le pourcentage est de 1 ,7%. Pour le procédé selon l’invention, ce pourcentage est réduit à 0,9%.
[79] Exemple 2a : Production d’une composition protéique selon l’invention
[80] On prépare 75kg de farine de féverole avec le procédé amélioré selon l’invention décrit au paragraphe [0077] ci-dessus. Cette farine est mise en suspension à 10% en poids de matière sèche dans de l’eau potable à 20°C. Le pH est ajusté à 9 par ajout de potasse à 20% massique (3.4 kg). On pratique une homogénéisation pendant 15 minutes toujours à 20°C. La solution est ensuite envoyée sur un décanteur Sedicanter de la société Flottweg (Vitesse du bol : 60% soit 4657 tr/min (environ 3500g), Vitesse de la vis à 60% pour une Vr =18.8,
Pipette pour le surnageant (overflow) à 140 mm, Alimentation à 1 m3/h) et on récupère le surnageant liquide contenant les protéines.
[81] Ce surnageant est acidifié à pH 4.5 par ajout d’acide chlorhydrique à 7% massique environ (8.2 kg). On chauffe à 60°C par injection de vapeur dans une double enveloppe de la cuve, où l’on pratique une homogénéisation pendant 15 minutes. On utilise une seconde fois le Sedicanter de Flottweg (Vitesse du bol à 60%, soit 4657 tr/min (environ 3500g) Vitesse de la vis à 10% pour une Vr =3.5 jusqu’à 40% (Vr = 12.6) Pipette pour l’overflow à 140 mm au départ jusqu’à 137 Alimentation à 700 l/h) mais cette fois ci pour récupérer le sédiment où se trouvent les protéines coagulées.
[82] Le sédiment est dilué à environ 15-20% en poids de matière sèche et neutralisé à pH 7 par ajout de potasse à 20%. On pratique un traitement thermique à 135°C à l’aide d’une tuyère et on réalise un refroidissement par effet flash sous-vide à 65°C. Le produit est enfin atomisé (température d’entrée de 200°C et température des buées à 85-90°C)
[83] Le rendement d’extraction de protéines à partir de la farine est de 86.6%. La protéine obtenue est appelée « Composition protéique selon l’invention »
[84] Exemple 2b : Production d’une composition protéique selon l’invention en broyage humide
[85] Les graines de féveroles ont d’abord été traitées à l’aide d’un moulin à pierre (Alma®). Le broyât a ensuite été traité par turboséparation à l’aide d’un système dit « zig-zag » (MZM 1 -40, Hosokawa-alpine®). La vitesse d’air était de 4.0 m.s 1 (23 m3.h 1). On obtient à la fin une fraction légère contenant les fibres externes et une fraction lourde contenant les cotylédons. La fraction lourde est ensuite traitée à l’aide d’un moulin à couteaux (SM300, Retsch®) dont la rotation est de 700 tr/min et la sortie équipée d’une grille de 6 mm. La fraction lourde pré broyée à l’aide du moulin à couteaux est mise en suspension à 20% en poids de matière sèche dans de l’eau potable à 20°C.La fraction lourde est ensuite broyée à l’aide d’un broyeur Hurschel® Comitrol 19300. Le pH est ajusté à 9 par ajout de potasse à 20% massique. On pratique une homogénéisation pendant 15 minutes toujours à 20°C. La solution est ensuite envoyée sur un décanteur Sedicanter de
la société Flottweg (Vitesse du bol : 60% soit 4657 tr/min (environ 3500g), Vitesse de la vis à 60% pour une Vr =18.8, Pipette pour le surnageant (overflow) à 140 mm, Alimentation à 1 m3/h) et on récupère le surnageant liquide contenant les protéines.
[86] Ce surnageant est acidifié à pH 4.5 par ajout d’acide chlorhydrique à 7% massique environ. On chauffe à 60°C par injection de vapeur dans une double enveloppe de la cuve, où l’on pratique une homogénéisation pendant 15 minutes. On utilise une seconde fois le Sedicanter de Flottweg (Vitesse du bol à 60%, soit 4657 tr/min (environ 3500g) Vitesse de la vis à 10% pour une Vr =3.5 jusqu’à 40% (Vr = 12.6) Pipette pour l’overflow à 140 mm au départ jusqu’à 137 Alimentation à 700 l/h) mais cette fois ci pour récupérer le sédiment où se trouvent les protéines coagulées.
[87] Le sédiment est dilué à environ 15-20% en poids de matière sèche et neutralisé à pH 7 par ajout de potasse à 20%. On pratique un traitement thermique à 135°C à l’aide d’une tuyère et on réalise un refroidissement par effet flash sous-vide à 65°C. Le produit est enfin atomisé (température d’entrée de 200°C et température des buées à 85-90°C)
[88] Le rendement d’extraction de protéines à partir de la farine est de 87.8%. La protéine obtenue est appelée « Composition 2b protéique selon l’invention »
[89] Exemple 3 : Production d’une composition protéique selon l’art antérieur
[90] On pratique un enseignement de Fernandez-Quintela, (Plant Foods for Human Nutrition, 51 ,1997). Les grains de fèveroles sont d’abord traités avec le procédé de l’art antérieur décrit au paragraphe [0064], puis les cotylédons sont plongés dans de l’eau pendant 10 heures, puis séchés une nuit dans une étuve à 25°C. Les cotylédons sont ensuite broyés en une farine de 300 microns en moyenne. Celle-ci est mise en suspension dans de l’eau potable dans un ratio massique 1/5 eau/farine et le pH de la solution est rectifié à 9.0 avec de la soude 1 N. La solution est agitée pendant 20 min. La fraction insoluble est séparée par centrifugation (4000 g/20 min, 20°C) et mise de côté. Le pH du surnageant est ajusté à pH 4.0 avec de l’acide chlorhydrique 1 N et agité à 20°C pendant 20 min. La solution est centrifugée (4000 g/20 min, 20°c), et le culot est lyophilisé. On
appelle cette composition protéique : « Composition protéique selon l’exemple 3 selon l’art antérieur »
[91] Exemple 4 : Comparaison des fonctionnalités et analyses
[92] On compare les différentes compositions obtenues grâce aux exemples 2 et 3 d’un point de vue analytique (matière sèche et teneur en protéines) et fonctionnelle (Capacité en rétention d’eau selon le test A et coloration L). On acquiert également une composition protéique commerciale de féverole FAVA BEAN PROTEIN ISOLATE 85% de la société YANTAI T, FULL BIOTECH CO LTD (lot DFC021606181 / C1377), représentative des isolats de féverole disponibles sur le marché. Le Tableau 1 ci-dessous résume ces analyses.
[93] [Tableau 1 ]
[94] Le Tableau met en évidence la capacité de rétention d’eau exceptionnelle de la composition protéique selon l’invention : celle-ci est bien supérieure à 3 grammes par gramme de protéines, tandis que les compositions protéiques selon
l’art antérieur dans le meilleur des cas dépassent à peine 2 grammes par gramme de composition protéique.
[95] On peut également noter une excellente richesse protéique, supérieure à 90% pour l’exemple 2a.
[96] L’exemple 2b est légèrement moins riche en protéines (mais reste très riche si on le compare à des isolats de pois et de soja par exemple), mais sa capacité en rétention d’eau est exceptionnellement élevée, 3 fois supérieure à celle de l’art antérieur.
[97] Exemple 4 : Intérêt nutritionnel de la composition protéique selon l’invention :
[98] On propose dans cet exemple, de présenter un avantage nutritionnel particulier de la composition protéique selon l’invention. Pour ce faire, on utilise comme composition protéique de l’art antérieur, à titre de référence, les compositions protéiques de pois commerciales NUTRALYS®, une composition protéique de pomme de terre TUBERMINE® et une protéine laitière PRODIET®.
[99] On va tout d’abord simuler in-vitro une digestion gastrique et intestinale des dites compositions, en utilisant le protocole décrit dans « Simulated Gl digestion of dietary protein: Release of new bioactive peptides involved in gut hormone sécrétion » (Caron & al., in Food Research International, Volume 89, Part 1 , 2016, Pages 382-390) Les protéines vont subir une hydrolyse avec de la pepsine (1/40 poids enzyme/poids protéine, pH 3, 2h, 37°C) puis une hydrolyse avec de la pancréatine (1/50 poids enzyme /poids protéine, pH 7, 2h, 37°C).On évalue ensuite l’activité inhibitrice de la dipeptidyl peptidase-4 ou DPP-IV des digestats ainsi obtenus. La DPP-IV est une enzyme présente dans le métabolisme cellulaire, son inhibition entraîne une augmentation importante de la concentration de la glucagon-like peptide-1 ou GLP-1 (qui est une incrétine, c'est-à-dire une hormone intestinale, sécrétée par les cellules L de l'iléon en réponse à un repas) et du peptide insulinotrope dépendant du glucose ou GIP (qui est une entérogastrone sécrétée par les cellules K du duodénum en période post- prandiale, potentialisant la sécrétion d'insuline stimulée par le glucose au niveau du pancréas). Ces deux hormones provoquent une augmentation de la sécrétion
d'insuline et une diminution de la sécrétion de glucagon, propriété permettant d'améliorer l'équilibre en sucre chez le diabétique.
[100] Pour effectuer cette évaluation, on utilise le protocole suivant qui est une adaptation du protocole décrit dans « Dipeptidyl peptidase-IV inhibitory activity of dairy protein hydrolysates » (Lacroix & Li-Chan, August 2012, International Dairy Journal 25(2):97-102). Brièvement, 25 pL des digestats sont mis dans des tubes à essais, aux concentrations allant de 1.21 mg.mL 1 à 13.89 mg.mL 1, afin d’être pré incubés avec 75 pL de tampon Tris/HCl (100 mM, pH 8.0) et 25 pL de DPP-IV (0.018 U.mL 1) à 37°C pendant 5 min dans une microplaque de 96 puits. La réaction est initiée par addition de 50 pL de Gly-Pro-p-nitroanilide (1 mM). Tous les échantillons et réactifs sont dilués dans un tampon Tris/HCl. La microplaque est incubée à 37°C pendant 1 h, et l’absorbance de la p-nitroanilide relarguée est mesurée à 405 nm toutes les 2 minutes à l’aide d’un lecteur microplaques (ELx808, Biotek, USA). Le pourcentage d’inhibition DPP-IV est défini comme le pourcentage d’activité DPP-IV, inhibé par une concentration donnée d’un échantillon (1 mg.mL 1) comparé avec la réponse d’un contrôle. On établit ensuite le graphique du pourcentage d’inhibition de la DPPJV en fonction de la concentration finale de l’échantillon. L’IC50 est déterminée en mg/ml comme la concentration finale en échantillon provoquant une inhibition de 50% de l’activité de la DPP-IV, elle est exprimée en mg/ml. Plus basse est la valeur de NC50, meilleure est l’activité inhibitrice recherchée de l’échantillon.
[101] Les résultats obtenus sont les suivants :
[Tableau 2]
[102] L’action inhibitrice de la composition protéique de féverole selon l’invention est excellente : en effet, son IC50 est divisé par deux par rapport aux protéines de l’art antérieur commerciales.
[103] Exemple 5 : Boisson dite“prête à boire” ou RTD avec 7% de protéines :
[104] On réalise une boisson dite « Prête à boire » ou « RTD » pour comparer les isolats de féverole selon l’invention (2a) et un isolat commercial de pois NUTRALYS® S85F de la société ROQUETTE.
[105] Les recettes sont présentées dans le tableau 3 suivant :
[106] Le procédé de préparation des boissons est le suivant :
- Mélange des différentes poudres
- Chauffage de l’eau à 50°C et introduction du mélange de poudres
- Dispersion à l’aide d’un mélangeur à haut cisaillement Silverson (30 min, 50°C, 3500 tr/min)
- Chauffer l’huile à 50°C dans un récipient séparé, ajouter à la dispersion aqueuse et dispersion à l’aide d’un mélangeur à haut cisaillement Silverson (5 min, 10000 tr/min)
- Traitement thermique à 142°C pendant 5 secondes
- Homogénéisation haute pression 200 bars, 2 passes
- Refroidissement à 30°C
[107] On compare ensuite les différentes boissons en analysant le profil granulométrique de l’émulsion obtenue dans la boisson à l’aide d’un Granulomêtre Mastersizer 3000 (Malvern), mesurant la taille des particules par diffraction laser. L’échantillon est mesuré directement en voie liquide avec un pattern optique à 1 ,50+0, 01 i. On mesure les coefficient biens connus de l’homme du métier D10, D50, D90 et Dmode pour caractériser l’émulsion de l’huile.
[108] En comparant les résultats, on voit bien que l’émulsion obtenue avec l’isolat de feverole selon l’invention est beaucoup plus petite, signe d’une meilleure émulsion.
[109] Exemple 6 : Lait végétal ou « Milk alternative »
[110] On se propose ici de réaliser un lait végétal avec l’isolat de féverole 2a selon l’invention.
[111] La recette est la suivante :
[112] Le protocole de préparation est le suivant :
- Chauffer l’eau à 70°C et hydrater l’isolat de protéine pendant 15 min à l’aide d’un Sylverson à 2000 tr/min
- Ajouter les autres ingrédients sauf l’huile et mélanger 10 min
- Chauffer l’huile à 65°C et ajouter sous agitation à 6000 tr/min
- Stérilisation UHT 142°C 5sec
- Homogénisation à 75°C 2 étages (270 bars et 30 bars)
- Refroidissement 4°C
[113] On obtient à l’aspect un liquide ayant l'aspect du lait. Cet alternative végétale au lait ne subit aucune décantation au stockage.
[114] On réalise une analyse de la répartition granulométrique des globules d’huiles émulsifiées à l’aide d’un granulomètre Mastersizer 3000 (Malvern). Les coefficients décrivant la répartition granulométrique sont les suivants : D10 = 0,19_ microns, D50 = 0,40 microns et D90 = 0,91 microns. Ces résultats sont excellents et démontrent bien une excellente émulsification des globules lipidiques, tout comme le lait.
[115] Exemple 7 : Mayonnaise classique et allégée :
[116] On va démontrer ci-dessous les excellents résultats de notre isolat 2a selon l’invention dans la réalisation de mayonnaise classique (dites « full-fat ») et allégée (dites « low-fat »).
[117] Les ingrédients nécessaires pour réaliser les recettes de mayonnaise sont les suivants :
[118] Les isolats à tester seront le Nutralys® F85F de la société ROQUETTE, l’isolat de féverole 2a selon l’invention et de l’aquafaba (« Aquafaba Powder » obtenue auprès de la société Vôr).
[119] Le protocole de fabrication est le suivant :
- Mélanger les ingrédients pour 1 ère phase pendant 1 min à vitesse 3 dans un HOTMIX Pro Gastro (Fabricant : MATFER - FLO, Modèle : 212502).
- Ajouter les ingrédients pour 2eme et 3eme phase pendant 1 min30 à vitesse comprise entre 4 et 7 pour les Low Fat ou ajouter les ingrédients pour 2eme phase pendant 2min à vitesse 3 pour les Full Fat.
- Ajouter les ingrédients pour 3eme phase pendant 1 min à vitesse 3 pour les Full Fat.
- Ajouter les ingrédients pour 4eme phase pendant 1 min à vitesse 3 pour les Full Fat.
- Finir l’émulsion à vitesse 8 pour les Low Fat et 3 pour les Full Fat pendant
1 min.
[120] On va comparer les différentes mayonnaises obtenues à l’aide d’un texturomètre TA.HDplus (Société Stable Micro Systems Ltd), nous permettant de mesurer les paramètres de fermeté, de consistance et de cohésion. La fermeté (g) correspond à la force à appliquer nécessaire pour que la géométrie (cf kit « extrusion ring backward » décrit ci-dessous) pénètre dans le produit, la consistance (g. sec) est une donnée calculée en fonction de l’aire sous la courbe de la fermeté et la cohésion (g) correspond à la force à appliquer pour que la géométrie se retire de la mayonnaise.
[121] Le texturomètre est équipé avec le kit « extrusion ring backward » qui se compose d’un disque vissé sur l’appareil et de 3 récipients en plexiglas que l’on remplit avec la mayonnaise. L’acquisition se fait grâce au logiciel Exponent avec le programme conçu pour l’analyse des mayonnaises. La descente de la géométrie s’effectue à 3mm/s jusqu’à ce qu’elle atteigne le fond du récipient et la remontée
s’effectue à 5mm/s. Le logiciel trace automatiquement une courbe en fonction du temps permettant d’en déduire les paramètres.
[122] Toute la mise en œuvre est clairement explicitée dans le manuel d’emploi.
[123] Les résultats des mayonnaises « low-fat » sont les suivantes :
[124] Les résultats des mayonnaises‘full-fat » sont les suivantes :
[125] Les résultats obtenus montrent que les mayonnaises obtenues avec l’isolat de feverole selon l’invention sont caractérisées par des valeurs de texture excellentes, très au-dessus de l’isolat de pois ou de l’aquafaba.
[126] Exemple 9: crèmes glacées :
[127] On compare ici un isolat de protéine de pois NUTRALYS® et l’isolat de fèverole selon l’invention dans une recette de crème glacée.
[128] Les différentes compositions de crème glacée sont les suivantes :
[129] Le protocole de préparation est le suivant :
- Chauffage de l’eau à 60°C
- Ajout et mélange pendant 5 minutes de l’eau et de ¾ du saccharose
- Ajout du stabilisateur et du reste du saccharose en mélangeant pendant 5 min
- Ajout de l’isolat à tester, mélange pendant 5 min
- Ajout de l’huile de noix de coco, mélange pendant 5 min
- Mélange final pendant 20 min à 60°C
- Homogénéisation haute pression à 70°C 200 bars
- Pasteurisation 80°C 3 min dans un Powerpoint®
- Refroidissement à 4°C
- Maturation une nuit au réfrigérateur
- Congélation avec Tetrapak freezer, en ciblant 100% d’overrun
[130] On va comparer l’efficacité de foisonnement sur le mélange obtenu juste avant pasteurisation. Le protocole utilisé est le suivant :
- Verser 1 litre du mélange dans le bol d’un Kitchenaid®
- Mélange à haute vitesse (10) pendant 6 minutes et verser dans une éprouvette de 2 litres
- Mesure immédiate du volume de mélange et de mousse à T0
- Remesurer après 15 min
[131] Les résultats obtenus sont les suivants :
[132] Pour le mélange obtenu avec l’isolat selon l’invention, la mousse est invisible du début jusque 15min. Ceci s’explique par une meilleure rétention dans le mélange contenant l’isolat selon l’invention. Cette mousse mieux retenue permettra d’obtenir une crème glaçée avec un foisonnement plus homogène.
[133] Exemple 10 : gélification à pH acide
[134] La gélification à pH acide est une propriété importante, en particulier lors de la fabrication de yaourts ou de yoghurts, ainsi que de tofu.
[135] On réalise une analyse de la force de gel comparée des isolats de pois et de févérole au texturomètre TAXT+ après traitement thermique et acidification à l’aide de gluconodeltalactone (GDL).
[136] Les poudres sont hydratées à 15% de matière sèche dans de l’eau azidée, placées dans un bain-marie à 60°C, sous agitation pendant 5minutes. Les solutions sont ensuite laissées sous agitation, à température ambiante toute une nuit. Le lendemain, de la GDL est ajoutée à raison de 2% poids/poids. Immédiatement après ajout, chaque solution est répartie dans 3 pots distincts (afin de tripler les mesures de force de gel). Une acidification est effectuée afin d'atteindre un pH de 4,6. Les échantillons sont placés au bain-marie à 80°C pendant 2h, avant d'être stockés une nuit au frigo. Les mesures de force de gel sont alors réalisées le jour suivant.
[137] Les caractérisations du gel ont été réalisées à 20°C, avec un texturomètre
TAXT+ de la société Stable Micro Systems Ltd. Les paramétres sont les suivants mode compression, géométrie: poinçon boule P0.5S, vitesse pre-test: 1 mm/sec, vitesse test:0,5mm/sec, vitesse post test : 10 mm/sec, distance: 15mm, hold time: 60 sec, trigger force: 5g. On enregistre la force nécessaire pour appliquer ce déplacement et on retient la force maximale exigée.
[138] Les résultats sont les suivants :
On visualise bien qu’avec l’isolat selon l’invention, on obtient une force de gel 3 fois plus importante qu’avec l’isolat de protéines de pois. Cette observation permet d’envisager d’excellents résultats lors de la fabrication de produits fermentés alternatifs aux yaourts, cuillerables ou buvables. Pour les cuillerables, l’excellente force de gel permet d’envisager des formulations sans hydrocolloîdes tels que pectine.
[139] Exemple 11 : Yaourts
[140] On compare un isolat de protéine de pois Nutralys® S85F de la société Roquette et l’isolat de féverole 2a selon l’invention.
[141] Les formulations des yaourts sont les suivantes :
[142] Le protocole de préparation est le suivant :
- Hydrater les isolats avec l’eau à 55°C pendant 30 min avec un agitateur Sylverson à 2500tr/min
- Ajouter les autres ingrédients et mélanger 5 min à 6000 tr/min
- Homogénéisation haute pression à deux étages (150 bar et 45 bar) à 60°C
- Pasteurisation 95°C 10 min
- Refroidissement à 42°c et ajout ferments YOFLEX® YF-L02DA
- Maintien à 42°C pour acidifcation par fermentation jusqu’à obtention du pH 4,6
- Homogénéisation à 4000 tr/min avec IKA Magic Lab
- Stockage 4 jours à 4°C
[143] On compare la fermeté des yaourts obtenus à l’aide d’un texturomêtre TAXT+. Les résultats sont les suivants :
[144] On voit bien que les yaourts base isolats de fèverole sont plus fermes car la force nécessaire pour réaliser l’analyse est beaucoup plus importante.